‹ Introduction au Recueil de chartes et pièces relatives au prieuré N.D. des Moulineaux, membre dépendant prieuré N.D. de Louye, de l'ordre de Grandmont; et à la châtellenie de Poigny;Chapitre 5 sur 8 · PRIEURÉ DE SAINTE-RADEGONDE DE LA COUDRE · texte numérisé non relu

PRIEURÉ DE SAINTE-RADEGONDE DE LA COUDRE

Ce prieuré , tel qu'il était possédé par les religieux de Louye , en 1696, ne consistait plus qu'en une chapelle, nommée Sainte- Radegonde de la Coudre , située dans la paroisse de Chambon en Gâtinais , au diocèse de Sens , sur le bord de la forêt d'Orléans, et à trois lieues de Pithiviers. Pour tous biens et re-

Ixxxiv PRIEURÉ DE SA INTE-RÀDEGONDE DE LA COUDRE.

venus, il possédait quinze arpents de pré, cinq arpents de terre , une rente ou censive de 19 livres 10 sous', due par un sieur de Chaumont, et le tiers des dîmes de Javersy, petit hameau voisin de Pithiviers. Cette dîme était levée sur les grains, vins et safrans. Iax autres biens avaient été perdus, usurpés ou aliénés. La maison de Louye possédait autrefois une précieuse collection de chartes relatives à ce prieuré. On pourra juger combien la perte de ces titres est regrettable, d'après l'extrait suivant, que nous abrégeons, de l'inventaire des biens de Louye, fait en 1O96.

Il8o. VIDIMUS ET COSMBMATIOH PAR PHII.IMS-AUCFSTE DU TITKE DE FONDATION DE LA MAISON DE LA COUDEE, F AH LE HOI LOUIS TH.

« ln nomine sancte et indiuidue Trinitatis. Amen. Ego Philippus, Dei gratia Francorum rex, notum facimus, Nos litteras bone memorie patrisnostri Ludovici, quondam régis Francorum, vidisse non abolitas , non in aliqua parte suj viciatas et non can-

cellatas, verbo ad verbum sub hac forma. In nomine , etc.

Ego Ludovicus , Francorum rex , notum facimus omnibus presentibus et futuris quod nos dedimus in puram et perpetuam elemosinam fratribus de Cosdra , Grandimontis ordinis in quadam parte foreste nostre de Legio qui vulgariter nuncupatur Cosdra , locum ipsum in quo habitant et totam terram sitam infra clausuram ipsorum interiorem et exteriorem , liberam et quietam, cum omni nemore in dicta terra existcnte, ad suam omnimodam yoluntatem perpetuo faciendam. Ita tamen quod si eisdem fratribus placuerit, ipsi poterunt terras predictas extirpare et excolere vineas in eisdem terris, edificando vel bladia

• Selon le livre-Journal de D. Nicod , cette rente provenait de 1 aliénation d'une ferme , faite on ne sait quand

PRIEURÉ DE SAINTE-RADEGONDE DE LA COUDRE. Ixxxv seminando, vel alias expletando, prout melius sibi viderint expedire. Preterea dedimus et perpetuo concessimus dictis fratribus in dicta domo commorantibus plenarium usagium in foresta supra dicta. Dedimus etiam et perpetuo concessimus predictis fratribus tresdecim modios frumenti optimi ac laudabilis ad mensuram de Evra in minagio de Eura ', et in molendino de Castello ', annuatim percipiendos. Volentes et nostris balliuis precipientes ut dictos fratres, et tam res predictas quam alias quas acquirere poterunt ratione legati vel alio modo sine moleatatione alicujus seu aliquorum inferenda , viriliter tuentur. Actum Parisius anno incarnati Verbi M" C° quadragesimo. Astantibus in palatio nostro quorum subscripta sunt nomina : comité Blesensis Theobaldo Dapifero nostro, Matheo Camerario, Guidone Buticulario, Constabulario nullo. Data per manu m Hugonis cancellarii. Nos autem predictas collationes et alias prefatis fratribus factas a quibuscumque personis ubicumque consistant in feodis nostris etdominio nostro predictis fratribus, pietatis intuitu et ad petitionem fratris Pétri laudauimus pariter et concessimus. Quod ut inconcussum maneat et a posteris non valeat perperam retractari presentem paginam , sigilli nostri auctoritate ac regij nominis caractère inferius annotato communimus. Actum apud Lorriacum 3 , anno ab incarnatione Domini M" C° octogesimo , regni nostri primo. Data per manum secundi Hugonis cancellarij , sigillatum sigillo ceraceo , cum laqueis serici viridi. »

« (Sans date). — Donation , en latin , par les religieux de Saint- Benoît, de Fleury-sur-Loire, aux ermites de la Coudre, d'une pièce de terre dépendant de l'enclos dudit lieu. — On prétend

* Erra, Eura et Ere ru. Yèrre-le-Châtel , gros bourg de l'ancienne Beauce , arrondissement de Pithiviers (Loiret).

