CHAPITRE IV Valeur religieuse
De tout ce que nousavons dit, il ressort que Sophonie est une figure du second plan. Cependant, que peut-on retirer de son contact au point de vue moral et religieux ? :
Ce qui frappe au premier abord le lecteur des quelques pages qui portent son nom, c'est leur caractère sombre que nous avons signalé déjà à plusieurs reprises ; pas une note d'espérance, pas une parole douce, pas un mot tendre ou paisible. Les espérances d'avenir qu'elles renferment sont très modestes ; mais comme elles font bien ressortir les préoccupations exclusivement morales du prophète : le retour à la vie patriarcale d'autrefois, le règne de la justice et de la vérité dans une paix parfaite (2) ! Ce sombre tableau s'explique par la proximité du jugement : le peuple, sourd aux appels des messagers de Dieu, s'était si profondément endurci que le seul moyen de le toucher semblait être le bruit des trompettes et des cris de guerre, l'angoisse produite par le grand fracas venant des collines entourant Jérusalem. G. À Smith (II, p. 71) déclare, non sans raison, que Sophonie se place au même point de
(1) Elle a été largement développée en particulier par Jox. CÆsAR : 21 Predigten über den Propheten Zephanjali. Wittenberg. 1603. <
(2) SMEND?, p. 231, pense que la prophétie d'avenir d'Esaïe sous sa forme primitive ne contenait pas autre chose.
Pr
vue, tout au moins éthique; que Jésus dans ses discours eschatologiques.
Cependant, l'attitude de notre prophète commande l'attention et la sympathie. Ce qui frappe en lui, c'est Son courage : membre de la famille royale, associé de par sa situation aux imitateurs des coutumes assyriennes, à un àäge où d’autres n'ont de pensées que pour le luxe et le plaisir, dans une époque d'indifférence religieuse et de relâchement moral, Sophonie éléve la voix pour proclamer, de la part de son Dieu, l'austère et sombre message du châtiment purificateur qui approche (1). 2
A côté de la grande sincérité de sa vocation, signalons le sérieux moral de sa prédication, le sentiment profond qu'il a du péché-de son peuple. Certes, 2, 4-15 fait preuve d'un esprit nalionaliste et étroit qui n'est \ pas exempt de haine; mais, cette concession faite à ce qui deviendra de plus en plus l'esprit juif ne rend pas le prophète aveugle sur l'état de ses concitoyens : il les voit idolâtres, superstitieux, indifférents ‘à l'égard de Dieu, injustes, oppresseurs les uns des autres et, à la facon d'un Amos ou d'un Esaïe, il dresse devant leurs yeux la vision de leur déchéance ct leur déclare que leurs fautes accumulées ont mis le Dieu saint et juste dans l'obligation de châtier et que le jugement est imminent.
__ Sa notion de la Providence mérite qu'on s'y arrête un moment. Sophonie déclare que Yahveh intervient dans l'histoire du monde; certes, nous sommes loin de la grandiose affirmation d' Am. 9,7, cependant, pour notre prophète, c'est le Dieu d'Israël qui pousse les
(1) On pourrait peut-être lui appliquer ce qu'on a dit de Gœæthe : Ce qu'il a vécu est plus grand que ce qu'il a écrit.
nationscontre Juda et quiles dirige dans leur marche (1). Cette divine Providence se fait aussi sentir dans la vie des individus : elle n'acceptera sans doute pas que ceux qui recherchent la justice et l'humilité soient anéantis au jour de la colère, elle ne permettra pas que les vertus que le prophète recommande comme seules agréables à Dieu soient balayées au jour du jugement.
Au point de vue purement religieux, Sophonie insiste sur les devoirs les plus élémentaires : l'honnêteté et la sincérité de la vie, la justice, l'intégrité; les vertus dont il fait la condition du salut sont à la portée de tous: humilité, foi très simple, confiance paisible en Dieu.
Signalons enfin une idée que sans doute la jeunesse et le manque d'expérience de notre prophète lont empêché de creuser, celle de la valeur éducatrice et purificatrice de la souffrance (2). Cette idée est à peine indiquée (3), quoique d'une façon très nette et sa mention suffit à faire de Sophonie un anneau dans la chaîne d'or de ces héros qui, grace à leur communion avec Dieu, ont fait jaillir de leur cœur brisé par la vie les affirmations grandioses de la religion de la souffrance, religion dont Jérémie a donné lexpression la plus. pure, dont le second Esaïe a présenté un approfondissement qui touche au sublime et dont l'humanité de tous les temps saluera l'incarnation parfaite dans la personne unique de Jésus-Christ.
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Le Président de lu soutenance, Le Doyen, H. MONNIER. E. VAUCHER.