CHAPITRE III
Valeur théologique
A. Le livre de Sophonie dans ses rapports avec les écrits prophétiques antérieurs, contemporains ou postérieurs.
Ici, nous serons très bref. Nous avons déjà dit que notre propliète dépend étroitement de ses prédécesseurs, d'Esaïe en particulier. Nous irions même jusqu'à dire avec Duhm (1) : « Sophonie est important pour nous, moins par lui-même que par l'utilisation qu'il a faite d'Esaïe; il montre ce qu'un imitateur de sens rassis pouvait tirer du matériel de pensée du maître. » Notons que l'un et l'autre ont, en effet, commencé leur carrière prophétique par une vision très sombre de l'avenir immédiat de leur peuple (2). Tous deux ont l'idée d'un jugement divin qui fera surgir en Palestine un peuple paisible et humble, véridique et pacifique ; mais il y a entre eux cette nuance qu'Esaïe attend l'état de choses nouveau du jour même de Yahveh (3), tandis que Sophonie se le représente comme venant d'une puriti-
(l) Die Théologie der Proplieten. Bonn, 1875, p. 225, Nous pensons cependant qu'il est exagéré de déclarer avec ce critique que les vues d'avenir de Sophonie ne sont qu'une variante de celles d'Esaïe avec quelques réminiscences du Proto-Zacharie.
f2) Voir en particulier Es. 6.
(3) Cf. ch. 3; 5; 29, 1-8; 22, 1-14; voir aussi 1, 25-27; 8, 16-18; 10, 22; 28, 5-6, etc..
5 li B
cation de la terre par la destruction des méchants ;' mais, des deux côtés, c'est la catastrophe annoncée qui sera le signal du renouvellement de tout. De plus, à l'inverse d'Esaïe, notre prophète ne dit pas un mot d'une félicité extérieure sous un roi messianique (1). Il emprunte à Esaïe l'idée d'une nation-instrument de châtiment entre les mains de Yahveh ; mais, tandis qu'Esaïe parle de l'anéantissement des Assyriens une fois achevée l'œuvre que le Dieu d'Israël leur avait confiée, Sophonie, comme le note Driver (p, 107), fait entrer les Scythes en scène, puis ne les en fait plus sortir. Gela vient de ce que la nation (2) qui, chez les deux prophètes, provoque l'attente du jour de Yahveh est mise par Esaïe beaucoup plus que par Sophonie en relation avec l'histoire comtemporaine. W. Robertsbn Smith [Enc. bihl.) pense que ce qui sépare nos prophètes, c'est qu'Esaïe a emprunté à ses prédécesseurs Amos et Osée les grandes lignes de sa peinture, se réservant de les adapter aux conditions historiques dans lesquelles il vivait, au lieu que Sophonie a emprunté à Esaïe les détails de sa description : par là il annonce la littérature apocalyptique, tout en s'en distinguant par son idée du Reste, imitée, elle aussi, d'Esaïe (3), mais animée chez lui par le même souffle moral et religieux qui la traverse dans la prophétie de son illustre devancier. Autre différence : Amos, Esaïe,
(1) Cf. ./. Drummond : TheJeicishMessiah.London, 1877, p. 190. Voir aussi P. Volz : op. cit. p. 68. Cette espérance se trouve pour la première fois cliez Esaïe, puis chez Mi. 5 (le passage est-il authentique ?j et ne réapparaît que dans Jér. 23, 5.6 (passage récent d'après Smend^, p. 235 en note) et dans Ez. 17, 22 ss. ; 34, 23-24.
(2) Conformément au style prophétique, cette nation n'est jamais nommée (cf. Es. 9, 7-10 ,-4; 5, 26 ss.).
(3) Cf. Es. 1, 25-27 ; 4, 3-6 ; 28, 5 ss. ; 30, 19-26; 32, 16-19 etc.. .
Jérémie menacent les autres peuples pour ôter toute espérance de salut à Juda et ne mentionnent que des nations en relation avec lui, Soplionie s'attaque à des peuples très éloignés, Kous et l'Assyrie, uniquement parce que ces pays se trouvaient sur le chemin de l'invasion scytlie et sans parler d'un but positif de ce jugement sur ces païens. Par là encore, il est un précurseur de la littérature apocalyptique. Il l'annonce en outre en déclarant que les convulsions de l'histoire sont spécialement destinées à l'instruction et au relèvement d'Israël (3, 6 s.) : c'est déjà la tendance qui fait regarder toutes choses du point de vue purement israëlite. Smend''^ (p. 243) remarque que, pour Sophonie comme pour Esaïe, Yahveh est le maître de la terre (1) et le péché, l'orgueil qui s'élève contre lui (2). En outre leur prédication morale à bien des analogies : comme Sophonie, Esaïe s'élève contre les coutumes et les cultes étrangers (3), leluxe (4), l'injustice, la corruption et l'oppression des grands, la vénalité des juges (5), contre ceux qui pratiquent l'indifférence religieuse (6), les sceptiques qui appellent le bien mal et le mal bien (7) ; comme notre prophète, Esaïe presse ses contemporains de revenir au bien, mais, comme lui aussi, il sait que sa parole ne les touchera pas et que Jérusalem n'acceptera pas la correction (8). Par contre, Sophonie insiste plus qu'Esaïe sur les vertus particulières de douceur et
(1) Voir en particulier 2, 19-21 ; 3, 13 ; 10,23; 14, 26; 28, 22, etc..