* Castello. C'est le moulin de Yèvre-lc- Châlel.

J Louriaeum , Lorris, ville au S.-O. «le Montargis (Loiret }.

Ixxxvj PRIEURÉ DE SA1NTE-RADEGONDE DE LA COUDRE, que cet acte a été fait sous le règne de Louis VII, qui y est nommé. »

« Août iiç)i. — Donation aux bons-hommes de la Coudre, par le père de Valérien de Euera, d'un muid de blé à prendre sur la terre de Stouiaco ou Stouiac , et d'un muid de vin sur Euera ou Yèvre-la-Ville. »

« j 192. — Donation, en latin, aux frères de la Coudre, de la moitié des dîmes de Javersy, par Robert Bolelli, donnée à Piuiers (Pithiviers) '. »

« iao5 ou environ. — Donation , en latin , de soixante aunes de bure, chacun an, le jour de l'octave de la Toussaint, aux frères de la Coudre, par Gilo, seigneur de Sully. — Acte en latin , confirmatif de cette donation , par Mariasses , évêque d'Orléans, seigneur féodal de Sully. »

a i2o5. — Acte, en latin, portant confirmation de la donation précédente, par Archambault , fils du seigneur de Sully, et Hugues, évêque d'Orléans et seigneur féodal : estimation de chaque aune de bure à quatre sous parisis. »

« 1 206. — Donation, en latin, aux bons-hommes de la Coudre, en aumône perpétuelle, par Girart de Beaune (La Rolande) , de tout ce qu'il possède dans le territoire de Chemault dans ses vignes de Marigny, et un char de foin dans ses prés de Longueville. »

« 1207, avril. — Acquisition , par les frères de la Coudre, d'un pré à Naneray, vendu par Fuleran de Chesnes, moyennant 3o livres parisis. »

« 1 20g, avril. — Donation, aux bons-hommes de la Coudre,

1 Cest en partaut pour U terre sainte que Robert Bolelli fit cette donation, qui fut approuvée par son fils, et confirmé* par Henri, évêque d'Orléans. Dam la suite, ••et te moitié de dîme fut réduite au tiers ,

qui était affermé, en 1766, moyennant ko livre» payables à la Snint-Andr*. (Do m Nicod).

' Commune de l'arrondissement de Pithiviers, canton de Beaune-la-Rolande.

PRIEURÉ DE SAJîïTE-RADÊGONDE DE LA COUDRE. Ixxxvij

du quart des fruits et vignes du clos Bernard , par Pierre de la Chapelle et Bernard son frère. »

a iai 6, mars. — Donation .de deux mines de méteil et de deux mines d'avoine sur la dîme des Lays, dans la grange d'Arguatan ou d'Argate, faite par Héluis, épouse Théobaldc Langeolo ( autrement dit Dangeau), écuyer, aux frères de la Coudre , pour un anniversaire. »

« 1 181. — Vidimus. Donation, par Philippe- Auguste , aux frères de la Coudre, d'un homme franc et quitte de toutes charges et droits publics , tant qu'il demeurera au service des bons-hommes. »

« 1377. — Vidimus. Donation de deux muids de vin par an, sur le pressoir de Lorris, par Jeanne, veuve de Jean de Corbolio, seigneur de Lorris , pour des anniversaires. »

a i36a , 2 août. — Vidimus. Lettres de Jean , duc d'Orléans , ordonnant au receveur d'Orléans de faire payer les arrérages de la rente de treize muids de blé froment, sur le minage du moulin d'Yèvre-le-Chastel. »

« i4o4, 28 octobre Composition par les doyen et sacristain de Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris, commissaires députés par le pape Benoît XIII , qui réduit la somme de 139 livres due par les religieux de la Coudre aux collecteurs apostoliques, à celle de 10 livres, attendu la grande indigence et nécessité de cette maison, causées par les guerres et grande mortalité. »

« 1476, a8 décembre — Transaction , entre les chanoines de Saint-Père-Puelier d'Orléans et frère Guillaume de Salignac, prieur de la Coudre, suivant un différend entre eux, sur le cens de quatre arpents de terre , en la paroisse de Saint-Jean de Braye, proche Orléans (Guillaume de Salignac paraît avoir été le dernier prieur de la maison de la Coudre, car, dans un juge-

kxxviij PRIEURÉ DE SAINTE-RADEGONDE DE LA COUDRE, ment du grand maître des eaux et forêts , touchant les usages et jmturages dans la forêt d'Orléans , on voit figurer M. du Bellay comme prieur de Louye et de la Coudre.) »

Nous arrêtons iei cette énumération d'anciens titres, que nous avons déjà abrégée : les pièces suivantes ne sont plus que des baux , arrêts et procédures dépourvus d'intérêt. Nous continuons l'extrait de l'inventaire.

