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(4) Cette idée est développée en particulier par A. B. DAvIDsoN : Theology of the O. T. Edinburgh 1904 p. 374, Cf. SMEND? p. 185.
(5) H. GRESSMANN UUJE p. 143.
(6, C£. la journée de Midian Es. 9, 3.
(7) ULJE p. 144.
(8) 2 SCHULTZ : Alllestamentliche Theologies. Güttingen 1896 p. 574.
(9) Am. 8, 9. 13.
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la conscience de ses concitoyens qui attendaient un tel jour : il avait donc dans leur pensée des contours très nets (1).
On admet en général que le jour de Yahveh apparaît pour la première fois chez Sophonie comme un jugement universel (2). Mais cette façon de pensér ne nous paraît pas conforme à la réalité historique (3). L'exposé tout objectif que nous venons de faire de la représentation du jour de Yahveh qui se dégage de notre petit livre nous oblige à affirmer que Sophonie ne peut avoir émis pour la première fois une notion dont il se fait une idée aussi peu claire (4). Les différentes conceptions qu'il se fait du jour de Yahveh sont inconciliables les unes avec les autres (5) : en-eftet, si-c'est Yahveh lui-même qui doit détruire le monde, pourquoi déran-
(1) La tradition rapporte même ce mot à Moïse (Deut. 32, 35.
(2) Voir en particulier STADE : Bibl. Theol. p.251; R. H. CHAR- LES : Hebrew, jewish and christian Eschatoloyy. London 1899 p. 97. Ce dernier critique pense que cetle idée est, chez notre prophète, la conséquence nécessaire de sa foi monothéisie ; nous croirions plus volontiers qu’elle vient d'un élargissement, au contact des autres peuples, des vues d’Israël sur le monde.
(3) Cf. H. GRESSMANN ULJE p. 1455.
(4) Même incohérence chez les autres prophètes : Jér. 4, 23 ss. décrit la destruction future comme un chaos cosmique; dans Am. 8,9 le soleil est atteint; dans Es. 2, c’est la terre entière et non seulement la Palestine ; dans Os, 4, 3, c'est le pays et ses habitants et même les animaux des champs, les oiseaux et les poissons ; dans Es. 28, 14'ss., un déluge universel est supposé. Cette remarque suffit à faire crouler l'affirmation de G. A. SMITH (II p. 49) qu'avant Sophonie, le jour de Yahveh était une crise ‘du monde, une suite d'événements terribles, mais naturels (batailles, sièges, famine, massacres, etc...) et, qu’à partir.de Sophonie, cette crise devient quelque chose de surnaturel, aux couleurs indécises, avec accompagnement de lerreurs vagues eb solennelles.
(5) Le même phénomène se constate dans les Psaumes où Yahveh est appelé tour à tour rocher, forteresse, berger, bouclier, etc... )
ce-l-il lés Scythes ? (1) Comme, d'autre part, on ne peut édicter d'autorité qu'une seule de ces représéntations (l'expédition militaire par exemple) ait été celle de Sophonie et rejeter les autres, il faut bien admettre que l'idée du jugement universel de Yahveh avait déjà, à l'époque où écrivait hotre prophèle, une longue histoire (2).
Comme confirmation de notre manière de voir, citons Os. 13, 14$.: l'auteur invoque l'enfer, la mort et le vent d'Est, c'est-à-dire les serviteurs et le char de Yahveh pour désigner les instruments de la déstruction de tout : or, dans le contexte, il est question dés Assyriens. Cela montre que primilivement c'était Yahveh luiméme qui détruisail tout. Ge n’est pas une des moindres originalités des prophètes que d’avoir adapté la vieille conception populaire à l'ennemi historique qui menaçail Juda. Autrefois, Yahveh se manifestait luiinèéme par des moyens à lui, maintenant il se manifeste par des instruments humains ; Israël, ayant péché comme peuple, estchàtié par des peuples. D'autre part, les prophètes, tout en ayant [Israël particulièrement en vue, ne pouvaient se désintéresser absolument du sort de l'ensemble du monde; ils gardaient donc en méme temps certains concepts de l'ancienne eschatoloaie affirmant la destruction de l'univers par Yahveh. De cette fusion de l'idée traditionnelle et de la conception prophétique, toute morale, résultent des incertitu-
(1) Cf. Es. 2, 1285,; Am. 8, 8; 9,5, etc...