(2) 2, 7.12; 22,8 ss.,etc...
(3) 2, 6-8, etc., cf. 1 Mac. 1, 11-15.
(4) 3, 16-24, etc., cf. Deut. 22, 11 ; Lév. 19, 19.
(5) 1, 21. 23; 3, 14-15; 5, 18. 23 ; 10, 1 ss., etc.
(6) 5, 11-12, etc.
(7)5, 19-20, etc.
(8) Ch 6; 7; 8, etc., cf. Am. 5,4. 6. 14. 15. 24, etc.
d'humilité; c'est,. à notre avis, ce qui a ctioqué la plupart des critiques et leur a fait chercher des raisons pour rejeter en particulier 2, 3.
Comme Amos, Sophonie voit les véritables Israélites dans ces nazirs qui répudient les rites étrangers comme un culte de Baal déguisé (1) et qui combattent l'iniquité des juges (2), la rapacité et les violences des grands (3), l'idolâtrie (4), la luxure (5), tous ces péchés qui provoquent la ruine irrémédiable et prochaine de Juda (6).
Nous avons -vu que Sophonie se rapproche d'Osée par sa conception du culte. Un autre point de contact, c'est que, chez les deux prophètes,, le Reste est représenté comme mettant sa confiance, non dans ses forces propres ou dans le recours aux puissances humaines, mais dans le nom de Yahveh (7). Ils flétrissent aussi l'avidité éhontée des chefs du peuple (8), leurs violences (9), l'idolâtrie de Jérusalem (10). Mais ils proclament avec la même énergie que le but du châtiment qui vient est, non de détruire, mais de purifier (11).
Les rapports entre Jérémie et Sophonie sont si nombreux que nous devons nous interdire d'entrer dans le détail d'une étude qui, par son ampleur, nous ferait sortir du cadre de ce travail ; le contraire serait sur-
(1) Am. 2, 11 ; 8, 5, etc.,
(2) 2, 6 ss., etc..
(3) 3, 9-10: 4, 1 ; 8, 4 ss., etc..
(4) 5, 4 ss. 21 ss., etc..
(5) 6, 7-8 etc..
(6) 3, 9 ; 7, 8 ; 8, 2 ; 5, 1 ss. ; 6, 1 ss., etc..
(7) Os. 5, 13 ; 14, 4, etc.. Cf. Es. 30, 16; Jér. 2, 18, etc..
(8) 2, 7; 4, 8, etc.. Cf. Mi. 2, 1-4; 3, 1-7. 9. 11 ; 7, 3 etc. (9)4, 2; 6,8; 7, 1, etc..
(10) 5, 1 ss. 11 ; 6, 10, etc.. Cf. Mi. 1, 5-7 ; 5, 12. 13, etc..
(11) 2, 4-15; 3, 4. 5, etc.. Cf. Es. 4, 4, etc.. Mi. 5, 1-6, etc..
prenant de la part de contemporains (1). Gomme le déclare excellemment L. Gautier (p. 637), on peut dire de Sophonie ce que Jér. 26, 20 dit d'un autre contemporain, Urie : Il prophétisa contre cette ville et contre ce pays entièrement les mômes choses que Jérémie.
Nous avons indiqué ce qui sépare Sophonie dede Nahum et d'iiabaquq (2).
En un sens, notre prophète prépare Ezéchiel. Nous reviendrons sur les éléments mythiques que renTerme sa notion du jour de Yahveh. Lldée que le châtiment que subissent les nations a pour but de iaire rentrer Juda en lui-même, a bien pu donner naissance à cette autre idée que les bienfaits divins répandus en abondance sur le peuple de Dieu le forceront à rougir de luimême et à se convertir (3). De plus, la déclaration de Soph. 2, 1 ss. contient en germe l'espérance d'Ez. 9, 3 ss. suivant laquelle, quand viendra la chute de Jérusalem, il y aura une difïérence très tranchée entre les impies et les pieux : aucun juste ne périra, mais aucun méchant n'échappera à la mort.
