IB
Les chartes et pièces qui composent ce recueil sont extraites des archives du domaine de Rambouillet, et particulièrement des titres de propriété de la châtellenie de Poigny, l'une de ses principales mouvances. Elles sont divisées en deux parties : la première, et la principale, est entièrement relative au prieuré de N.-D. des Moulineaux, de Tordre de Grandmont ; la seconde, ou appendice, renferme le peu de documents que nous ayons retrouvés sur le prieuré de N.-D. de Louye, chef d'ordre du premier monastère, et les titres les plus importants de la châtellenie de Poigny, à laquelle fut incorporée la maison des Moulineaux, lorsque, après avoir été distraite de l'ordre, elle fut érigée en fief. Nous avons donc réuni en un seul groupe, non-seulement tous les renseignements propres à faire connaître l'histoire des établissements de l'ordre de Grandmont dans l'arrondissement de Rambouillet, et ceux relatifs à la châtellenie de Poigny, dont l'ancienne circonscription forme aujourd'hui celle de la commune de ce nom ; mais encore nous avons commencé une série de documents qui pourront être consultés utilement, dans les recherches qu'on pourra faire ultérieurement sur notre histoire locale. Les chartes , les titres de propriété , les actes de vente , les aveux et dénombrements, les transactions de tous genres, les procédures même, tous les actes enfin émanés de la vie sociale du moyen âge, sont, on le sait, fortement empreints du caractère de l'époque et des localités dans lesquelles ils ont été écrits. Ils
ij INTRODUCTION.
nous instruisent de la manière la plus précise sur les pays, les propriétés, les personnes, les arts et métiers, les offices, les institutions, la législation, les mœurs, les usages, et généralement sur toute la vie publique et privée des générations qui nous ont précédés, et nous ont préparé la voie que nous suivons. Par un sentiment naturel à tout esprit observateur et curieux, on aime à retrouver, dans ces volumineuses liasses oubliées dans nos archives, des noms déjà consacrés par l'histoire, et à enrichir celle-ci de faits restés inconnus; ou aime à retrouver les noms ignorés des familles qui ont possédé notre territoire, dominé sur ces nefs, qui sont devenus nos communes actuelles, et où elles ont construit ces châteaux forts et ces vieux manoirs dont les ruines couvrent encore nos campagnes, et dont les débris ont servi à bâtir nos villages. On aime à établir ou à compléter leur généalogie; à déchiffrer leur blason à demi effacé, quand on le rencontre sur les vestiges des monuments qu'elles nous ont laissés. C'est avec un intérêt bien vif et bien puissant qu'après avoir péniblement compulsé et déchiffré ces vieux titres si souvent réputés inutiles, on peut enregistrer les progrès de la civilisation, les différentes phases de l'agriculture, de l'industrie et du commerce; constater l'ancienne origine d'un pays, les causes de sa décadence ou de son accroissement, l'époque de la construction des monuments encore debout ou détruits , avec les noms de leurs fondateurs; et préparer, en un mot, les éléments de l'histoire particulière de la contrée qu'on habite. C'est par l'étude dus chartes et des anciens titres qu'on doit le plus sûrement arriver à ce résultat.
Bien pénétrée de cette idée, la Société archéologique de Rambouillet s'est mise à compulser les dépôts d'archives publiques et particulières, pour en extraire tous les documents relatifs à son arrondissement. Ses premières recherches ont été fructueuses : elles lui ont fait découvrir une volumineuse collection de chartes
INTRODUCTION. iij inédites concernant les abbayes et les monastères, les châteaux et les fiefs de la contrée qu'elle se propose d'explorer. Dans cette mine abondante et féconde, elle a choisi les matériaux les plus propres à faciliter son travail et à exciter l'intérêt. Aidée de la savante et généreuse direction de son Président, elle a pensé qu'il ne serait peut-être pas inutile de mettre au jour les premiers fruits de ses recherches.
Tous les documents transcrits dans ce recueil l'ont été sur les pièces originales elles-mêmes, et, à leur défaut, sur les lettres de Vidimwt ou les copies authentiques qui les reproduisent. Dans ces transcriptions l'exactitude la plus rigoureuse a été observée, l'orthographe a été reproduite dans toutes ses variations et ses imperfections; la ponctuation originale a même été suivie, pour ne pas risquer, en la changeant , de donner au texte une signification qu'il n'avait peut-être pas. Mais comme il était difficile de figurer, dans un texte imprimé, les signes variés employés dans les manuscrits, la petite ligne oblique (') a été remplacée par une virgule ; le point surmonté d'une virgule en sens inverse ( ' ), par un point et virgule; les deux points verticaux et horizontaux (. . :}, le point isolé, ont été placés partout où ils se sont rencontrés, ainsi que cette petite ligne horizontale ( — ). Pourtant, et pour faciliter l'intelligence des textes, les noms propres d'hommes et de lieux commencent toujours pat une majuscule , quoique fréquemment il arrive que cela ne soit pas observé dans l'ancienne écriture. La même marche a été suivie dans les pièces françaises : l'apostrophe, qui ne se rencontre jamais dans les plus anciennes , a quelquefois été ajoutée, et presque toujours les e graves et aigus ont été accentues. Du reste, le fac-similé de la charte de Simon de Gazeran (pièce XXII) donnera une juste idée de la marche qui a été suivie dans toutes les transcriptions.
Les sceaux ont été décrits, toutes les fois qu'ils se sont
• v INTRODUCTION.
trouvés entiers on en fragments. En leur absence, la couleur et la nature des lacs ou queues qui les supportaient ont été indiquées. Chaque pièce est précédée d'un titre français, copié sur l'inventaire des archives, et quelquefois écrit sur l'original même. Les noms des localités, à leur première apparition, sont accompagnés de chiffres qui renvoient à des notes explicatives : les notes de la pièce XXX sont tirées, en grande partie, de X Histoire des Ordres religieux, par Hermant; les autres sont rédigées d'après des connaissances spéciales de la topographie, ou des renseignements certains. Pour faciliter toute espèce de recherches, le recueil est suivi de deux index alphabétiques, l'un destiné aux noms propres d'hommes, et l'autre aux noms de lieux.