« Il résulte de tous ces titres, que la maison de la Coudre a été établie dans toute la perfection de la règle de Saint-Étienne , et qu'elle est l'une des plus anciennes de l'ordre, puisqu'on voit, dans la charte de Louis VII, qu'en n£o elle était déjà établie.

« Ses biens ont été considérables : il n'en reste plus que 80 livres environ de revenu annuel, à la charge des réparations de la chapelle et des autres obligations. Tout le reste a été usurpé ou a cessé d'être payé , surtout les treize muids de blé , dès l'an 1 flao environ, parce que la maison fut abandonnée à cause des Anglais, qui, étant venus en France, pillèrent et brûlèrent ladite maison de la Coudre vers i4a5. Depuis, elle a presque toujours été abandonnée, et n'a jamais été habitée que par un ou deux religieux , et a servi de retraite à des ermites étrangers. Il y a à présent une maison bâtie dans le territoire et proche la chapelle , qui y cause une grande importunité et incommodité. » (Extrait de l'inventaire ms. de 1696, chap. XIX.)

« Quoique la chapelle de Sainte-Radegonde n'ait rien qui la distingue , et qu'elle soit située dans une solitude affreuse , elle ne laisse pas que d'être fréquentée les dimanches et fêtes, depuis Pâques jusques à la fin de septembre, surtout le jour de la fête de la sainte , où. il y a un grand concours de monde qui y vient en dévotion, ce qui produit un casuel qui excite la cupidité des curés du voisinage.

« I^es religieux de Louye avaient coutume d'affermer ce casuel,

CHATELLEN1E DE POIGNY. Uxxix

soit au curé de Chambon , soit à d'autres, à la charge d'entretenir la chapelle ; mais le curé actuel de Chambon n'a voulu tenir aucun de ces engagements; il a fermé les portes de la chapelle, chassé ceux qui la desservaient, et s'en est rendu maître. » ( Extrait du Livre-Journal de dom Niood, 1770.)

CHATELLENIE DE POIGNY.

Le village de Poigny, qui a donné son nom à une commune du canton et de l'arrondissement de Rambouillet , est situé à sept kilomètres environ à l'ouest-nordouest de cette ville. Le territoire de cette commune est fort étendu : il est, dans sa majeure partie, couvert de bois dépendants de la vaste forêt domaniale de Rambouillet; le reste consiste en quelques terres labourables, en prairies humides, en étangs, en bruyères, et principalement en sables arides et brûlants, qui ont fait donner à leurs habitants le surnom populaire de Grésillons de Poigny. Sa population, en y comprenant celle des hameaux des Basses-Masures , du Petit- Poigny (l'ancien prieuré des Moulineaux), de la Haye-des-Houx et de quelques autres écarts , s'élève à près de cinq cents habitants.

Avant la division de la France en départements , Poigny était dans la province de l'Ile-de-France , faisait partie du Mantois et de l'élection de Montfort-l'Amaury, dans la généralité de Paris. Dans la division ecclésiastique, c'était une paroisse du doyenné d'Epernon et de l'ancien diocèse de Chartres.

Le territoire de la commune de Poigny a offert, sur plusieurs points, des vestiges d'anciennes constructions, et des sépultures, qui semblent remonter à l'époque mérovingienne, et prouveraient

xc CHATELLENIE DE POIGNY.

qu'il a été habité dès les temps les plus reculés'. Cependant , les plus anciens documents écrits que nous ayons trouvés sur cette localité ne sont pas antérieurs au xn e siècle ; mais ils permettent de l'aire remonter son origine à une époque plus éloignée , qu'il serait pourtant impossible de préciser.

Le territoire de l'ancien fief, comme celui de la commune actuelle de Poigny, était enclavé de toutes parts dans la vaste circonscription de l'antique forêt Yveline, qui , jusqu'au commencement du xm e siècle, n'avait pas cessé de faire partie du domaine des rois de la première, de la seconde et de la troisième race, par lesquels elle avait été successivement donnée en bénéfices, en aumônes ou en fiefs, aux églises, aux congrégations monastiques, aux leudes et aux fidèles vassaux de la couronne 1 .

Dès fan 1 158, le pape Adrien IV confirma les possessions de la riche abbaye de Saint-Magloire de Paris. Au nombre de ces possessions , énumérées dans la bulle pontificale , étaient treize églises du diocèse de Chartres, parmi lesquelles nous retrouvons celle de Saint-Pierre de Poigny avec ses appartenances : Ecclesiam Sancti-Petri de Pugneis cum pertinentiis suis \

La donation de l'église de Poigny à l'abbaye de Saint-Magloire ne peut être antérieure à l'avènement de Hugues Capet , qui fut le fondateur de ce monastère; elle ne peut être postérieure au règne de Louis VII, puisqu'elle est mentionnée dans la bulle du pape de l'année 1 158.