A ce que nous avons dit de Sophonie précurseur du Deutéronome (4), ajoutons avec Ad. Lods (HRI) que leur programme est le même : abolir les cultes étrangers et relever le niveau moral de Juda. Mais, s'il est certain que Sophonie a écrit avant le Deutéronome, il ne s'ensuit pas qu'il ait travaillé effectivement avec les réformateurs. En effet, il attend du jour de Yahveh
(1) Plusieurs critiques ont regardé notre prophète comme un abréviateur de Jérémie (cf. Elzas II, p. 48). Delitzsch n'est pas éloigné de le penser, quoiqu'il déclare expressément que Sophonie inaugure la « jeremianische Prophetenreihe. »
(2) Voir ch. III-l».
(3) Cf. Ez. 20, 41 ss. ; 16, 60 ss. etc..
(4) Voir ch. I ; ch. II-2'-D.
ranéantissemeiiL de tout ; dès lors, à quoi bon une rérorme religieuse ? l'heure du châtiment a sonné, les impies doivent périr ; de quelle utilité pourrait être une nouvelle tliorah cultuelle pour les justes ? Il leur suffira de rester humbles et de continuer à mettre en Yahveh seul leur confiance. Du reste, Jérémie est dans le sentiment de Sophonie quand il déclare avortée l'œuvre des Deutéronomistes (1). Cependant, comme le lait ressortir Ad. Lods (HLH), notre prophète, en transportant la lutle du terrain moral qui avait été celui de tous les prophètes du viip siècle, sur le terrain cultuel, inaugure le ritualisme du temps de l'exil.
B. Le jour de Yahveh (2)
Avant d'aborder cette question, ouvrons une parenthèse qui nous paraît avoir son utilité. Jusqu'à présent, la plupart des interprètes de l'A. T. ont pensé que le domaine de Yahveh était limité, du moins jusqu'à Ezéchiel, au seul territoire de la Palestine, qu'être hors de Palestine était synonyme d'être loin de la face de Yahveh (3). Partant de là, ces critiques ont rejeté comme gloses les passages de l'ancienne littérature Israélite où Yahveh était représenté comme un dieu du ciel ou bien comme ayant un pouvoir sur la nature entière.
(1) Nous pensons que 8, 8 expi'ime la vraie pensée de Jérémie, quelque opinion qu'on ait sur le ch. 11. Ce que nous disons ici nous confirme dans 1 hypothèse que Sophonie n'a pas diî vivre jusqu'à ce moment. Cf. ch. I.
(2) Dans ce paragraphe, nous nous sommes très directement inspiré du magistral ouvrage de H. Gressmann auquel nous ne pouvons que renvoyer quiconque veut étudier l'eschatologie juive.
(3) Voir en particulier le développement de cette idée dans Stade : Bibl. Tkool. p. 103 s., 290 s.
Uiie telle manière de voir noiis paraît tout à fait inadmissible. A défaut d'une étude approfondie de la question que nous ne pouvons songer à faire ici, indiquons au moins un essai de solution (1).
Qu'à une époque lointaine de son développement, Israël ait limité lé pouvoir de son dieu national au territoire qu'il occupait, cela est hors de doute. Mais le moment est arrivé — à notre avis bien avant Ezécliiel ~ où l'expression : loin de la face de Yahveh pour désigner l'Israélite se trouvant hors de Palestine, est devenue une formule stéréotypée, vide de signification précise et qu'il ne faut pas plus prendre à la lettre que des expressions comme celle ci : Dieu demeure au ciel — Guillaume, roi de Prusse par la grâce de Dieu. . Lidzbarski (2) a montré que le culte de Balsamim, dieu du ciel, se rencontre chez tous les peuples sémitiques du Nord, depuis la Sardaigne et Garthage jusqu'à Palmyre, mais il a remarque qu'aucun texte ne l'atteste avant l'époque grecque. Cependant, une inscription cunéiforme nous a révélé l'existence du dieu du ciel au temps d'Assarhaddon (681-668) (3) en- le mentionnant comme un ancien dieu phénicien. Plus récemment, Pognon (4) a établi, par une inscription du roi Zakir qu'il a découverte, que, dès le-viiP siècle avant notre ère, les Araméens connaissaient et ado-
(1) cr. H. Gressmann : Ja/ico als HiniinalHQOtt ai-ticle publié dans les Monatsblœttcv Jav dca ccaivjuliscken Rcliijionsanter- 7'ic/il (janvier 1909). Nous tenons à remercier ici M. le Professeur Gressmann d'avoir bien voulu nous faire connaître cet intéressant article.
(2) Efiheincris fur seinitische Epi<jraj)fii/<. — Giessen 1902 I p. 243 ss.
(3) Lidzbarski : op. cit. II p. 122 cf. KAT- p. 357.