La collection complète des pièces relatives au prieuré des Moulineaux , telle qu'elle est conservée aux archives du domaine de Rambouillet, s'élève à cent pièces environ, tant en parchemin qu'en papier. Nous n'en avons inséré dans ce recueil que quarante-huit, en entier ou par extraits, et choisies parmi les plus anciennes et les plus importantes. Les formules des Vidimus ont été rapportées à la suite des chartes originales, parce que ces pièces donnent toujours des dates intéressantes et des documents sur la noblesse, le rang féodal des seigneuries dans lesquelles elles ont été écrites, et spécialement sur le personnel des officiers publics. De la volumineuse procédure occasionnée par les formalités de l'échange des biens du prieuré des Moulineaux, nous avons seulement extrait les détails les plus curieux, et propres à faire connaître les bâtiments , l'étendue et la valeur des possessions du monastère, les causes qui nécessitèrent son aliénation, etc., etc. Enfin nous avons supprimé entièrement une foule d'ajournements, de citations, de reconnaissances, et tout[ce qui, n'ayant plus de rapport qu'au nouveau fief , ne concernait en rien la maison religieuse.
Quant au peu de documents originaux que nous donnons sur
INTRODUCTION. v la maison de Louye , ils se sont trouvés , sans doute par suite d'une ancienne négligence, confondus parmi les titres des Moulineaux.
Pour la cbâtellenie de Poigny, nous nous sommes borné à donner les titres principaux de la propriété, et quelques pièces concernant la justice seigneuriale.
Apres avoir retrouvé aux archives de Rambouillet les traces de la maison religieuse des Moulineaux, traces depuis longtemps perdues et même totalement effacées; après avoir eu connaissance des liens qui avaient uni ce prieuré à celui de N.-D. de Louye, dont le nom et le souvenir s'étaient conservés, nous avons fait tous nos efforts pour retrouver aussi, et joindre à cette petite série de documents , les titres de ce dernier monastère ; mais nous les avons inutilement recherchés, et ils nous paraissent avoir été perdus sans aucun retour. En 1774» les biens de cette maison furent distribués à diverses communautés, et ses titres furent sans
doute divisés en même temps. Aux archives départementales de Seine-et-Oise,dans les titres de l'abbaye de Saint-Remi des Landes, qui fut transférée dans les bâtiments claustraux de Louye et prit alors le nom d'abbaye de îxiuye, nous n'avons retrouvé que des baux des trois derniers siècles, et entièrement dépourvus d'intérêt. Aux archives départementales d'Eure-et-Loir, sont conservées seulement trois grosses liasses dont voici à peu près le sommaire : États généraux des pièces. — Partage des manses. — Amortissements, Décimes, Taxes. — Déclarations. — Registres capitulaires. — Prises d'habit.- — Baux, etc., etc. Tous ces renseignements, modernes d'ailleurs, ne sont que de peu d'importance. Deux recueils seulement nous ont paru offrir plus d'intérêt : ce sont un inventaire général des titres, dressé en 1696 par un religieux de la maison, et un journal des biens et revenus de Louye, fait en 1770 par dom Nicod, vicaire général de l'ordre, et administrateur du prieuré. Le premier, divisé
vj INTRODUCTION.
en vingt-six chapitres, donne l'état complet des titres et des biens encore existants, et une longue énumération des biens perdus, soit par le prieuré chef, soit par chacune de ses trois annexes. Le second est une sorte de mémento qui doit guider dans la perception des revenus et le renouvellement des baux, etc. Tous deux sont remplis de notes et de détails instructifs et curieux, que nous donnerons, par analyse ou par extraits, dans les notices qui vont suivre, sur les quatre maisons de Louye, du Bois-Saint-Martin , des Moulineaux, et de Sainte-Radegonde ou de la Coudre. Dans une autre notice sur la châtellenie de Poigny, nous nous servirons de quelques documents épars, principalement de ceux conservés aux archives de Rambouillet, et qui ne méritent pas d'être publiés dans leur entier. Ces diverses notices, jointes aux pièces originales qui suivent, et auxquelles elles doivent servir de complément et de commentaire, compléteront en même temps ce que nous avons pu recueillir de plus instructif sur une partie de notre histoire locale.
Nous ne pouvons terminer cet avant-propos sans adresser nos remerciments et témoigner notre reconnaissance à toutes les personnes qui ont bien voulu nous seconder dans nos travaux, ou nous les faciliter; à MM. les Préfets de Seine-et-Oise et d'Eureet-Loir, qui nous ont autorisé à faire nos recherches dans les archives de leurs départements; à M. le Sous-Préfet de Rambouillet, qui nous a procuré tous les moyens de communication mis à sa disposition; à ceux de nos collègues qui nous ont aidé de leurs lumières ; et surtout à M. le duc de Ltiynes, président de notre Société archéologique de Rambouillet , qui non-seulement nous a prêté le secours le plus efficace dans nos travaux, mais encore nous a mis à même de leur faire voir le jour.
PRIEURÉ DE LOUYE.
L'ordre austère de Grandmont fut fondé, vers l'an 1076, par Saint-Élienne de Muret, fils d'Etienne, vicomte deThiersen Auvergne. En 1 ia4 ou 1 ia6, époque de la mort de son saint fondateur, le sol aride et désert de Muret, où avait été construite la première maison de l'ordre, lui fut vivement disputé par les moines de la prévôté d'Ambazac, jaloux de la haute réputation d'austérité et de la prospérité toujours croissante des nouveaux religieux. Ceux-ci, sans revendiquer la possession de quelques arpents de terre stérile, sans chercher à faire valoir une prescription de plus de cinquante années, l'abandonnèrent en toute humilité à l'avidité de leurs envieux voisins. Dès lors ils se mirent à chercher une nouvelle retraite, dont l'emplacement ne dût point leur être contesté : une révélation céleste leur indiqua les hauteurs de Grandmont, situées non loin de leur première résidence et au diocèse de Limoges. Là, ils construisirent un nouveau monastère, dans l'église duquel ils apportèrent les restes vénérés de leur maître. Cette maison devint le chef de l'ordre entier, auquel elle donna son nom, et sur lequel elle conserva toujours la suprématie. L'ordre de Grandmont, qui suivait la règle sévère de Saint-Benoît avec quelques constitutions que son fondateur y avait ajoutées, confirmé dès son origine par les souverains pontifes, protégé par les rois de France et d'Angleterre, favorisé aussi de beaux privilèges et de nombreuses immunités , ne tarda pas à prendre en France un prodigieux accroissement. Moins d'un
viij PRIEURÉ DE LOLYE.
siècle après la mort de Saint-Étienne , indépendamment de la maison de Grandmont,que Henri II, roi d'Angleterre, et l'impératrice Mathilde avaient somptueusement construite et dotée, et qui avait été enrichie par la piété et les dons des seigneurs voisins, l'ordre comptait près de cent cinquante monastères qui suivaient tous son étroite observance '.