(2.A propos de Gen. 49, 10, GUNKEL dit : « On ne peut comprendre les prophètes que si l’on admet qu'ils ont trouvé déjà une eschatologie, qu'ils l'ont acceptée, combattue, transformée. » Il n’est donc pas exact de dire avec Dunm (sur Es. 34, 4) : « L'intrusion du monde physique dans le drame judiciaire est un signe de l’eschatologie récente, » Cf. MH. GRESSMANN UVJE p. 22 &s,
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des et des obscurités. En effet, parfois il est question de batailles, de déportations, etc.., d'autres fois de Calastrophes naturelles, ailleurs les deux choses sont mêlées si bien qu'on ne peut saisir la pensée du prophète. En particulier, Sophonie annonce, dans son introduction, une catastrophe cosmique ; mais, ensuite, sa conscience de prophète le fait parler d'un cataclysme partiel basé sur l'idée que la justice divine ne peut chàtier le méchant avec le coupable, d'un jugement qui doit, non détruire, mais purifier. Il est du reste impossible d'attribuer aux Scythes l'exécution de l'annonce de Soph. 1, 2, car les bêtes, dans leur ensemble, ne peuvent être détruites par des hommes. Hyperbole poétique, dira-t-on. Cette solution, qui peut êtreexacte quand il est question de l'apocalyptique récente, nous paraît un peu simpliste quand il s’agit d'expliquer la prophétie pré-éxilique. Nous dirions volontiers que, chez notre prophète, l’eschatologie populaire et l'eschatologie prophétique se juxtaposent de la façon la plus candide. En ce sens-là, on peut dire que Sophonie est un représentant de la mentalité moyenne du parti prophétique avant 621. 11 est donc inexact de dire avec E. Bôklen (1): « L'idée spécifique d un jugement du monde, par conséquent non seulement d’un jugement sur Israël et ses ennemis, mais sur tous les hommes, les peuples comme les individus. n'est attestée qu'après l'exil ; les premiéres traces se trouvent dans Joël, Es. 24-27 et dans le livre de Daniel. »
Citons encore Os. 4,3. Wellhausen voit ici la nature gémir du péché des hommes ; en réalité, nous avons affaire à une idée de l'eschatologie pré-prophétique: c'est
4) Die Verwandischafisoerhælinisse der jüdisch-christlichen . mt der parsischen Eschatologie. Gôttingen, 1902, p. 116.
Yahveh qui, soufflant dans le Sirocco, fait périr les: hommes et les bêtes et même les poissons (1).
L'idée du repas sacrificiel de Yahveh — où la divinité elle-même sacrifie et non l'homme — qui apparait, à notre connaissance, pour la première fois chez Sophonie, n’est certes pas une création de ce prophète (2). Son obscurité suffirait à le prouver. Mais une représentation analogue se retrouve ailleurs sous une forme tout aussi obscure, donc tout aussi peu originale et, cependant, chaque fois avec des traits particuliers, ce qui montre que cette idée est plus ancienne que les prophètes, lesquels l'ont reçue de la tradition. par bribes. Dans KEz. 39, 17-20, on la retrouve, mais là le sang et la graisse de la victime de choix qu'est Gog reviennent, non à Yahveh, ni même aux hommes, mais aux oiseaux et aux bêtes, idée qui ne peut être venue à l'auteur de la Thorah d'Ezéchiel (3) que de la tradition. Dans Es. 34, le sang et la graisse ne sont pas absorbés par Yahveh ni même par les hommes ni même par les bêles, mais par la terre (4).
(1) Cf. Am. 1,2 où H. GRESSMANN ULJE p. 24, voit deux conceptions réunies : {° Yahveh habite à Sion ; 2 Yahveh crie et tonne dans l'orage. La ,phrase signifiait primitivement que les pâturages et le Carmel étaient desséchés par Yahveh soufflant dans le vent du désert. La juxtaposition de ces deux idées montre que chacune d'elles était périfiée par le temps. An. Lops rejette ce verset, de même Bubpe dans un article très intéressant qui vient de paraître ZATW 1910, p. 37 ss. — Voir aussi Ex. 14, 21 où le narrateur conçoit la mer comme desséchée par le vent d'Est. Cf. GUNKEL : Schæpfung und Chaos in Urzseit und Endseit — Gôttingen 1895, p. 106. — KÔBERLE : Natur: und Geist nach der Auffasung des A. T. München 1901, p. 120 ss.
(2) Nous ne pensons pas, avec H. GRESSMANN UILJE D. 137 qu’'Israël soit à la fois la victime et les convives du sacrifice. Cette idée un peu étrange vient de ce que notre critique n'admet pas que Sophonie ait eu les Scythes dans la pensée.
(3) Cf. en particulier Ez. 44, 15.