(4) Inscriptions sémitiques de ta Si/rie, ■de ta Mésopotamie et de la région de Mossoul. — Paris 1907, p. 156 ss.
raient le dieu du ciel. D'ailleurs, Babylone et l'Egypte ont eii depuis une liante antiquité des dieux du ciel et: il est difficile d'admettre qu'Israël, qui était dans leur zone d'influence immédiate, ne leur ait pas emprunté l'idée d'une divinité dominant sur le ciel pour en faire bénéficier leur dieu national (1). Du resté, Ad. Lods (HRI) affirme contre Stade qu'avant l'époque des grands prophètes, Yaliveli a été conçu comme résidant au ciel (2); le J. fait descendre Yahveli au.Sinaï(3), l'E. fait appeler des cieux par Dieu ou par son ange le mortel auquel il veut faire une révélation (4). Gela ne signifie certes pas que Yaliveli ait domination sur la nature entière; il pourrait ne régner que sur la partie du ciel correspondant au pays de Canaan, comme semble le suggérer Deut. 33, 28. Cette opinion nous paraît cependant insoutenable. Au contact des autres peuples plus civilisés que lui, Israël a certainement étendu son horizon intellectuel et moral et cela lui a permis de faire ressortir davantage la gloire et la majesté de son Dieu. Ce qui, à notre avis, le montre surabondamment, c'est que, longtemps avant les grands prophètes, le yahvisme a fait sien le mythe babylonien du déluge universel, et surtout qu'il a affirmé,
(1) Cf. H. Gressmann: art. cit. p. 6 cf. UIJE p. 113 ss. — Dibe- Lius: Die Lade Jahces. Gôttingen 1906 prétend même qu'avant l'immigration en Canaan, l'arche symbolisait Yahveh comme un dieu du ciel. l'our plus de détails, voir : Volz : Mose. Tûbingen 1907.— H. Gressmann : ZDMG 1907, p. 944 — H. Gressmann : Die Ausgrabungcn in Palœstina und das A. T. Tûbingen 1908.
(2) Gen, 11, 1-9- cf. les textes anciens très nombreux où est affirmé le pouvoir de Yahveh sur le ciel : 3g. 5, 20 ; Gen. 27, 28. 39 ; 49, 25 ; 19, 24 ; Deut. 33, 13. 28 ; 11, 17 : 1 Rois 17, 1 ; 8, 35 ; 2 Sam. 21 etc.
(3) Ex. 19, Ub. 20a.
(4) Gen. 21, 17; 22, 11 ; Jg. 13, 19 cf. Gen. 28, 17; 1 Rois 22, 19 etc..
à la même épocfue, Tidée de la création de l'univers par Yaliveh (1).
Cette reconnaissance de la domination de Yahvelisur la nature est indispensable pour se l'aire une idée exacte de ce que notre prophète entend par le jour de Yahveli. La plupart des critiques sont d'accord pour affirmer que cette notion constitue la plus grande originalité de Sophonie. Indiquons d'abord quelle conception il s'en fait.
Le trait le plus saillant est le caractère solennel que notre prophète donne au jour de Yah veh : Silence devant le Seigneur Yahveh, s'écrie-t-il (1, 7), emploj'ant la formule usitée au moment particulièrement sérieux de l'offrande d'un sacrifice. Notons aussi son imminence (2), son caractère moral : les hommes seront punis « parce qu'ils ont péché contre Yahveh » (3).
Que sera ce jour de Yahveh ? Ce sera une catastrophe cosmique qui atteindra la terre entière. (4) et aussi un événement proprement Israélite qui frappera les ennemis de Juda (5). Le résultat de ce cataclysme sera, pour Israël, une purification, non seulement morale et sociale (6), mais encore cultuelle (7).
Sous quelle forme se manifestera le jour de Yahveh ? Par un repas sacrificiel offert par le dieu d'Israël (8), par des ténèbres (9), c'est-à-dire sans doute par Yahveh
(1). .Tel'. 27, 5-6 affîrme que YahveJi n créé le monde et qu'il a le droit de le gouverner.
, (2) 1, 17 cf. 2, 3.
intervenant dans le nuage d'orage, par un embrasement du monde (1), par l'épée de Yahveh (2), par une expédition militaire suscitée par Dieu (3).
Demandons-nous maintenant quelle est la valeur de cette représentation « sophonienne » du jour de Yaliveli.
Le jour de Yahveh paraît avoir été primitivement un jour de bataille (4). C'est le sens de l'expression 'en arabe, en babylonien (5), en hébreu aussi (6). Mais Gressmann a montré que ce mot a eu, dès le début, une signification beaucoup plus compréhensive et que le jour de Yahveh c'est, à l'origine, « le jour auquel Yahveh se manifeste de quelque manière que ce soit, où il agit de quelque manière que ce soit et qui est caractérisé par sa présence de quelque manière que ce soit M (7). Il y a eu par conséquent plusieurs jours de Yahveh dans l'histoire, mais on en attendait un dans l'avenir qui les éclipserait tous, « le jour que Dieu se prépare et se réserve pour son grand œuvre, dont il parle et auquel il veut se glorifier, le jour qui est unique entre tous les jours et qui, à cause de cela, peut être nommé tout simplement ce jour-là » (8). Nous ne pouvons songer à étudier l'idée du jour de Yahveh chez les prophètes d'Israël, même avant l'exil ; cependant, nous pouvons affirmer qu'à l'époque d'Amos, le mot était déjà courant (9); en effet, ce prophète fait appel à
(1) 1, 18; 3, 8 cf. 1, 2.3.
