‹ Introduction au Recueil de chartes et pièces relatives au prieuré N.D. des Moulineaux, membre dépendant prieuré N.D. de Louye, de l'ordre de Grandmont; et à la châtellenie de Poigny;Chapitre 6 sur 8 · PLAN DU CHATEAU DE POIGNY, EN · texte numérisé non relu

PLAN DU CHATEAU DE POIGNY, EN

La réunion de plusieurs domaines dans la main d'un seul propriétaire a été, selon nous, la principale cause de l'abandon et de la ruine dans lesquels sont tombés presque tous les manoirs féodaux de l'ancienne noblesse. L'acquisition de la terre de Poigny par Regnault d'Angennes, qui faisait sa résidence habituelle au château de Rambouillet, avait été la cause du délaissement de la vieille maison forte des premiers seigneurs. La vente faite au comte de Toulouse du domaine des descendants de Jean d'Angennes , fut aussi la cause première de la ruine du nouveau château construit sur l'emplacement du vieux monastère , et que son nouveau propriétaire ne devait jamais habiter. On peut juger de l'état de délabrement dans lequel ce château était déjà tombé en i643, par l'extrait suivant, que nous tirons d'un rapport fait par M. Petit, alors procureur fiscal du duché

< xviij CHATELLliNIE DE POIGNY.

de Rambouillet pour le duc de Penthièvre, fils et héritier du comte de Toulouse :

« Ce ehasteau est fort délabré : pour le rétablir et mettre la « couverture eu bon état , il faudroit faire beaucoup de dépense « qui paroist inutile à faire; pourvu que l'on y conserve la cha- « pelle et un logement pour le garde, cela suffira. On pourroit « retrancher le surplus, pour éviter la perte totale des bois qui « serviraient aux réparations du domaine. Le garde se plaint « que tout tombe, qu'il n'est pas à l'abry de l'injure du temps, « et que si l'on n'y fait autres réparations, il ne pourra habiter « son logement; mais l'on ne peut y faire travailler et employer « des matériaux que l'on ne fasse supprimer une grande partie « du ehasteau, ce qui ne se fera point sans un ordre. »

Il paraît que cet ordre ne fut jamais donné ; car en 1784? lorsque Louis XVI acheta le duché de Rambouillet, encore possédé par le duc de Penthièvre, le château de Poigny avait passé du délabrement à la ruine la plus complète. Après la révolution de 1789, on démembra du domaine royal de Rambouillet et on aliéna tout ce qui n'était pas forêt. Depuis ce temps , le château de Poigny a passé en diverses mains , et ses ruines se sont de plus eu plus affaissées, moins encore par l'action destructive du temps, que par le fait des propriétaires qui les ont successivement possédées. Il ne reste plus aujourd'hui du château de Jean d'Angennes que l'abside de l'ancienne chapelle G , et le soubassement de la salle d'armes B, qui formaient l'aile gauche; le corps d'hôtel principal E a entièrement disparu, à l'exception d'un pau de murailles figuré sur la vue que nous avons donnée de la chapelle', et il ne reste plus de vestiges de l'aile droite D. Les murs d'enceinte sont à demi tombés , et démunis de trois des pavillons carrés FFFF ,

1 En novembre 1847, pendant même majeure partie de ce pan de murailles que ce» lignes étaient à l'impression , la s'est écroulée.

CHATELLENIE DE POIGNY. cxk situés à leurs encoignures. Le seul pavillon qui n'ait pas été détruit est celui qui est du côté de l'abside. Il est construit d'assises régulièrement alternées de briques et de grès piqué , couvert d'un ton aigu et à quatre pans. Des quatre édicules qui occupaient le point inilieu de chacun des quatre côtés de l'enceinte, il ne reste plus que celui de l'est , fait également d'assises régulières de grès et de briq ues. Lu tradition locale, à l'origine de laquelle nous n'avons pu remonter, et tiui lui donne le nom de prison , nous paraît tout à fait erronée. On péi.«tre par une porte à baie rectangulaire dans l'intérieur de cet édicule, qui offre une salle elliptique, revêtue et voûtée de briques. Dans le pourtour sont pratiquées quatre grandes et quatre petites niches régulièrement alternées. Il est facile, au premier aspect, de reconnaître là une salle de bains du temps de Henri IV. La niche qui fait face à la porte d'entrée est percée de deux trous donnant autrefois passage à des tuyaux de plomb qui servaient, soit à remplir, soit à vider la baignoire qui y était placée. A la voûte, on distingue encore une ouverture qui servait, sans aucun doute, à laisser échapper les vapeurs humides de l'étuve '.

