‹ Introduction au prophète SophonieChapitre 19 sur 26 · CHAPITRE III Valeur théologique · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Valeur théologique

A. Le livre de Sophonie dans ses rapports avec les écrits prophétiques antérieurs, contemporains ou postérieurs.

Ici, nous serons très bref. Nous avons déjà dit que notre prophète dépend étroitement de ses prédécesseurs, d’Esaïe en particulier. Nous irions même jusqu'à dire avee Duhm (1) : « Sophonie est important pour nous, moins par lui-même que par l’utilisation qu'il a faite d'Esaïe ; il montre ce qu'un imitateur de sens rassis pouvait tirer du matériel de pensée du maître. » Notons que l'un et l’autre ont, en effet, commencé leur carrière prophétique par une vision très sombre de l'avenir immédiat de leur peuple (2). Tous deux ont l'idée d'un jugement divin qui fera surgir en Palestine un peuple paisible et humble, véridique et pacifique ; mais il y a entre eux cette nuance qu'Esaïe attend l'état de choses nouveau du jour mème de Yahveh (3), tandis que Sophonie se le représente comme venant d'une purifi-

(1) Die Theologie der Propheten. Bonn, 1875, p.225. Nous pensons cependant qu'il est exagéré de déclarer avec ce critique que les vues d'avenir de Sophonie ne sont qu'une variante de celles d'Esaïe avec quelques réminiscences du Proto-Zacharie.

(2) Voir en particulier Es. 6.

(3) Cf. ch. 3; 5; 29,1-8; 22, 144; voir aussi 1, 25-27 ; 8, 16-18; 40, 22; 28, 5-6, etc...

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cation de la terre par la destruction des méchants ; mais, des deux côtés, c'est la catastrophe annoncée qui sera le signal du renouvellement de tout. De plus, à l'inverse d'Esaie, notre prophète ne dit pas un mot d'une félicité extérieure sous un roi messianique (1). Il emprunte à Esaïe l'idée d'une nation-instrument de châtiment entre les mains de Yahveh; mais, tandis qu'Esaïe parle de l'anéantissement des Assyriens une fois achevée l'œuvre que le Dieu d'Israël leur avait confiée, Sophonie, comme le note Driver (p. 107), fait entrer les Scythes en scène, puis ne les en fait plus sortir. Cela vient de ce que la nation (2) qui, chez les deux prophètes, provoque l'attente du jour de Yahveh est mise par Esaïe beaucoup plus que par Sophonie en relation avec l’histoire comtemporaine. W. Robertson Smith (Ænc. bibl.) pense que ce qui sépare nos prophètes, c'est qu'Esaïie a emprunté à ses prédécesseurs Amos et Osée les grandes lignes de sa peinture, se réservant de les adapter aux conditions historiques dans lesquelles il vivait, au lieu que Sophonie a emprunté à Esaïe les détails de sa description: par là il annonce la littérature apocalyptique, tout en s’en distinguant par son idée du Reste, imitée, elle aussi, d'Esaie (3), mais animée chez lui par le même souffle moral et religieux qui la traverse dans la prophétie de son illustre devancier. Autre différence : Amos, Esaïe,

(1) Cf. J. DRUMMOXD : The jewish Messiah. London, 1877, p. 190. Voir aussi P. Vozz : op. .cit. p. 68. Cette espérance se trouve pour la première fois chez Esaïe, puis chez Mi. 5 (le passage est-il authentique ?) et ne réapparaît que dans Jér. 23, 5.6 (passage récent d’après SMEND?, p. 235 en note)et dans Ez. 17, 22 ss. ; 34, 23-24.

(2) Conformément au style prophétique, cette nation n’est jamais nommée (cf, Es. 9, 7-10 ; 4; 5, 26 ss).

(3) Cf. Es. 1, 25-27 ; 4, 3-6 ; 28, 5 ss. ; 30, 19-26; 32, 16-19 etc.