(4) Cette idée est développée en particulier par A.B. Davidson : Thcoloiju of the O. T. Edinburgii 1904 p. 374. Cf. Smend"-; p. 185.
(5) H. Gressmann VUE p. 143.
(6) Cf. la journée de Midian Es. 9, 3. ,
(7) UIJP: p. 144.
(8) H. ScHULTz : AlttestainentUcho Théologie'^. Gôttingen 1896 p. 574.
la conscience de ses concitoyens qui attendaient un tel jour : il avait donc dans leur pensée des contours très nets (1).
On admet en général que le jour de Yaliveli apparaît pour la première fois chez Sophonie comme Un jugement universel (2). Mais cette façon de penser ne nous paraît pas conforme à la réalité historique (3). L'exposé tout objectif que nous venons de faire de la représentation du jour de Yahveh qui se dégage de notre petit livre nous oblige à affirmer que Sophonie ne peut avoir émis pour la première fois une notion dont il se fait une idée aussi peu claire (4). Les différentes conceptions qu'il se fait du jour de Yahveh sont inconciliables les unes avec les autres (5) : en effet, si c'est Yahveh lui-même qui doit détruire le monde, pourquoi déran-
(1) La tradition rapporte même ce mot à Moïse (Deut. 32, 35).
(2) Voir en particulier Stade : Bibl. T licol, p. 251 ; R. H. Charles : Hehroio, feioish and Christian Eschatolotjij. London 1899 p. 97. Ce dernier critique pense que cette idée est, chez notre prophète, la conséquence nécessaire de sa foi monothéiste ; nous croirions plus volontiers qu'elle vient d'un élargissement, au contact des autres peuples, des vues d'Israël sur le monde.
(3) Cf. H. Gressmann UIJE p. 145 s.
(4) Même incohérence chez les autres prophètes : Jér. 4, 23 ss. décrit la destruction future comme un chaos cosmique; dans Am. 8, 9 le soleil est atteint ; dans Es. 2, c'est la terre entière et non seulement la Palestine ; dans Os, 4, 3, c'est le pays et ses habitants et même les animaux des champs, les oiseaux et les poissons ; dans Es. 28, 14 ss., un déluge universel est supposé. Celte remarque suffît à l'aire crouler l'affirmation de G. A. Smith (II p. 49) qu'avant Sophonie, le jour de Yahveh était une crise du monde, une suite d'événements terribles, mais naturels (batailles, sièges, famine, massacres, etc..) et, qu'à partir de Sophonie, cette crise devient quelque chose de surnaturel, aux couleurs indécises, avec accompagnement de terreurs vagues et solennelles.
(5) Le même phénomène se constate dans les Psaumes où Yahveh est appelé tour à tour rocher, forteresse, berger, bouclier, etc..
ge-i-il les ScyLlies ? (1) Comme, d'autre part, on ne peut édicter d'autorité qu'une seule de c,es représentations (l'expédition militaire par exemple) ait été celle de Soplionie et rejeter les autres, il faut bien admettre que l'idée du jugement universel de Yahveli avait déjà, à l'époque où écrivait ilotre prophète, une longue liistOire (2).
Comme conlirination de notre manière de voir, citons Os. 13, 14 s. : l'auteur invoque l'enfer, la mort et le vent d'Est, c'ost-à-dire les serviteurs et le char de Yahveh pour désigner les instruments de la destruction de tout : or, dans le contexte, il est question des Assyriens. Gela montre que primitivement c'était Yahveh luimême qui détruisait tout. Ce n'est pas une des moindres originalités des prophètes que d'avoir adapté la vieille conception populaire à l'ennemi historique qui menaçait Juda. Autrefois, Yahveh se manifestait luimême par des moyens à lui, maintenant il se manifeste par des instruments humains ; Israël, ayant péché comme peuple, est châtié par des peuples. D'autre part, les prophètes, tout en ayant Israël particulièrement en vue, ne pouvaient se désintéresser absolument du sort de l'ensemble du monde; ils gardaient donc en même temps certains concepts de l'ancienne eschatologie affirmant la destruction de l'univers par Yahveh. De cette fusion de l'idée traditionnelle et de la conception prophétique, toute morale, résultent des incertitu-
(1) Cf. Es. 2, 12 ss.; Ara. s, 8; 9, 5, etc..