Plusieurs maisons de cet ordre furent fondées dans l'ancien diocèse de Chartres, où elles commencèrent par jouir d'une grande prospérité, et trouvèrent une grande faveur auprès de l'évèque Jean de Salisbury, le disciple bienaimé de Thomas Becket , archevêque de Cantorbéry. De ce nombre furent celles de Louye et des Moulineaux, réunies par la suite. Toutes deux ayantexisté dans la circonscription de l'arrondissement actuel de Rambouillet, seront l'objet de nos recherches.
I>e roi Louis VII paraît avoir eu une affection toute particulière pour Tordre de Grandmont, en faveur duquel il fonda et dota richement plusieurs maisons. En n63, ce prince étant à Étampes, donna aux Bons-Hommes de Grandmont un lieu nommé Louye, consistant en terres et bois, clos entièrement de fossés, et situé sur les bords de la forêt de Dourdan, qui, depuis l'avénement de Hugues Capet à la couronne de France, n'avait pas cessé d'appartenir au domaine royal. Afin que les religieux eussent la paisible possession de leur enclos et ne fussent point troublés dans leur solitude, les hommes ou sujets du roi qui habitaient la paroisse de Granges leur firent aussitôt l'abandon de tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur les bois compris dans l'enceinte des fossés \
Quelque temps après, la reine Adèle, veuve de Louis VII, pour aider à la subsistance de la nouvelle congrégation que l'ordre de Grandmont venait d'établir à Louye, lui assigna sur la terre de
1 (fermant, Hiitoire des ordres religieux, * Appendice, pièce B, p. 77. t. II.
PRIEURÉ DE LOUYE. n
Chalou , nommée depuis Chalou-la-Reine , qu'elle donnait aux chevaliers du Temple de Paris, une rente annuelle et perpétuelle de vingt muids de blé, à recevoir en la grange et à la mesure de Chalou : elle y ajouta une autre rente , aussi annuelle et perpétuelle, de dix livres parisis, payable à Paris sur la maison du Temple. La reconnaissance de cette riche dotation fut faite à Paris en 1 1 83, et donnée aux frères de Louye par le maître des Templiers, en présence d'un grand nombre de chevaliers de son ordre '.
On sait combien était faible, au moyen âge, la garantie que présentait un acte de donation, alors même qu'il était revêtu des caractères les plus authentiques. Les biens donnés ou vendus étaient souvent usurpés par des voisins plus puissants, repris par les donateurs eux-mêmes ou par leurs successeurs, au mépris des engagements les plus sacres. Fut-ce de cette manière que les bois de Louye, donnés par Louis VII et usurpés par Philippe-Auguste, restèrent en la main du roi pendant tout le règne de Louis VIII et les deux premiers tiers de celui de Louis IX? Ce qui est certain, c'est qu'en ia53 ce dernier prince, éclairé sur l'illégitimité de sa possession, rendit ces bois aux religieux de Louye, avec toutes les libertés et immunités qui leur avaient été concédées par son illustre aïeul et prédécesseur \
L'inventaire des biens de Louye, dressé en 1696, ne rapporte aucun titre qui puisse faire supposer que , pendant les xii* et xm e siècles , cette maison ait eu d'autres possessions que son enclos, et ses rentes en grains et en argent sur les Templiers de Paris. La déclaration des biens du prieuré, faite en i5i8\ ne mentionne aucune propriété dont l'origine puisse remonter à cette époque. Ce fut donc avec ces seules ressources, fournies par la munificence royale, que, pendant les premiers siècles qui suivirent
' Appendice, pièce B.
, ' Appendice, pièce B, p. 78.
1 Ibid., pièce A, p. 73.
x PRIEURÉ DE LOUYE.
la fondation de ce monastère, un grand nombre de religieux y vécut, observant dans toute son austérité les préceptes de l'ordre de Grandmont. Par la suite, ce nombre se réduisit considérablement. Dans un chapitre général de l'ordre, tenu à Grandmont en 1293, la maison de Louye fut destinée pour sept religieux seulement; et la pension qu'elle devait payer annuellement à la maison chef d'ordre, comme le faisaient toutes celles de l'obédience, fut fixée à vingt livres*. Cette pension était imposée a toutes les maisons de Grandmont, en vertu de bulles des papes, et comme marque de leur dépendance 3 .
Le saint fondateur de Tordre de Grandmont, Etienne de Muret , pendant son administration , qui dura environ cinquante ans, n'avait jamais pris que le titre modeste de Correcteur, refusant toujours celui d'Abbé ou de Maître, par soite de cette profonde humilité qui l'avait empêché de se laisser revêtir du caractère sacerdotal, dont il se croyait indigne*. Longtemps encore après sa mort, ses successeurs à Grandmont ne prirent que le titre de Prieurs, et les supérieurs des autres maisons celui de Correcteurs on de Maîtres \
La règle que saint Etienne avait donnée à ses frères était tellement sévère, qu'en 1247 elle fut modérée par le pape Innocent IV, et par Clément V en i3oo,. Mais bientôt le relâchement s'y étant introduit, Jean XXII essaya de lui rendre sa pureté primitive'. Ce souverain pontife, par sa bulle de réformation donnée à Avignon en i3i 7, érigea en abbaye le prieuré de Grandmont, réduisit à trente-neuf les cent quarante-huit maisons de l'ordre, qui jusqu'alors avaient été gouvernées par des correcteurs ou maîtres élus par le prieur de Grandmont , leur donna le titre de prieurés-chefs, et rangea sous leur obéissance quelques
' Inventaire nu. de 1696, c. 10. * Voir dans ce recueil les pièce» VIII,
■ Hermant, Histoire des entres religieux . XVII , XXIV, XXV et XXXVII. J Id„ ibid. ' Hermant.