Aujourd'hui toute tradition relative aux plus anciens seigneurs de Poigny, dont nous avons inutilement tenté d'exhumer tous les noms , est aussi complètement effacée que les traces de leur premier manoir féodal. Le nom même de l'illustre famille d'Angennes, qui a possédé cette terre pendant trois siècles entiers, y serait peut-être tombé dans l'oubli le plus profond , si le souvenir ne s'en était conservé par la dénomination d'étang d'Ançennes, donnée à un étang créé sans doute par un des membres de cette famille. L'étang d'Angennes est resserré entre la côte sur 1a-

1 Cest à notre collègue M. Boisselicr , peintre aussi distingué qu'antiquaire habile, que nous devons cette attribution ,

qui démontre, jusqu'à l'évidence, la fausseté de la tradition locale.

cxx CHATELLENIE DE POIGNY.

quelle s'étend le bois des Rabières, et le chemin qui conduit des ruines du château actuel au village de Poigny ; il est séparé par une chaussée de l'étang Carré, maintenant converti en prairie, et qui s'étend derrière la fabrique construite sur Remplacement de l'ancien moulin des moulineaux, connu généralement sous le nom moderne de Moulin du Petit- Poigny.

Le village de Poigny n'a conservé aucune construction qui rappelle son ancienne origine. Il se compose de chaumières agglomérées 01» isolées, de très-chétive apparence. Elles sont généralement en torchis, ou en pierres liées avec un mortier de cerre grasse. Les maisons construites en chaux et couvertes de tuiles y sont de très-rares exceptions. L'une d'elles, plus considérable que les autres, et qui est habitée par le maire de la commune, offrait encore, il y a seulement quelques années, des meurtrières et des créneaux qui avaient été pratiqués pour la garantir d'un coup de main, très- probablement pendant les guerres de religion , dont le pays eut à souffrir au xvi* siècle ' , ou pendant les troubles de la Fronde.

Ïj église est en parfaite harmonie avec le reste du village, et n'offre rien de remarquable, si ce n'est l'excessive pauvreté de son architecture , de sa décoration et de son ameublement. Son plan est un quadrilatère allongé ; les murailles sont d'une construction fort ancienne, percées irrégulièrement de très-petites fenêtres à plein cintre ou en ogive, mais souvent retouchées, et sans aucun caractère qui permette de leur assigner une époque précise. La porte principale s'ouvre à l'ouest, dans une grosse tour carrée, construite en grès, qui sert de clocher, et dont la construction ne parait pas de beaucoup antérieure au xvi e siècle. Sur la clef du cintre surbaissé de cette porte, on remarque deux clefs passées en sautoir, et qui sont les attributs

■ Voir les pièces XLIV et XI. V.

CHATELLENIE DE POIGNY cxxj de saint Pierre, le patron de l'église. Une autre grande porte s'ouvre à l'extrémité du mur méridional du côté de la tour, sous un arc plein cintre, surmonté d'une archivolte formée d'un simple tore de grès, tandis que le cintre, le linteau et les jambages sont de calcaire coquillier. Sur le tympan , on distingue avec peine un reste de peinture représentant l'écusson de la famille d'Angennes, de sable au sautoir d'argent, ayant pour tenants deux sauvages de carnation , ceints et couronnés de feuilles de chêne naturelles. Le mauvais état de conservation de l'écu empêche de distinguer s'il est brisé d'une bordure d'argent, comme celui des d'Angennes-Poigny, ou si c'est celui dès d'Angennes- Rambouillet. Cette porte n'est certainement point postérieure au xu* siècle, et peut être considérée comme contemporaine de l'acte de donation de l'église de Poigny aux moines de Saint- Magloire, si toutefois elle ne lui est pas antérieure.

A l'intérieur, des poutres plus ou moins ornées supportent le toit de tuiles et son lambris. Le maître-autel est appuyé au mur du chevet ; un autre autel, consacré à la Vierge, se dresse sur le mur septentrional , à peu près au milieu de l'édifice ; en face était autrefois un autre autel, sans doute consacré au patron. A droite de chacun de ces autels et de l'emplacement que nous venons de signaler, s'ouvre dans la muraille une petite baie carrée, dans laquelle est une tablette de pierre percée de deux cuvettes circulaires munies de trous, qui servaient de piscines. Dans le sanctuaire , devant les degrés de l'autel , on voit une dalle tumulaire qui a recouvert les cendres d'un curé, mais dont l'inscription et les figures se sont entièrement effacées sous les pas des curés postérieurs et les souliers ferrés des chantres de la paroisse. A droite de cette tombe, mais dans la partie inférieure du sanctuaire, est une autre petite pierre qui ferme, dit-on, l'entrée

cxxij CHATELLENIE DE POIGNY.

d'un caveau , et sur laquelle on lit cette inscription en lettres

majuscules :

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