(4) H. GRESSMANN UIJE p. 139 pense que cette représentation
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On a dit aussi que Sophonie parle pour la première fois d'une destruction des nations en général (1). Ce fait montre, du reste, qu'il s'agit bien pour lui d'une catastrophe cosmique, car, Israël seul intéressant les prophètes, qu'ont-ils besoin de mentionner d'autres peupeuples ? Smend ? (p. 189 note 1) dit: «Les vrais prophètes, depuis Amos jusqu'à Jérémie, menacent des Assyriens et des Chaldéens des peuples étrangers uniquement parce qu'ils veulent montrer à Israël et à Juda l'impossibilité de toute résistance à la puissance du monde organisée par Yahveh.» Mais, dans beaucoup de ces oracles (Am. 1, Soph.}), la destruction des paiens est faite, non par une puissance terrestre, mais par Yahveh lui-même. On objectera qu'Amos a fourni une explication d'ordre éthique à leur ruine. Ce motif est un des fruits les plus beaux de la conscience morale et religieuse particulièrement développée que possédait 1e berger de Téqoa, mais il constitue un ceas tout à fait isolé : le châtiment contre les nations n'avait pas besoin d'être motivé ; les prophètes autres qu'Amos ne se donnent jamais cette peine ; peut-être allait-il de soi que les paiens étaient pécheurs. Et puis, l'explication d'Amos ne rend pas compte de la ruine des astrés, de la terre et des animaux. On répondra que, pour l’ancien Hébreu, la nature était solidaire de l'individu, que Hacan, par exemple, fut lapidé avec ses bêtes (2). En réalité, Hacan, ayant dérobé ce qui était consacré à Yahveh,
est venue aux Israélites des mythes relatifs à la fin de Tiamat : le crocodile n’est pas enterré comme elle, mais jeté sur la terre où les bêtes des champs et les oiseaux du ciel le dévorent (Ez, 29,5; 32,4; Ps. 74, 14); la terre est abreuvée de sang (Ez. 32, 6). ‘
(1) CF. R. H..CHARLES : 0p. cit. p: 98.
(2\ Jos. 7, 24 ss.
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était devenu luimême « saint » c'est-dire chargé d'électricité divine et ce fluide redoutable s'était répandu sur tout ce qui lui appartenait. Gressmann (1) dit très bien : « La plus simple explication de l'origine des oracles sur les païens comme genre est l'idée d'une calastrophe universelle, landis que les diverses prophéties sont occasionnées ou modifiées par des circonstances surtout historiques. » La mention des nations vient peut-être de la conception populaire qui limita aux paiens le jugement qui, primitivement, devait s exercer sur toute la terre ; Israël élait sauf. Mais le Dieu des premiers grands prophètes, dont Funique exigence est la moralité, ne pouvail pas préparer à Israël coupable un jour de salut, mais un jour de châtiment, non un 2 0%, mais un ÿ 01 (2), D'ailleurs, avec Amos, le jour de Yahveh, qui, autrefois, était conçu comme lointain devient proche (3). Cette idée devait venir à Amos, non seulement de sa vision profonde des péchés d'Israël, mais encore de la venue imminente des Assyriens, messagers de la colère divine. Les prophètes ne nomment que les nations les plus connues et qui attiraient l'attention et, pour s'aider dans leur nomenclature, suivent d'ordinaire le chemin qu'ils supposent devoir être parcouru par l'invasion ennemie qu'ils annoncent. Après l'exil, l’eschatologié de bonheur reparaît, c'est-à-dire la vieille représentation populaire : c'est elle qui dominera dans le judaïsme. Yahveh agit de nouveau lui-même, le caractère universel de la catastrophe
(1) ULJE, p. 148 5.
(2) Cf. H. GRESSMANN ULJE, p. 151. Cette extension, pour un motif d'ordre moral, du jugement mondial à Israël qui, primitivement devait y échapper, constitue, à notre avis, la grande originalité des prophètes.
(3) Am. 6, 1. 3.
ns QE est encore développé, Israël échappe, comme âuparavant, à la catastrophe : c'est l’apocalyptique.
La notion du Reste (1) qu'Esaïe n’a certes pas inventée (2) est le pont qui permet de passer de l’eschatologie de malheur, dont Amos est le premier et le plus grand représentant à nous connu, à l'eschatologie de bonheur (3). Nous n'insisterons pas sur cette idée qui joue un rôle très peu considérable dans le livre authentique de Sophonie : qu'il nous suffise de la mentionner.
(H)=GT. Am:5,15,;79,:88215 ;: .Mi4,7: 5,6 s;.0s 14,4; Es, PASSE SS A 00 A0 OS SE 7 5 30%41G:V97, 82 08101 Soph, 3, 13 etc.
(2) CF. H. GRESSMANN, UIJE, p. 234 ss.
(3) H. GRESSMANN consacre à l’étude de cette dernière la seconde partie de son ouvrage ; il montre qu’elles étaient données toutes deux côte à côte, indépendantes l’une de l’autre dans l’eschatologie pré-prophétique, que l’idée du Reste les a liées inorganiquement et incomplètement ; de là le caractère ragmentaire de l’eschatologie des prophètes.