PRIEURÉ DE LOUYE. xj
autres maisons, en qualité d'annexés ou de membres unis. Par suite de cette réduction, furent incorporés au prieuré de N.-D. de Louye les monastères du Bois-Saint-Martin et des Moul ineaux , au diocèse de Chartres, et celui de la Coudre ou de Sainte-Radegonde, au diocèse de Sens'.
La même bulle réglait en outre les pensions qui devaient être payées à l'abbaye de Grandmont par chaque maison de l'ordre, et ordonnait que douze frères profes, choisis dans tous les prieurés, fussent envoyés à Paris, pour y étudier la théologie et les sciences, aux frais communs de la congrégation. L'un de ces frères devait être choisi dans notre prieuré de Louye, réuni pour ce choix à ceux de Vincennes, de Raroy et de Méneil. Nous avons rapporté, parmi les chartes des Moulineaux , une expédition notariée du procès-verbal de rassemblée générale de l'ordre, tenue à Grandmont en i326, dans le but de choisir ces douzes frères, et de répartir les frais de leur entretien sur toutes les maisons de leur observance. Mais, par suite du désaccord survenu entre l'abbé et les définiteurs, la délibération de ce chapitre demeura sans résultat, et fut ajournée à une autre assemblée générale a .
Le nouvel état de choses établi dans l'ordre de Grandmont , en élevant la maison de Louye à la dignité de prieuré-chef , et en augmentant ses revenus et le nombre de ses religieux , dut nécessairement être pour elle une nouvelle source de prospérité. Une autre circonstance dut aussi lui être fort avantageuse : ce fut la concession d'Étampes et deDourdan, faite, en 1307, par Philippe le Bel à son frère Louis, comte d'Évreux, pour partie du payement des quinze mille livres de rente qui devaient former l'apanage de ce prince 1 . Pendant plus d'un siècle après, ces deux villes ne cessèrent point de faire partie du domaine des princes
' lovent, de 1696.
' Voir la pièce XXX-
xij PRIEURÉ DE LOUYE.
de la famille royale, qui firent de riches et nombreuses donations aux gens d'église. Mais nous n'avons retrouvé aucun document, de cette époque, qui soit relatif à notre prieuré. Nous voyons seulement, dans rémunération des biens perdus par la maison de Louye , que Louys, fix de roy, donna une rente de bled*. Cette donation ne peut avoir été faite que par Louis, comte d'Évreux, ou, plus tard, par Louis, duc d'Anjou, fils du roi Jean, à qui Dourdan fut donné, en i38i, par le petit-fils du premier comte d'Évreux.
Si, dans l'origine, le voisinage de Dourdan , séjour de prédilection des princes de la maison d'Évreux, put être de quelque avantage pour le monastère de Ix>uye, il lui fut très-préjudiciable par la suite. En 1 4i i , les villes d'Ktampes et de Dourdan, dont le duc deBerri était alors usufruitier, et qui devaient revenir au duc de Bourgogne, furent envahies par le duc d'Orléans, qui y laissa une nombreuse garnison. Sur les plaintes réitérées, qui furent faites au roi, des violences et pillages exercés par ces garnisons, le duc de Bourgogne, malgré la délibération du conseil, qui avait décidé que le duc de Guyenne ne prendrait pas la campagne avant la fin de l'hiver, s'empressa de saisir cette occasion pour faire faire les premières armes à ce jeune prince. Le Dauphin quitta donc Paris le u3 novembre, à la tète d'une armée nombreuse, composée de gens de la commune de Paris et d'un corps auxiliaire d'Anglais, et fut accompagné du duc de Bourgogne, des comtes de Nevers, de la Marche, de Vaudemont, du maréchal de Boucicault et de plusieurs autres seigneurs. Il se dirigea vers Corbeil, et de là alla mettre le siège devant Étampes, qui tarda peu à se rendre; mais le château de cette ville , qui était très-fort et défendu par le chevalier Bosredon, ne capitula qu'après une longue et vigoureuse résistance. Le prince marcha ensuite sur Dourdan, qui se
• lovent, de 1696.
PRIEURÉ DE LOUYE. xiij
rendit bientôt; puis, après avoir laissé une forte garnison dans ces deux villes, il s'en retourna à Paris *.
On se figurera facilement ce que la maison de Louve eut à souffrir pendant cette campagne, et surtout à combien de pillage» elle fut exposée de la part des garnisons de tous les partis , occupant successivement le château de Dourdan , qui n'était éloigné d'elle que de deux à trois kilomètres. D'un autre côté, elle et ses annexes étaient situées dans les domaines des princes qui jouaient le plus grand rôle dans les factions qui déchiraient alors la France, et venaient augmenter les fléaux non moins cruels de la guerre étrangère. C'était sur ces princes que pesaient les frais de la guerre, et leurs Bnances étaient épuisées. Le duc de Bourgogne, seigneur de Dourdan, avait mis ses joyaux en gage pour payer les auxiliaires anglais qu'il avait amenés au siège d'Etampes : le duc d'Orléans, seigneur de la châtellenie d'Yèvre-le-Châtel , dans laquelle était située l'annexe deSainte-Radegonde 2 , était prisonnier en Angleterre depuis la funeste journée d'Azincourt; le duc de Bretagne, comte de Montfort, ne payait plus les rentes dues aux Moulineaux, et données par ses prédécesseurs. D'un autre côté, la campagne désolée restait inculte; les paysans étaient ruinés par les tailles et les taxes, et les religieux, privés de leur argent, ne pouvaient même recueillir leurs revenus en nature. Aussi, nous n'hésitons pas à faire remonter à cette époque désastreuse la plus grande partie des pertes éprouvées par le prieuré de Louye et par ses annexes.