• Ces tombeaux ont été découverts, il y a plus de vingt ans, dans les bois de Cateran, qui, bien que compris aujourd'hui dans la commune de Poigny, ne faisaient pas autrefois partie de la chatcllcnic de ce nom. C'étaient des cercueils de plâtre, renfermant des squelettes humains avec des armes de fer, telles que haches et fers de lance, semblables aux francisques et aux f ramées des guerriers francs.

' Diplôme de l'an 768, par lequel le roi Pépin donne diverses parties de la forêt Yveline à l'abbaye de Saint-Denis et à diverses autres église»; rapporté par dom Fclibicn et dom Doublet dans leurs Histoires de Saint-Denis.

1 Gallia christiana, tom. VII, inur instrum. eccles. Parisiensis. Carta LXXXII, col. 67.

CHATELLEN1E DE POIGNY. *cj

Dès l'origine , Hugues Capet avait donné à l'abbaye de Saint* Magloire l'église de Saint-Barthélemy de la Boissière, paroisse contiguè* à celle de Poigny. En 999, le roi Robert avait aumône à la même abbaye la terre de Guyperreux , également limitrophe de Poigny", et, vers io3i, avait fait construire l'église de Saint- Léger en Yveline'.

Henri I", en io33 3 , et Louis VII, en 1 159 4 , avaient confirmé ces donations de leurs prédécesseurs. Quoique dans ces confirmations il ne soit pas question de l'église de Poigny, nous n'en devons pas moins conclure que, comme celle des Essarts-le-Roi (Ecclesiam SS. Corncliiet Cypriani de IVovalibus)', elle ne peut avoir été donnée à l'abbaye de Saint-Magloire que par les premiers Capétiens, car ces deux églises étaient de la châtellenie de Saint- Léger, qui ne fut distraite du domaine royal que pendant les premières années du xiu" siècle, comme nous allons en donner la preuve.

En iao4, Amicie, comtesse de Leicester, fille de Robert de Beaumont, dit aux blanches mains , veuve de Simon III, comte d'Évreux et seigneur de Montfort-l'Amaury , céda à Philippe- Auguste la seigneurie de Breteuil-sur-Oise , avec tous les biens qu'elle possédait en deçà de la mer d'Angleterre, et qu'elle tenait de la succession de Robert de Beaumont , son frère , auquel elle avait aussi succédé dans le comté de Leicester. Le roi lui donna en échange , pour être tenus en fief par elle et par ses successeurs., le château de Saint-Léger en Yveline , toute la forêt Yv.eline qui en dépendait, avec tout ce qui pouvait appartenir à la prévôté de cette châtellenie, à l'exception du fief de Guillaume de Garlande

■ Gallia christia col. 3 06 et 307.

1 Helgardi Ploriacensts monachi , Vlta Roberti régis, dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, tom. X, p. 1 1 5.

3 Mène recueil, tom. XI, pag. 567.

* Gall. christ., tom. VII , inter 1 eccl. Paris. , cart. LXXXIII, col. 68.

» Balle d'Adrien IV, de l'an 11 58, pré-

xcij CHATELLENIE DE POIGNY.

et de celui de Jean de Rouvray : excepto feodo Guillelmiide Guarlandia et feodo Johannis de Roboretto. Il donnait en outre le fief* des Bordes, le fief de Foulleuse, et tout ce qu'il pouvait avoir dans la vente des bois de Gazeran : in venditione nemorum de Gazer an

En 1 227 , comme nous l'apprend une charte originale insérée dans ce recueil, Jean de Rouvray', chevalier et seigneur dePoigny, ratifia la donation que Nicolas Payen, habitant de Poigny, venait

1 Voir l'acte de cet échange rapporté par Edm. Martène, Miscellan. rpist. et diplomat., pag. 1047. — Le fief des Bordes était dans la paroisse delà Ccllc-Saint- Germain, aujourd'hui la Celle-les-Bordes, commune de l'arrondissement de Rambouillet. — Le fief de Foulleuse [FoUesàun, Folloiium) n'a plus de dénomination équivalente. Il faisait partie de la forêt Yveline, et est nommé dans quelques chartes de l'abbaye des Vaux de Cernay du xu* et du xiii« siècle. En ia47, de Monifort, dooDa a cette abbaye trois cent cinquanté arpents de bois in Folio sio.