(2) A propos de Gen. 49, 10, Gunkel dit : « On ne peut comp*rendre les prophètes que si l'on admet qu'ils ont trouvé déjà une eschatologie, qu'ils l'ont acceptée, coniballue, transformée.)) Il n'est donc pas exact de dire avec Duhm (sur Es. 34, 4) : « L'intrusion du monde physique dans le drame judiciaire est un signe de l'eschatologie récente, » Cf. H. Gressmann UUE p. 22 ss. '
des et des obscurités. En effet, parfois il est question de batailles, de déportations, etc., d'autres fois de catastrophes naturelles, ailleurs les deux choses sont mêlées si bien qu'on ne peut saisir la pensée du prophète. En particulier, Sophonie annonce, dans son introduction, une catastrophe cosmique ; mais, ensuite, sa conscience de prophète le fait parler d'un cataclysme partiel basé sur l'idée que la justice divine ne peut châtier le méchant avec le coupable, d'un jugement qui doit, non détruire, mais purifier. Il est du reste impossible d'attribuer aux Scythes l'exécution dé l'annonce de Soph. 1, 2, car les bêtes, dans leur ensemble, ne peuvent être détruites par des hommes. Hyperbole poétique, dira-t-on. Cette solution, qui peut être exacte quand il est question de l'apocalyptique récente, nous paraît un peu simpliste quand il s'agit d'expliquer la prophétie pré-exilique. Nous dirions volontiers que, chez notre prophète, l'eschatologie populaire et l'eschatologie prophétique se juxtaposent de la façon la plus candide. En ce sens-là, on peut dire que Sophonie est un représentant de la mentalité moyenne du parti prophétique avant 621. 11 est donc inexact de direavec E. Boklen (1) : « L'idée spécifique d'un jugement du monde, par conséquent non seulement d'un jugement sur Israël et ses ennemis, mais sur tous les hommes, les peuples comme les individus... n'est attestée qu'après l'exil ; les premières traces se trouvent dans Joël, Es. 24-27 et dans le livre de Daniel. »
Citons encore Os. 4,3. Wellhausen voit ici la nature gémir du péché des hommes ; en réalité, nous avons affaire à une idée de l'eschatologie pré-prophétique : c'est
(1) Die Verioaadtsckaftsoerkœlttùsse der jàdlsch-ckristlichen mit der parsischen Eschatologie. Gôttingen, 1902, p. 116,
Yaliveli cfui, soufflant dans le Sirocco, fait périr les hommes et les bêtes et même les poissons (1).
L'idée du repas sacrificiel de Yahveli — où la divinité elle-même sacrifie et non l'homme — qui apparaît, à notre connaissance, pour la première fois chez Sophonie, n'est certes pas une création de ce prophète (2). Son obscurité suffirait à le prouver. Mais une représentation analogue se retrouve ailleurs sous une forme tout aussi obscure, donc tout aussi peu originale et, cependant, chaque fois avec des traits particuliers, ce qui montre que cette idée est plus ancienne que les prophètes, lesquels l'ont reçue de la tradition par bribes. Dans Ez. 39, 17-20, on la retrouve, mais là le sang et la graisse de la victime de choix qu'est Gog reviennent, non à Yahveh, ni même aux hommes, mais aux oiseaux et aux bêtes, idée qui ne peut être venue à l'auteur de la Thorah d'Ezéchiel (3) que de la tradition. Dans Es. 34, le sang et la graisse ne sont pas absorbés par Yahveh ni même par les hommes ni même par les bêtes, mais par la terre (4).
(1) Cf. Am. 1, 2 où H. Gressmann UIJE p. 24, voit deux concepUons réunies : l" Yahveh habite à Sioii ; 2" Yahveh crie et tonne dans l'ox^age. La phrase signifiait primitivement que les pâturages et le Carmel étaient desséchés par Yahveh soufflant dans le vent du désert. La juxtaposition de ces deux idées montre que chacune d'elles était périfîée parle temps. Ad. Lods" rejette ce verset, de même Budde dans un article très intéressant qui vient de paraître ZATW 1910, p. 37 ss. — VoiL- aussi Ex. 14, 21 on le narrateur conçoit la mer comme desséchée par le vent d'Est. Cf. Gunkel : Scltœpj'iuig und C/iaofi in Ur::;c'it itiul lîiuhc'it — Gôttingen 1895, p. 106. — Kôbeule : Natur anal Goist nach der A nJJasiUKj des A . T. Mûnchen 1901, p. 120 ss.
(2) Nous ne pensons pas, avec H. Gressmann UIJE p. 137 qu'Israël soit à la fois la victime et les convives du sacrifice. Cette idée un peu étrange vient de ce que notre critique n'admet pas que Sophonie ait eu les Scythes dans la pensée.
(3) Cf. en particulier Ez. 44, 15.