Nous en trouvons la preuve dans quelques-unes des pièces originales reproduites dans notre recueil. Après la mort de Charles VI, et par les funestes conséquences du traité de Troyes, le roi d'Angleterre était makrede Paris et de la plus grande partie
• Honstrelet, l i, c. a6a.
* Voir plus bas la Notice twr l'annexe de Sainte-Radegonde.
xiv PRIEURE DE LOUYE.
de la France. En i4a8, le comte de Salisbury, à la tête d'une armée de dix mille hommes, allait mettre le siège devant Orléans; sur son passage, il s'était emparé des principales forteresses de la Beauce, du pays Chartrain, du Hurepoix et du Gâtinais. Nogentle-Roi, Rambouillet, Rochefort en Yveline, Jargeau, Janville, Marchenoire, Mont pi peau, Pithiviers, Beaugency et Chartres même étaient en son pouvoir, avec tous les pays dans lesquels sont situés nos quatre monastères*. Resté fidèle à la cause de son roi légitime, le premier prieur régulier de Louye dont le nom nous soit parvenu, Michel Pourrat, avait quitté son prieuré, désolé et ruiné par le fait des guerres. Alors Henri VI , roi de France et d'Angleterre, protecteur et gardien des églises de son royaume de France, pour remédier à l'absence de ce prieur, passé es pays à luy contraires , et pour prévenir les funestes résultats qui pouvaient en être la suite, donna, pour administrateur intérimaire au prieuré-chef, le prieur des Moulineaux. C'était frère Pierre Galle, qui, l'année précédente, avait obtenu du duc de Bretagne et comte de Montfort des lettres en faveur de son prieuré
Bientôt après, le siège d'Orléans fut enfin levé, grâce à la valeur héroïque d'une jeune fille inspirée; Charles VIT fut sacré à Reims, et les Anglais furent chassés du territoire. Nous ignorons si Michel Pourrat vint reprendre possession de son ancien bénéfice, ou si Pierre Galle continua à l'administrer. Ce qu'il y a de certain, c'estqu'en 1 445 Jean Guillonneau était prieur titulaire de Louye, et qu'en cette qualité il passait avec messire Guillaume, curé de Sermaize, un marché relatif à la dime de ce lieu, dtme qui, en ia44> avait été achetée par les Moulineaux'. En i45a et 1470, le même prieur assemblait le chapitre de Louye, à l'effet d'élire un frère chargé de l'administration de l'annexe des Moulineaux \
' Monstrelet. 1 InrenUire de 1696.
' Voir les pièces XXXII et XXXIII. « Voir les pièces XXXIV et XXXV.
PRIEURE DE LOUYE. *v Les documents nous manquent entièrement pour établir si Jean Guiilonneau eut un successeur immédiat autre que Guichard Baisle, dont le nom et la qualité de prieur de Louye nous apparaissent pour la première fois en i4g3. Alors ce prieur assemblait le chapitre de son couvent pour la conclusion d'un bail emphytéotique relatif aux Moulineaux , bail qui , cinquante-trois ans plus tard, fut résolu par lettres du roi, qui traitent Baisle de mauvais administrateur, pour avoir aliéné , sans autorisation de ses supérieurs, un bien appartenant à une communauté religieuse 1 . Pendant son administration, une grande mortalité régna dans le couvent de Louye, et fit mourir tous les religieux; pour lui, il avait résisté au fléau, et s'était retiré à l'annexe de Sainte- Radegonde. Il paraît avoir été le dernier prieur régulier, et être mort l'an 1499
Il nous serait difficile de dire ce que devint le prieuré de Louye pendant les quinze années qui suivirent la mort du dernier prieur régulier, et s'il fut repeuplé de religieux. Nous ne retrouvons, dans l'inventaire de 1696, aucune mention de pièces qui soient de cette époque. Après avoir rapporté à l'an i4$9 la mort de Guichard Baisle, date pleinement justifiée par ces mots des lettres de François I er , de l'an 1 54o : Mort depuis quarante ans en ça.... l'auteur de cet inventaire se borne à dire : a Bientôt après « advint le concordat entre le pape Léon X et le roy Fran- * çoysl", sur la collation des bénéfices du royaume. Suivant ce « concordat , Louys du Bellay, archidiacre de Paris, posséda ce c bénéfice. » En entrant en possession , le nouveau prieur commendataire trouva son prieuré dans un état complet de ruine et d'abandon , dont il fait le plus sinistre tableau dans la déclaration qu'il en rendit au roi le i3 août i5i8. Cette déclaration, en
* Pièces XXXVIII et XLI. C'est par bord Guichard Bruilé an lieu de Baisle. erreur, et par suite du mauTais état des ' Inventaire de 1696. pièces originales, que nous avons lu d'à-
xvj PRIEURE DE LOUYE.
nous donnant une énumération très-abrégée des biens qui étaient restés au prieuré, nous apprend quelles étaient les obligations du commendataire envers les quatre ou cinq religieux qui l'habitaient alors. Mais les désastres causés par les guerres des Anglais, aggravés peut-être par l'abandon dans lequel était resté le monastère après la mort de Guichard Baisle , n'avaient pas été réparés. Louis du Bellay fit reconstruire les bâtiments claustraux et ceux qui servaient à l'exploitation , relever les murs de clôture, réparer la chapelle, et reconstruire le clocher, qui avait été renversé. Les revenus de la maison suffisaient à peine à un si coûteux entretien , d'autant plus qu'ils avaient été en partie perdus 1 .
A Louis du Bellay succéda , aussi en qualité de prieur commendataire, Guillaume de Paris, archidiacre de Soissons et chanoine de la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris. Nous voyous ce prieur apparaître pour la première fois en i5a8, et pour la dernière en i54o*. L'inventaire de 1696 ne fait aucune mention de ce commendataire, et donne pour successeur immédiat à Ixmis du Bellay son cousin Eustache du Bellay, qui fut évêque de Paris; mais il est certain que ce dernier ne fut prieur de Louye qu'après Tannée i54o. Il mourut en 1 565, et eut pour successeur Claude d'Angennes, évêque de Noyon 1 .