Le bois de Foulleuse était voisin de l'abbaye des Vaux, comme nous l'apprend une charte de Robert de Dreux et de Béatrix de Montfort, de l'an 1273 : In Follosiosuo luxta abbatiam. Les bois de Gazeran sont,

de Poigny, et bordent les murs du grand parc de Rambouillet. On les désigne encore sous le nom de Ventes de Gazeran.

' Le Glossaire de du Cange nous autorise pleinement à traduire par le français de Rouvray le nom latin de Roboretto. La lettre de Philippe- Auguste, en 1104, et notre charte de 1227 sont les deux seuls documents qui nous fassent connaître ce Jean de Rouvray, seigneur de Poigny.

Nous regrettons beaucoup que cette seconde charte se soit trouvée dépourvue du sceau du seigneur de Poigny. Il eut été curieux de comparer les armes de ce personnage avec celles d'un certain Henri de Rouvray [Henricus de Ronureèo), seigneur d'Auffargis, dont nous avons le sceau pendant à une charte de ia5o, conservée aux archives de Rambouillet. Les noms de Roboretto et de Rottureio nous semblent absolument identiques , qnoique diversement latinisés. Si la même similitude existait entre leurs armoiries, il serait certain que ces deux seigneurs, àpeu près contemporains, auraient appartenu à la même famille. Leurs deux fiefs étaient asscs rapprochés l'un de l'autre. Tous deux, quoique enclavés dans le comté de Montfort, relevaient de la vicomte de Paris. Auffar»

gis , contigu aux Cefs des Essarts-le-Roi , de l'Artoirc, du Pessay et de plusieurs autres relevant autrefois de Saint-Léger , peut bien, comme Poigny, avoir été démembré de cette châtellenic. La légende du sceau du sire d'Auffargis manque. Les armoiries sont : sur un écu triangulaire burelé de huit pièces, un lion rampant à gauche, lampassé, vilainé et la queue foarchee, brochant sur le tout.

CHÀTELLENIE DE POIGNY. xciij

de faire, du consentement de Hugues et de Robert Payen ses frères, aux religieux des Moulineaux , de quelques terres et prés assis dans le domaine de Simon, maire de Poigny, qui, avec Jean son frère , renonça à tous les droits qu'il avait sur ces biens ; et lui-même accorda aux mêmes religieux des privilèges et des immunités dans toute 1 étendue de sa seigneurie

D'après ce document , il nous paraît évident que le second fief, compris dans l'exception faite par Philippe- Auguste, n'est autre que celui de Poigny , dont Jean de Rouvray était déjà seigneur en 1204. La similitude des noms, rapportés dans l'une et l'autre charte, la position de Poigny dans l'ancienne forêt Yveline , et sa proximité de Saint-Léger , sa mouvance directe de la vicomté de Paris, ne permettent aucun doute à cet égard.

Ainsi démembrée de la chàtellenie de Saint-Léger en Yveline dès le commencement du xin e siècle, la seigneurie de Poigny continua, jusqu'à l'extinction du régime féodal, à relever directement du roi, à cause de la vicomté de Paris et de la grosse tour du Châtelet. En i556, le seigneur, les manants et habitants de Poigny ne voulurent point consentir à l'homologation de la coutume du comté de Montfort,à laquelle ils avaient la juste prétention de n'être point soumis, puisqu'ils avaient, comme relevant immédiatement du roi , consenti à l'homologation de la coutume de Paris Quant à la chàtellenie de Saint-Léger, distraite en 1 204 du domaine royal, comme nous venons de le voir, elle échut en partage, après la mort de la comtesse Amicie, à Amaury VII, l'un de ses petits-fils, et fut dès lors incorporée au comté de Montfort.

Le plus ancien pouillé connu de 1 evêché de Chartres, qui, selon M. Benjamin Guérard, fut rédigé dans la seconde moitié du xin* siècle, nous fait connaître qu'à cette époque l'église paroissiale

'Pièce XV, paget 5.

• Voir le procès- verbal de la rédaction de la coutume de Montfort-l'Amaury.

xciv CHATELLENIE DE POICNY.

de Poigny (Poignées ) comptait quatre-vingts paroissiens , avait 35 livres de revenu, était sous le vocable de saint Pierre, et que la cure en était à la collation de l'abbé de Saint -Magloire de Paris '.

Tels sont les seuls documents qui jettent quelques lueurs sur l'histoire de Poigny, depuis l'origine de la féodalité jusque vers le milieu du xiu' siècle. Quelques chartes de la fin de ce siècle, des aveux et des dénombrements des époques postérieures, font souvent mention de la seigneurie de Poigny ; mais tous le font d'une manière indirecte, et en parlent seulement comme étant limitrophe des châtellenies plus importantes de Saint-Léger, Rochefort , Épernon , Gazeran , Rambouillet , etc. Aucune de ces pièces ne parle de Jean de Rouvray ou de ses successeurs immédiats. Aussi nous sera-t-il impossible de dire comment la terre de Poigny sortit des mains de son premier seigneur connu, pour être, dans la première moitié du xiv* siècle, possédée par les frères Guillaume et Jean de Rivières, qui la tenaient de leurs père et mère.