(4) H. Gressmann UIJE p. 139 pense que cette représentation
On a dit aussi que Soplionie parle pour la première fois d'une destruction des nations en général (1). Ce fait montre, du reste, qu'il s'agit bien pour lui d'une catastrophe cosmique, car, Israël seul intéressant les prophètes, qu'ont-ils besoin de mentionner d'autres peupeuples ? Smend ^ (p. 189 note 1) dit : « Les vrais prophètes, depuis Amos jusqu'à Jérémie, menacent des Assyriens et des Chaldéens des peuples étrangers uniquement parce qu'ils veulent montrer à Israël et à Juda rimpossibilité de toute résistance à la puissance du monde organisée par- Yahveh. » Mais, dans beaucoup de ces oracles (Am. 1, Soph.), la destruction des païens est faite, non par une puissance terrestre, mais par Yahveh lui-même. On objectera qu'Amos a fourni une explication d'ordre éthique a leur ruine. Ce motif est un des fruits les plus beaux de la conscience morale et religieuse particulièrement déveloiDpée que possédait le berger de Téqoa, mais il constitue un cas tout à fait isolé : le châtiment contre les nations n'avait pas besoin d'être motivé ; les prophètes autres qu'Amos ne se donnent jamais cette peine ; peut-être allait-il de soi que les païens étaient pécheurs. Et puis, l'explication d'Amos ne rend pas compte de la ruine des astres, de la terre et des animaux.. On répondra que, pour l'ancien Hébreu, la nature était solidaire de l'individu, que Hacan, par exemple, fut lapidé avec ses bêtes (2). En réalité, Hacan, ayant dérobé ce qui était consacré à Yahveh,
est venue aux Israélites des mythes relatifs à la fin de Tiamat : le crocodile n'est pas enterré comme elle, mais jeté sur la terre où les bêtes des champs et les oiseaux du ciel le dévorent (Ez. 29, 5 ; 32, 4 ; Ps. 74, 14) ; la terre est abreuvée de sang (Ez. 32, 6).
(1) Cf. R. H. Charles : op. cit. p. 98.
(2) Jos. 7, 24 ss.
était devenu lui-même « saint ». c'est-dire cliargé d'électricité divine et ce fluide redoutable s'était répandu sur tout ce qui lui appartenait. Grressmann (1) dit très bien : « La plus simple explication de l'origine des oracles sur les païens comme genre est l'idée d'une catastrophe universelle, tandis que les diverses prophéties sont occasionnées ou modifiées par des circonstances surtout historiques. » La mention des nations vient peut-être de la conception populaire qui limita aux païens le jugement qui, primitivement, devait s'exercer sur toute la terre ; Israël était sauf. Mais le Dieu des premiers grands prophètes, dont l'unique exigence est la moralité, ne pouvait pas préparer à Israël coupable un jour de salut, mais un jour de châtiment, non un aiTD av, mais un 'Jiav (2). D'ailleurs, avec Amos, le jour de Yahveh, qui, autrefois, était conçu comme lointain devient proche (3). Cette idée devait venir à Amos, non seulement de sa vision profonde des péchés d'Israël, mais encore de la venue imminente des Assyriens, messagers de la colère divine. Les prophètes ne nomment que les nations les plus connues et qui attiraient l'attention et, pour s'aider dans leur nomenclature, suivent d'ordinaire le chemin qu'ils supposent devoir être parcouru par l'invasion ennemie qu'ils annoncent. Après l'exil, l'eschatologie de bonheur reparaît, c'est-à-dire la vieille représentation populaire : c'est elle qui dominera dans le judaïsme. Yahveh agit de nouveau lui-même, le caractère universel de la catastrophe
(1) UrjE,p. 148 s.
(2) Cf. H. Gressmann UIJE, p. 151. Cette extension, pour un motif d'ordre moral, du jugement mondial à Israël qui, primitivement devait y échapper, constitue, à notre avis, la grande originalité des prophètes.
(3) Am. 6, 1. 3.
est encore développé, Israël échappe, comme auparavant, à la catastrophe : c'est l'apocalyptique.
La notion du Reste (1) qu'Esaïe n'a certes pas inventée (2) est le pont qui permet de passer de l'eschatologie de malheur, dont Amos est le premier et le plus grand représentant à nous connu, à l'eschatologie de bonheur (3). Nous n'insisterons pas sur cette idée qui joue un rôle très peu considérable dans le livre authentique de Sophonie : qu'il nous suffise de la mentionner.
(1) Cf. Am. 5, 15 ; 9, 8b-15 ; Mi. 4, 7 ; 5,6 s. ; Os. 14,4 ; Es.l, 24 se, ; 4. 3 ss. ; 6, 13 ; 10, 20 ss. ; 7, 3 ; 30, 16 ; 37, 32 ; 31, 1 ; Soph, 3, 13 etc.
(2) Cf.. H. Gressmann, UIJE, p. 234 ss.