Ce prélat était à peine entré en possession de ce bénéfice, que le prieuré de Louye, relevé de ses ruines par les soins de Louis du Bellay, eut encore à souffrir beaucoup , non-seulement des guerres de religion, mais encore des troubles de la Ligue. Dès l'an 1567, la ville de Dourdan fut prise par le sieur de Montgonimery et le vidame de Chartres; son église et ses environs, pillés et mis à feu et à sang. Vingt ans plus tard , Dourdan
' Pièces A et B de V Appendice . ' Pièces XLIII et sut.
• » Pièces XL et XU.
PRIEURÉ DE LOUYE. xvij étail occupé par les troupes du duc de Guise, qui en partirent pour aller défaire les reîtres, qui tenaient le château d'Auneau et ravageaient les environs. En 1 , le maréchal de Biron assiégeait et prenait Dourdan , dont les troupes de la Ligue s'étaient emparées depuis deux ans. L'annexe des Moulineaux n'avait pas moins souffert que le prieuré chef; ses revenus suffisaient à peine à l'entretien de ses bâtiments, ce qui engagea le prieur commendataire à l'échanger avec son frère Jean d'Angennes, seigneur de Poigny, contre la terre de Besnière, plus voisine de Louye , et plus productive que celle des Moulineaux '.
Peu de temps après cet échange, Claude d'Angennes résigna son prieuré en faveur de Gharlemagne d'Eschouys, qui le résigna lui-même à Étienne Leroy, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris. Celui-ci eut pour successeur, en 1608, Jacques du Lac, qui paraît, dès son entrée en jouissance, s'être occupé d'améliorer son bénéfice avec un soin tout particulier. En 1609, il obtint de Henri IV des lettres patentesqui confirmèrent le prieuré de Louye dans tous ses droits '.
En i6a3, fuyant la contagion qui désolait Paris, Louis XIII s'était retiré à Saint-Germain, d'où il faisait de nombreuses excursions dans les pays circonvoisins. Un jour, il vint jusqu'à Rochefort en Yveline, pour visiter les bâtiments que venait de faire construire le prince de Rohan-Montbazon, et pour se livrer au plaisir de la chasse, qu'on lui avait dit être fort agréable dans cet endroit. Le lendemain de son arrivée, les veneurs détournèrent un cerf dans un petit bois voisin de la forêt de Dourdan , qui faisait alors partie du douaire de la reine mère. Il fut décidé qu'on le chasserait et qu'on viendrait dîner à Louye, qui fut choisi pour le lieu du rendez-vous. Le roi y fut reçu par le prieur Jacques du Lac, qui lui représenta que sa maison
» L'Escoroay, Hist. de DounUin. Pièce» ' lovent, de 1696. XLIV e» saiv. de ce recueil.
xviij PRIEURÉ DE LOUYE.
avait été fondée par Louis VII, rétablie par saint Louis, ses illustres aïeux, et qu'il était convenable que Louis le Juste, leur successeur au sang, au nom , au sceptre et aux bonnes intentions , les imitât en cette occasion, comme il les imitait dans toutes leurs autres actions vertueuses. Emu par l'exemple de ses prédécesseurs, Louis XIII répondit qu'il voulait être protecteur et bienfaiteur de Ja maison de Louye; et, considérant les grandes réparations qui y avaient été faites par le prieur, lui accorda six mille livres à prendre sur les hauts bois qui dépendaient du prieuré, pour être employées tant pour l'achèvement d'un bâtiment déjà commencé , que pour la construction d'un étang destiné à retenir l'eau qui manquait absolument dans ce lieu '.
a Depuis longtemps, dit l'auteur de l'inventaire de 1696, et « surtout depuis les troubles des calvinistes , il n'y avoit point «eu de religieux à Louye. En i<ii4 ou environ, dom Bigal de a Lavaur, abbé de Grandmont et général de l'ordre, intenta un « procès , devant la cour des requestes du palays , à Jacques du « Lac, pour le rétablissement de la régularité et des religieux « dans la maison de Louye. Ce procès fut terminé en 1621, par « une transaction au moyeu de laquelle deux religieux furent « envoyés à Louye pour y célébrer le service divin , avec une « pension de deux cents livres chacun.
« En i65o, dom Georges Barny, abbé de Grandmont, obtint « des lettres de rescision de cette transaction contre Jacques « du Lac , qui , depuis plus de quarante ans, touchoit tous les « revenus et ne payoit qu'une rente de quatre cents livres. Ces « lettres furent enterrinées par arrest du grand conseil de i653, « rendu entre le général de l'ordre, d'une part, et Louys du Lac , « alors prieur, et Jacques du Lac, ancien prieur. Il fut de plus « ordonné que le revenu de Louye seroit divisé en trois lots :
' L'Kseornay, Hist. Je Dourdan.
PRIEURÉ DE Î.OUYE. xix c le premier affecté au prieur commendataire, le second aux « religieux, et le troisième aux charges. Sur ce, intervint une Ion- « gue procédure terminée par une transaction de 1657, portant « partage des biens de Louye entre le prieur et les religieux.
« Cette transaction portoit, entre autres, que messire Gabriel « Bailly, prieur commendataire, auroit, luy et ses successeurs, son « logement, consistant en une grande chambre, petit cabinet sur « le jardin, petite chambre à côté; deux chambres se suivant « l'une et l'autre, et le grenier au-dessus; la grande cuisine et les « bastimentsdu costé du jardin. Le jardin seroit commun, et le a prieur y pourrait prendre les fruits et légumes à son usage « lorsqu'il seroit à Louye, sans pouvoir les affermer ni les em- « porter; et les religieux lui payeroient en outre cent livres de « retour. Ijc prieur prendrait quatorze muids de bled sur la « rente de Ghalou : il prendrait son chauffage dans les boys de € Louye , en le faisant façonner à ses dépens.
« Les religieux dévoient lui fournir la paille et litière de ses « chevaux , de ceux de ses domestiques et autres survenant de sa « part, et lui fournir trois voyes de boys rendues à son buscher. « 11 aura le revenu des annexes de Louye, à la charge pr lui de « payer la pension de l'oblat, les décimes ordinaires et extraor- « dinaires, d'entretenir son logement et toutes les dépendances « des annexes.