Quoi qu'il en soit, le 3i mars i338, ces deux personnages, Guillaume de Rivières, écuyer, seigneur de Bois-Garnier , Jean de Rivières, son frère, aussi écuyer, seigneur de la Forest , conjointement avec Marguerite de Posselière et Perre'tte de la Chastre , leurs femmes, vendirent, par contrat passé par-devant deux notaires au Châtelet de Paris, leurs fief, terre et seigneurie de Pougnis, avec toutes leurs appartenances et dépendances, tels qu'ils les possédaient mi à mi et les tenaient en foi et hommage du roi , à Jacques deBelloy, clerc du roi, et à Jeanne sa femme, moyennant la somme de 280 livres parisis, qui leur fut payée comptant, en bons florins d'or au lion, du coin du roi*.

' B. Guerard, à la suite des prolego sUtance et l'énumération des dépendances mènes du Cartulaire dt Saint-Père. du fief de Poigny.

• Voir à l'Appendice, pièce C, la con-

CHATELLENIE DE POIGNY. xtv

Cet acte de vente est le plus ancien document, concernant le fief de Poigny, qui soit conservé aux archives du domaine de Rambouillet. Aucun autre titre ne nous apprend combien de temps Jacques de Belloy posséda cette terre , et comment, dans le cours du xiv* siècle, elle était sortie de ses mains pour tomber dans celles de deux familles bourgeoises de Paris.

Nous trouvons seulement qu'à la fin de l'année 1899, ou, selon la nouvelle chronologie, au commencement de l'année i4oo, Thomas Périeu, dit le Breton, huchier à Paris, et Jeanne sa femme , possédaient par indivis la moitié du fief et c/tastelenie de Pougnis, qu'ils avaient récemment achetée. L'usufruit viager de cette moitié de fief appartenait alors à un nommé Jean le Mareschal, moyennant certaines redevances. Le G mars i4oo ( nouveau style ) , les époux Périeu vendirent cette portion de la terre de Poigny, avec tout ce qui en dépendait, à Regnault d'Angennes, chambellan du roi Charles VI et seigneur de Rambouillet, pour le prix et somme de 180 livres parisis, qui furent payées en 200 écus d'or à la couronne '.

L'autre moitié de la seigneurie de Poigny appartenait , du chef de Colette , sa femme , à Jean Plante , dit Cambernart , demeurant à Paris , et à Marie, veuve de Philippe de Trappes et sœur de ladite Colette. Les deux sœurs la tenaient de la succession de Simon Paumier, leur cousin. Par contrat passé à Paris le 1 er mars et le 6 juillet i/jo6, les deux époux et la veuve'la vendirent au même Regnault d'Angennes, avec tout droit, part et portion qu'ils pouvaient avoir en la mairie de Poignîs, moyennant le prix de 3oo écus d'or à la couronne, valant 370 livres parisis *.

A partir de l'an i4o6, nous ne devons plus rencontrer de lacunes dans la suite des seigneurs qui possédèrent la châtellenie de Poigny. Dès i384, Regnault d'Angennes avait échangé sa

* Appendice, pièce D.

' lbid., pièce E.

xcvj CHATELLENIE DE POIGNY.

seigneurie de Rueil , près Paris , contre la terre de Rambouillet. Pendant les années suivantes, il était progressivement devenu propriétaire, soit par échange, soit par acquisition , de presque tous les fiefs et seigneuries environnants, tels que Groussay, Grenonvilliers , Montorgueil , le Coudray, la Bruyère, le Perray, les Essarts-Ie-Roi, AufTargis, et beaucoup d'autres encore, qui constituèrent les premiers éléments du vaste domaine de Rambouillet , toujours accru par les acquisitions de ses successeurs. Après la mort de Regnault d'Angennes, arrivée vers l'année i4i6, toutes ces terres, avec celle de Poigny, furent le partage de la branche aînée de ses descendants, et passèrent, par voie d'hérédité et de primogéniture, de Jean I er à Jean II , et de Charles à Jacques d'Angennes, premier du nom, qui mourut en i56a '.

Les trois actes de vente que nous avons cités tout à l'heure, et qui nous ont fait connaître une partie des seigneurs qui possédèrent Poigny pendant le cours du xiv* siècle, sont les seuls documents qui nous fassent connaître quels étaient, à cette époque , la consistance , le rang féodal et la valeur vénale de cette terre'. L'extrait suivant, que nous empruntons à la «Régie des o receptes faictes pour .... Regnault d'Angennes, seigneur de « Ramboillet des Essars-le-Roy et de Poigny, par Jehan « Théloppe, pour un an, commencé le premier jour de mars o mil cccc et sept , et finissant le dernier jour de féurier de l'an « mil cccc et huit, » pourra, en donnant le chiffre du revenu de la terre de Poigny, et la valeur des grains qu'elle produisait , donner, par comparaison , une idée du prix que Regnault d'Angennes la paya en i4o6.