(3) H. Gressmann consacre à l'étude de cette dernière la seconde partie de son ouvrage ; il montre qu'elles étaient données toutes deux côte à côte, indépendantes l'une de l'autre dans l'eschatologie pré-prophétique, que l'idée du Reste les a liées inorganiquement et incomplètement ; de là le caractère
ragmentaire de l'eschatologie dés prophètes.
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GÉAPITRE IV
Valeur religieuse ''^
De tout ce que nous avons dit, il ressort que Sophonie est une figure du second plan. Cependant, que peut-on retirer de son contact au point de vue moral et religieux ?
Ce qui frappe au premier abord le lecteur des quelques pages qui portent son nom, c'est leur caractère sombre que nous avons signalé déjà à plusieurs reprises ; pas une note d'espérance, pas une parole douce, pas un mot tendre ou paisible. Les espérances d'avenir qu'elles renferment sont très modestes ; mais comme elles font bien ressortir les préoccupations exclusivement morales du prophète : le retour à^la vie patriarcale d'autrefois, le règne de la justice et de la vérité dans une paix parfaite (2) ! Ce sombre tableau s'explique par la proximité du jugement : le peuple, sourd aux appels des messagers de Dieu, s'était si profondément endurci que le seul moyen de le toucher semblait être le bruit des trompettes et des cris de guerre, l'angoisse produite par le grand fracas venant des collines entourant Jérusalem. G. A Smith (II, p. 71) déclare, non sans raison, que Sophonie se place au même point de
(1) Elle a été largement développée en particulier par Joh. C^ESAR : 21 Prediglen àber deii Propheten Zepkanjah. Vl^ittenberg.
(2) Smend2, p. 231, pense que la prophétie d'avenir d'Esaïé sous sa forme primitive ne contenait pas autre chose.
vue, tout au moins éthique, que Jésus dans ses discours escliatologîqUes .
Cependant, l'attitude de notre propliète commande l'attention et la sympathie. Ce qui frappe en lui, c'est son courage : membre de la famille royale, associé de par sa situatiou aux imitateurs des coutumes assyriennes, à un âge où d'autres n'ont de pensées que pour le luxe et le plaisir, dans une époque d'indifférence religieuse et de relâchement moral, Sophonie élève la voix pour proclamer, de la part de son Dieu, l'austère et sombre message du châtiment purificateur qui approche (1).
A côté de la grande sincérité de sa vocation, signalons le sérieux mOral de sa prédication, le sentiment profond qu'il a du péché de son peuple. Certes, 2, 4-15 fait preuve d'un esprit nationaliste et étroit qui n'est pas. exempt de haine; mais, cette concession faite à ce qui deviendra de plus en plus l'esprit juif ne rend pas le prophète aveugle sur l'état de ses concitoyens : il les voit idolâtres, superstitieux, indifférents à l'égard de Dieu, injustes, oppresseurs les uns des autres et, à la façon d'un Amos ou d'un Esaïe, il dresse devant leurs yeux la vision de leur déchéance et leur déclare que leurs fautes accumulées ont mis le Dieu saint et juste dans l'obligation de châtier et que le jugement est imminent.
Sa notion de la Providence mérite qu'on s'y arrête un moment. Sophonie déclare que Yahveh intervient dans l'histoire du monde ; certes, nous sommes loin de la grandiose affirmation d"Am. 9, 7, cependant, pour notre prophète, c'est le Dieu d'Israël qui pousse les
(1) On pourrait peut-être lui appliquer ce qu'on a dit de Gœthe : Ce qu'il a vécu est plus grand que ce qu'il a écrit.
nations contre Juda et qui les dirige dans leur marche (1 ). Cette divine Providence se fait aussi sentir dans la vie des individus : elle n'acceptera sans doute pas que ceux qui rectierchent la justice et l'humilité soient anéantis au jour de la colère, elle ne permettra pas que les vertus que le pi'ophète recommande comme seules agréables à Dieu soient balayées au jour du jugement.
Au point de vue purement religieux, Sophonie insisté sur les devoirs les plus élémentaires : l'honnêteté et la sincérité de la vie, la justice, l'intégrité; les vertus dont il fait la condition du salut sont à la portée de tous : humilité, foi très simple, confiance paisible en Dieu.
Signalons enfin une idée que sans doute la jeunesse et le manque d'expérience de notre prophète l'ont empêché de creuser, celle de la valeur éducatrice et purificatrice de la souffrance (2). Cette idée est à peine indiquée (3), quoique d'une façon très nette et sa mention suffit à faire de Sophonie un anneau dans la chaîne d'or de ces héros qui, grâce à leur communion avec Dieu, ont fait jaillir de leur cœur brisé par la vie les affirmations grandioses de la religion de la souffrance, religion dont Jérémie a donné l'expression la plus pure, dont le second Esaïe a présenté un approfondissement qui touche au sublime et dont l'humanité de tous les temps saluera l'incarnation parfaite dans la personne unique de Jésus-Christ.