« Au regard des religieux : qu'ils jouiroient de tout le reste des « bastiments et lieux réguliers de Louye, aux charges ci-dessus « désignées, et d'entretenir les bastiments qui leur restent; de
< payer la pension de M. de Grand mont ; d'entretenir la sacristie « et l'église des choses nécessaires au service divin , fournir les « aumosnes, acquitter les frais de visite du général de l'ordre et « des vicaires ; et en outre, à la charge de quelques autres condi-
< tions qui sont sans importance.
a De plus, il a été convenu que, sans leur consentement, les
xx PRIEURE DE LOUYE.
« parties ne pourroient abattre pour leur chauffage les hauts « boys de Louye et des autres annexes. »
Maintenant, nous laisserons dom Nicod raconter lui-même comment la manse prieurale fut réunie à celle de Thiers en Auvergne, et comment s'éteignit le prieuré de Louye.
imiOTI DE Ï.A MANSE PU [EU RALE DE LODTE A GRAHDMOHT DE TH1BBS Bit AUTEHGNE ' .
« Notre maison de Grandmont de Thiers en Auvergne ne subsistoit plus, depuis 1716, que des aumônes des autres maisons de la réforme, et étoit prête à périr par le système des billets de banque*, qui lui avoit enlevé tous ses biens; lorsque, par un coup inespéré de la Providence et par le canal de M" le cardinal de Fleury, qui étoit instruit de la grande régularité qui régnoit dans cette maison , le roi lui assura sur sa cassette une pension de seize cents livres, en attendant quelque occasion favorable pour la fonder solidement.
« Cette occasion ne tarda pas à naître par la bonne volonté de l'abbé Bitant, prieur commendataire de Louye, lequel consentit, de la meilleure grâce du monde, à ce qu'on unit à perpétuité à ladite maison de Thiers la manse prieurale de Louye , à la condition néanmoins qu'il en toucheroit les revenus pendant sa vie.
« En conséquence de ce consentement et de celui de S. A. M ,r le duc d'Orléans, dans l'apanage duquel Louye est
1 Cette maison, située dans un des faubourgs de la ville de Thiers, au diocèse de Clermont, fut construite par les bienfaits et la libéralité des habitants , qui avaient une grande vénération pour saint Etienne de Muret, fondateur de Tordre, et leur compatriote. Le R. P. Ch.Frémont en jeta les premiers fondements le 27 mars i65o,
et y établit la réforme. C'était la plus belle, sinon la plus ri< he de toutes les maisons de l'étroite observance. Louis XIV lut donna des lettres patentes de confirmation, et lui accorda tous (es privilèges dont jouissaient les établissements de l'ordre de Grandmont.
» Le système de Law.
PRIEURÉ DE LOUYE. xxj situé', le roi, par son brevet, consentit que la manse prieurale de Louye fût unie à perpétuité à ladite maison, et le fit expédier en la cour de Rome le 27 décembre 1729. Sur ce brevet, le pape donna sa bulle d'union, qui fut adressée à M" 1 evêque de Chartres; l'union fut consommée avec toutes les formalités requises, et le titre du prieuré de Louye fut éteint. La bulle du pape est du 6 des calendes de juillet 1731 . »
< La suppression de la maison de Louye fut une époque trop intéressante et trop mémorable pour n'avoir pas place ici ... . En voici l'origine et le progrès.
«. Personne n'ignore que, sur les plaintes et mémoires fournis au conseil du roi par la précédente assemblée du clergé, sur les différents abus qu'elle a prétendu s'être introduits dans les ordres , congrégations et maisons régulières de son royaume, le roi, par arrêt dudit conseil du 3i juillet 1766, a établi une commission formée de cinq archevêques et d'autant de conseillers d'État , pour, sur leur avis , les réformer.
« Cet arrêt avoit été précédé d'un autre, du a3 mai 1766, qui annonçoit l'établissement de ladite commission, et ordonnoit à tous supérieurs de faire remettre leurs règles, statuts, règlements généraux et particuliers concernant leur discipline, leurs titres d'établissement, et généralement tous mémoires et instructions qui seroient jugés nécessaires par lesdits commissaires.
a Sur l'avis desdits commissaires fut rendu un troisième arrêt du conseil, en date du 3 avril 1667, par lequel il est ordonné
' Depuis, Dourdau n'a point cessé de faire partie de l'apanage des dues d'Orléans.
xxij PRIEURÉ DE LOUYE,
c|ue, dans le délai de trois mois, seraient envoyés tous les mémoires et éclaircissements nécessaires sur l'état général des congrégations.
« Ces arrêts furent envoyés avec des lettres instructives de M»' l'archevêque de Rheims, chef de la commission, au généra) et au vicaire général de l'ordre de Grand mont. L'un et l'autre envoyèrent sans délai les règles, statuts et règlements faits dans les chapitres généraux de l'une et l'autre observance. Le vicaire général répondit en particulier qu'il étoit difficile de tenir un chapitre général , eu égard au petit nombre de religieux dans la plupart des maisons dont elles étoient composées.
« Dans cet intervalle, intervint un édit du roi qui ordonna que toutes les communautés seroient composées de neuf religieux. (Mars 1768.)
« f je 17 juin de la même année, la commission fit rendre un arrêt qui , en ordonnant au général de tenir on chapitre général de son observance à l'abbaye de Grandmont, qui en indiquait l'ouverture au a5 septembre suivant , défendoit jusqu'à la tenue de ce chapitre de recevoir aucun novice, tant dans l'observance que dans la réforme.
« Le vicaire général, craignant et les suites de cette défense et celles du chapitre général de l'ancienne observance, de l'avis de ses frères , offrit à la commission de réunir quatre maisons de la réforme aux quatre autres , pour se conformer à l'édit du mois de mars, et composer par là lesdites communautés subsistantes de neuf religieux.