« De la terre dePougniz, xxxviij Hures ij sols ij deniers obole « poite 1 tournois. — Rabatu pour grains venduz, vij liures xv sols

' Archives du domaine de Rambouillet, ' L'obole était la moitié du denier, et la jxuiim. poite, poitevine ou pitte, la moitié de l'o-

1 Appendice, pièces C, D, E. bole.

CHATELLEN1E DE POIGNY. *cvij <i tournois. Demeure xxx liures vij sols ij deniers obole poite « tournois.

« Item, blé, les charges paiées, viij septiers iiij boisseaux, à « vij solz vj deniers le septier, valent Ixij sols vj deniers obole « tournois.

« Item, auoine, iij muis viij septiers i minot ij boisseaux, à « iij francs et demj le muis, valent xvj francs v solz viij deniers « obole tournois.

a Item, pour le roule des amendes , ceste année, néant.

« Somme toute de la terre de Pougniz, xlix liures xv soh « iiij deniers obole poite tournois '. »

Les documents qui nous sont restés sur la châtcllenie de Poigny, pendant la possession des quatre premiers seigneurs de la famille d'Angennes, sont peu nombreux et généralement dépourvus d'intérêt. Nous avons quelques actes de ventes de censivcs, passés sous Kegnault ; mais nous n'avons retrouvé aucune pièce relative au temps de Jean I" et de Jean II. Cette lacune dans les titres de propriété doit peut-être s'expliquer par les guerres qui régnèrent dans nos contrées pendant la seconde moitié du règne de Charles VT et au commencement de celui de Charles VII, guerres durant lesquelles les seigneurs de Rambouillet jouèrent un rôle actif. Ces titres augmentent sous Charles 4'Angennes , et deviennent très -nombreux sous Jacques I er . Ce ne sont , en général , que des actes de ventes ou d'acquisitions de peu d'importance ; des baux à cens, à rentes ou à ferme des diverses dépendances de la seigneurie; des contestations et des transactions entre les seigneurs voisins, concernant les limites de leurs propriétés; et enfin, quelques pièces relatives à l'administration de la justice seigneuriale et aux devoirs féodaux de la châtellenie. Parmi ces dernières, nous avons

' Archives de Rambouillet.

xcviij CHÀTELLENIE DE POIGNY.

transcrit les seules qui nous aient paru avoir quelque intérêt*.

La déclaration de la terre et chàtellenie de Poigny, faite au roi , en i54o, par Jacques d'Angennes, est la suite et le complément des documents fournis par les trois actes de vente précités. Cette pièce importante nous fait connaître quels étaient , dans la première moitié du XVI e siècle, l'étendue, la consistance, les revenus, les droits de la chàtellenie et le personnel de ses officiers. En comparant les détails qu'elle nous donne avec ceux fournis par les contrats de vente, on peut saisir, d'un seul coup d'œil , toutes les modifications qu'une suite de trois siècles introduisit dans une seigneurie du moyen âge. La lecture des actes originaux , que nous avons transcrits en entier ou par extraits, donnera une idée suffisante de ces modifications en général ; nous ne nous occuperons, en particulier, que de celles qui concernent la qualification du fief et des officiers seigneuriaux.

Nous ferons d'abord remarquer que, dans l'acte de vente de i338, la terre de Poigny est désignée sous la simple dénomination de fief et seigneurie, et que l'habitation seigneuriale est appelée manoir ou ftébergement. Dans l'acte du mois de mars 1399, elle est , pour la première fois , désignée sous le titre de fief et chàtellenie, et son manoir sous celui de maison forte, avec grosse tour et fermeture de gros murs à carnaux. L'acte de 1^06 ne lui donne que le titre de fief et seigneurie avec manoir ou hébergement. D'autres actes postérieurs à ceux-ci lui donnent indifféremment les noms de seigneurie ou de chàtellenie ; mais nous voyons qu'en 1 53a et en i533, dans les pièces relatives à la justice, et notamment dans la déclaration de i54o, elle porte définitivement le titre de chàtellenie , terre et seigneurie de Pougnis.

Il résulte évidemment des exemples précités, et de beaucoup

' Voir à l'Appendice la déclaration faite au roi en 1S40, pièce F, et les pièces relatives à la justice de Poigny, H et I.

