‹ Introduction au prophète Sophonie [microform]Chapitre 12 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Valeur historique

A. Etat de Jérusalem à l'époque de Sophonie

Au point de vue historique, Soplionie nous fournit un témoignage extrêmement intéressant. II nous montre qu'au moment où se prépai^ait la grande réforme de Josias qui a eu sur l'iiistoire postérieure d'Israël une influence — théorique du moins — si décisive, les classes dirigeantes continuaient, malgré le déclin de l'Assyrie, à adorer les divinités et à adopter les coutumes des anciens vainqueurs. Le culte de l'armée des cieux, qui allait être bientôt chassé du temple de Jérusalem, se célébrait toujours sur le toit des maisons particulières, ce qui n'empêchait du reste pas les enfants d'Israël de jurer à la fois par Yahveh et par leur Mèlèk local. Résultat : parmi les Juifs, les uns furent très aisément apostats, d'autres, élevés dans l'idolâtrie, ne se souciaient pas de Yahveh et ne le cherchaient pas (1). Le commerce, nécessairement, allait avec la reconnaissance des dieux étrangers (2). Les riches étaient trompeurs et cruels ; les juges et les grands opprimaient le peuple. Il semble qu'entre l'époque d'Amos et d'Osée et la nôtre, il n'y ait eu aucun

(1) Jér. 25, 3 montre que l'idolâtrie a subsisté en Juda bien longtemps encore après la réiorme de 621.

(2) Cf. W. R. Smith : Prophets, p. 364.

progrès réalisé. Au contraire, taudis qu'au siècle précédent, le seul nom du dieu des pères suscitait l'enthousiasme et la vénération, maintenant on affichait à son égard le scepticisme et l'indifférence ; on ne croyait même plus à son action : Yaliveh; disait-on, ne peut faire ni bien ni mal. La paix avait longtemps régné en Israël et avait endormi les énergies nationales.

B. Sophonie et le culte

Après avoir dit quelques mots de ce qui frappait notre prophète lorsqu'il considérait ses contemporains par l'extérieur, voyons, en parlant du culte, ce qu'il pensait de leur vie intérieure.

Que signifie exactement l'adoration de Baal dont il est l'ait allusion 1, 4 ? Notons d'abord que haal est un titre et non pas un nom propre, comme le montrent en particulier les noms de lieux et de villes dans la composition desquels ce mot entre : Baal Ilermon, Baal Hasor,

etc.... (1). Ce nom est devenu ensuite un terme générique désignant toute espèce de divinité. Avec Marti et Ad. Lods (HLH), nous pensons donc que Sophonie entend par l'adoration de Baal le culte rendu à Yahveh dans les vieux sanctuaires palestiniens avec les anciens rites. Gette idée après Osée n'a rien qui puisse surprendre. D'ailleurs, comme le montre Schwally (p. 212), le terme de Baal désignait le Dieu national d'Israël au temps de Saùl et de David.: ce qui le prouve, ce sont les noms de membres de leur famille (vraisemblablement adorateurs de Yahveh) formés avec Baal (2).

Quant à Mèlèk dont il est parlé 1, 5, il désigne,

(1) Voirie détail dans Stade ZATW, 1886, p. 303 en note.

(2) Cf. 1 Chr. 8, 33 : 9, 39-40 ; 12, 5 j 14, 7 etc.. voir aussi Os. 2, 18.

comme Baal, toute espèce de dieux (1). Schwaily (p. 214) pense que, dans ce passage, il est fait allusion au Yaliveli adoré dans la vallée des bené-Hinnom (2). Nous croirions plus volontiers que Mèlèk représente ici les anciens baals locaux' invoqués sous le titre de (( roi » (3).

Sophonie demande donc dans les textes que nous venons de rappeler, non pas l'abolition pure et simple du culte sacrificiel (4), mais la suppression des éléments idolâtriques du culte de Yahveli. En cela, il prépare directement le Deutéronome.

(1) Un dieu phénicien s'appelle S^IdSo (CIS 147, 194, 380).

(2) Cf. .Ter. 7, 31 ; Ez. 20,26 ; 23, 36 ss. Voir B/i?.thgen : Bcitrœge p. 15 ; Lippl p. 20.

(3) Cf. les cachets découverts en Palestine et portant les inscriptions : au Mèlèk de Zipli, au Mèlèk de Hebron, au Mèlèk d'Adullam etc.. Deut. 6, 4 ; Jér. 2, 28 montrent que le peuple adorait un grand nombre deYahveh. >

(4) Smend2, p. 269 doute qu'aucun prophète ait jamais osé la demander. D'ailleurs, si Sophonie avait eu cette idée, il n'aurait pas fait offrir par Yahveh un repas sacrificiel (Cf. Lippl, p. 34).

Page 1