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Jérémie menacent les autres peuples pour ôter toute espérance de salut à Juda et ne mentionnent que des nations en relation avec lui, Sophonie s'attaque à des peuples très éloignés, Kous et l’Assyrie, uniquement parce que ces pays se trouvaient sur le Chemin de l'invasion seythe et sans parler d’un but positif de ce jugement sur ces paiens, Par là encore, il est un précurseur de la littérature apocalyptique. I1 l'annonce en outre en déclarant que les convulsions de l'histoire sont spécialement destinées à l'instruction et au relèvement d'Israël (3, 6 s.) : c’est déjà la tendance qui fait regarder toutes choses du point de vue purement israëlite. Smend? (p. 243) remarque que, pour Sophonie comme pour Esaie, Yahveh est le maître de la terre (1) et le péché, l'orgueil qui s'élève contre lui (2). En outre leur prédication morale à bien des analogies : comme Sophonie, Esaïe s'élève contre les coutumes et les cultes étrangers (3), leluxe (4), l'injustice, la Corruption et l'oppression des grands, la vénalité des juges (5), contre ceux qui pratiquent l'indifférence religieuse (6), les sceptiques qui appellent le bien mal et le mal bien (7); comme notre prophète, Esaïe presse ses contemporains de revenir au bien, mais, comme lui aussi, il sait que sa parole ne les touchera pas et que Jérusalem n'accep: tera pas la correction (8). Par contre, Sophonie insiste plus qu'Esaïe sur les vertus particulières de douceur et

(1) Voir en particulier 2, 19-21 ; 3, 13 ; 10,23; 14, 26; 28, 22, etc... (2)2,17.12,,:22;8 s8.1étc..

(3) 2, 6-8, etc, cf. | Mec 1-15:

(4) 3, 16-24, éte ctcDeut-22 11; L6v:19, 19.

(EM 21422 3, 145 : 5 5.18 23%10, 1 8s..'et0.::

(6) 5, 11-12, etc.

(7) 5, 19-20; etc... ,

(8) Ch°6; 7; 8, ebc..., cf. Am. 5, 4. 6.14. 15.24, etc.

ane

d'humilité ; c'est, à notre avis. ce qui à choqué la plupart des critiques et leur a fait chercher des raisons pour rejeter en particulier 2, 3.

Comme Amos, Sophonie voit les véritables Israélites dans ces nazirs qui répudient les rites étrangers comme un culte de Baal déguisé (1) et qui combattent l'iniquité des juges (2), la rapacité et les violences des grands (3), l'idolätrie (4), la luxure (5), tous ces péchés qui provoquent la ruine irrémédiable-et prochaine de Juda (6).

Nous avons vu que Sophonie se rapproche d'Osée par sa conception du culte. Unautre point de contact, c'est que, chez les deux prophètes, le Reste est représenté comme mettant sa confiance, non dans ses forces propres où dans le recours aux puissances humaines, mais dans le nom de Yahveh (7). Ils flétrissent aussi l'avidité éhontée des chefs du peuple (8), leurs violences (9), l'idolâtrie de Jérusalem (10). Mais ils proclament avec la même énergie que le but du châtiment qui vientest, non de détruire, mais de purifier (41).

Les rapports entre Jérémie et Sophonie sont si nombreux que nous devons nous interdire d'entrer dansle détail d'une étude qui, par son ampleur, nous ferait sortir du cadre de ce travail; le contraire serait sur-

(1) Am. 2, 11; 8;:5, etc...

(2]:2,:6 Ss.,elc’..

(3) 3, 9-10 ; 4, 1 ; 8, 4 ss., etc.

(4) 5, 4 ss. 21 ss., etc...

(5) 6, 7-8 etc.

(6) SET SMS AE MNIISS EE MISS Mec

(7) Os. 5, 13 ; 14, 4, etc... Cf. Es. 30, 16; Jér. 2, 18, etc... (81.2, 7; 4,.8, etc... Cf. Mi. 2, 1:45 9,17, 9. 11 : 7.3 etct.. (9) 4, 2; 6,8; 7,1, etc...

(10) 5, 1 ss. 11; 6, 10, etc... Cf. Mi. 1, 5-7; 5, 12. 13, etc... (11) 2, 4-15; 3, 4. 5, etc... Cf. Es. 4, 4, etc. Mi. 5, 1-6, etc.

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