<< Ce parti fut adopté par la commission, qui fit expédier des lettres patentes au vicaire général , par lesquelles il fut autorisé à faire provisoirement les unions proposées pour deux ans seulement, pendant lequel temps il seroit chargé de la régie des biens réunis en ces maisons.
« Le vicaire général, dans l'espoir de faire lever la lettre de
PRIEURÉ DE LOUYE. xiiij cachet qui défendoit de recevoir un novice , ne tarda pas à exécuter les lettres patentes , et à demander ensuite aux religieux des communautés subsistantes ce qu elles pouvoient pour le bien delà réforme, afin qu'il pût en rendre compte à la commission , et faire prendre un parti décisif qui tranquillisât tous les religieux.
« Les délibérations furent conformes aux premières; chacun témoigua n'avoir d'autre ambition et désir que de continuer à vivre et à mourir dans ladite réforme, dans l'observance des règles et statuts en usage en icelle.
« Mais malheureusement le chapitre général de l'ancienne observance ne se couduisit pas de même; le plus grand nombre préféra la suppression à toute espèce d'union et de réforme. Le roi renouvela la défense, qu'il avoit faite auparavant, d'y recevoir des sujets , et l'étendit à la réforme , bien qu'on parût content de sa régularité.
« Alors le vicaire général sollicita vivement pour faire lever cette défense. On lui répondit que l'ancienne observance tombant, il n'étoit pas possible que la réforme subsistât, n'étant plus composée que de quatre maisons ; qu'après la mort du général, il n'étoit pas possible qu'elle formât congrégation; que chaque maison resteroit alors sous la juridiction immédiate des évéques : qu'ainsi il feroit mieux de prendre le parti de s'incorporer à quelque autre congrégation analogue au genre de vie de la réforme.
« Le vicaire géuéral , voyant que ses sollicitations étoient inutiles, consulta de nouveau ses confrères, et leur envoya un plan d'incorporation qui fut agréé : alors il présenta ce plan à la commission , qui l'adopta, et fit rendre au conseil un arrêt du 3ojuin 1769, par lequel le roi, approuvant les délibérations des religieux de la réforme , autorisa le vicaire général à traiter avec ladite congrégation ainsi qu'il conviendroit.
xxiv PRIEURÉ DE LOUYE.
« En conséquence , le vicaire général traita, avec les supérieurs desdites congrégations, des conditions de l'incorporation. Tout convenu et arrêté, quelques évêques qui en furent instruits y formèrent opposition , fondée sur des moyens qu'il n'est pas difficile de deviner. Tous les évêques dans le diocèse desquels les biens desdites maisons étoient situés en firent autant, et demandèrent les maisons à la commission. M (r l'évêque (de Chartres), entre autres, a demandé expressément celle deLouye, et a refusé que les religieux réformés de Quny s'y introduisissent. Ces oppositions, sur lesquelles la commission n'a pas jugé à propos de passer outre, ont beaucoup affligé le vicaire général et tous les religieux , lesquels , dans l'impossibilité de se soutenir, ont consenti à des lettres patentes en date du 3 mars dernier (1770), par lesquelles les religieux de ladite observance sont autorisés à s'agréger dans telle congrégation régulière du royaume qui sera par eux choisie, pour y vivre sous la règle et l'autorité de ladite congrégation.
a Les archevêques et évêques dans les diocèses desquels les maisons de ladite observance sont situées, sont autorisés à en réunir les ma n ses conventuelles suivant les formes prescrites par les saints canons , pour en être appliqués les revenus à tel établissement ecclésiastique qu'ils jugeront convenable.
« Le roi affecte sur les revenus desdites maisons , à chaque religieux, une pension viagère pour sa subsistance; laquelle pension sera payée préalablement à tout emploi et d'avance, de quartier en quartier, à compter du 1" janvier prochain. Les pensions accroîtront par la mort desdits religieux au profit des survivants, jusque* à la somme de huit cents livres , mais seulement sur la maison qui aura été chargée de la pension des survivants. (
PRIEURE DE LOUYE. xxv
TABLEAU DU PENSIONS AFFECTEES SDR LA MAISON DE LOUYE.
Sur la marne prieur aie.
«Dora Pierre-François Nicod , vicaire général i5oo liv.
— Matthieu Tournaire 700
— Courtade. 700
Total 3900
Sur la mante conventuelle.
« Frère Jean-Baptiste Massillon.. 600
— Joseph Violey 600
— Pierre-Joseph Dubétex 600
— Louis Baud 600
— Michel Vialet 600
— Claude-Thomas Maillard 600
— Pierre Dromart 600
— Jean-Baptiste Douzion 600
Dont Jean-Baptiste Vallon 5oo
— Jean-François Jeannin 700
— Jean Dony 700
— Jean Faymal 700
— Jean-Baptiste Beausset 700
Total «100 liv.'.»
Ainsi s'éteignit l'ordre célèbre de Grandmont , six cent quatrevingt-quatorze ans après sa fondation. Malgré les efforts de son vicaire général, il périt dans la lutte engagée entre lui et le clergé séculier; lutte favorisée par le désaccord qui régnait entre les frères de l'ancienne observance et ceux de la réforme, et surtout par la jalousie des évêques, qui voyaient avec peine subsister cet ordre en dehors de leur juridiction, et convoitaient les biens dont
■ Extrait du livre-*aur»al de D. Nicod.
xxvj PRIEURE DE LOUYE.
il était encore possesseur. Mais cette extinction ne fut accélérée que de quelques années : l'ordre de Grandmont, comme tous les ordres religieux, serait bientôt tombé devant un nouvel état de choses qui devait régénérer toute la société. Les frères dépossédés eurent la satisfaction de voir que leurs biens ne profitèrent pas longtemps dans les mains de leurs spoliateurs. Les biens de Louve furent divisés entre l'hôpital de Dourdan, le petit séminaire de Chartres et l'abbaye de Bénédictines de Saint-Remi des Landes, qui, en 1774» lut transférée dans les bâtiments conventuels de l'ancien prieuré, avec le titre d'abbaye de Louye. Cette translation eut lieu sous fabbatiat de madame du Portai , qui fit restaurer tous les bâtiments, et dont la tête tomba plus tard sur lechafaud révolutionnaire.