CHATELLENIE DE POIGNY. xcix d'autres encore, qu'au moyen âge les mots fief, seigneurie et chdtellenie , étaient indifféremment employés l'un pour l'autre, même dans les actes les plus authentiques. Ils avaient pourtant une signification bien différente : une chàtellenie était toujours un fief et seigneurie; mais souvent un fief et seigneurie n'était pas une chàtellenie.

Pour constituer une chàtellenie , la seigneurie devait être revêtue de quatre caractères principaux, qui étaient : la mouvance immédiate de la couronne ou d'un fief supérieur, tel que comté ou baron nie ; la haute, moyenne et basse justice ; le droit de construire un château ou maison forte ; et enfin le droit d'établir un notaire ou tabellion '. Or, nous avons la preuve que la seigneurie de Poigny jouissait de toutes ces prérogatives. Dans l'acte de i338, nous voyons qu'elle a la haute justice ; et, comme elle relève immédiatement du roi , elle a le droit de construire une maison forte. La faculté de créer un tabellion résulte de ces trois prérogatives ; mais ce n'est que plus tard, et sous Regnault d'Angennes, que nous sommes à même de constater l'existence du tabellion.

Aujourd'hui, il ne reste plus de traces apparentes du manoir ou maison forte de Poigny ; de sorte qu'il est impossible de déterminer à quelle époque il peut avoir été construit, et s'il a dû servir d'habitation dès le temps de Jean de Rouvray. L'emplacement qu'il occupait est encore désigné sous le nom A' Ancien Château 1 , désignation pleinement justifiée par l'appellation

' Le Rasle, Dictionnaire de Jurisprudence, au mot CAdteUenie, dans Y Encyclopédie méthodique.

' Ot emplacement est situé i l'une des extrémités du village , au sud de 1 Valise de Poigny, au pied d'une éminence qui s'avance en promontoire, et sur laquelle devait être la petite tatse de bois désignée

dans la déclaration de i54o. Depuis longtemps tout souvenir et tous vestiges en sont complètement effarés. 11 y a quelques années, on a construit une petite maison sur cet emplacement. En creusant les fondations , on a découvert quelques substructions, et la base des gros murs de la fermeture. On a aussi découvert un an-

c CHATELLEN1E DE POICNY.

que lui donne la déclaration de 1 54o. II paraît résulter, des trois actes de vente déjà cités, que, dès le xiv» siècle, ce manoir n'était plus habité, ou du inoins ne l'était que passagèrement, par les différents seigneurs qui possédaient le fief de Poigny. r>es uns , en effet , demeuraient en Gâtinais , et les autres à Paris. Il en fut de même sous les d'Angeunes : cette illustre famille était revêtue de hauts emplois à la cour de France; souvent elle était chargée de hautes missions politiques, avait son hôtel à Paris, et passait en son château de Rambouillet le temps qu'elle ne consacrait pas au service du roi. Nous avons sous les yeux la preuve que, vers la fin du xv e siècle, ce manoir était loué et affermé à un certain Jean le Court, qui en payait fort mal le loyer. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans des conclusions sans date , adressées à la cour des requêtes du palais, à Paris, par Charles d'Angennes, alors seigneur de Rambouillet et de Poigny.

« Item. Pareillement, ledit demandeur (Charles d'An-

« gennes ) a la maison seigneurial dudit lieu de Pougnis, en « laquelle a ledit défendeur (Jehan le Court) demouré l'espace « de bien vingt ans, sans en avoir paié aucun louaige. »

Et plus bas :

« Item. Et, semblablement , ledit défendeur a occupé ladite a maison seigneurial de Pougnis l'espace de bien vingt ans ,

puits. Les titres de propriété déjà vieux désignent ce lieu sous le uom d'd/icien château. Un mémoire sans date, mais <|ui semble avoir été rédigé vers la Gn du xvi e siècle, après la mort de Jean d'Antennes, seigneur de Poigny, décrit ainsi cet emplacement du vieux château : « La « cbastellenie de Poignys.... se consiste:

. premièrement , en une masure de vieil « chastel auesques les buttes et terre» du

.1 Plessis, conlrnansdcux arpens, ou soul- « loy t estre le boys du dict rhasleau , et « qui sont de nulle valleur, soyt pour la- « bour ou pasture, et out este appréciés à « iiij liv. luumois chascun arpent , et de • revenu vj soU touro. l'un portant l'au- « tre. »

( Mémoire de la terre de Poignv, con-

CHATELLENIE DE POIGNY. tj

« sans en auoir paie quelque louaige; parquoy sera tenu en <i paier ladite somme de soixante francs, qui est par chacun au « troys francs, ou autre telle somme qu'elle sera trouuée valloir « par chacun an , pcr actionem prestorum in verbis de presto - « ribns, 'verbo vj ff. x '. »

Nous voyons, dans la déclaration de i54o, que le même manoir et celui du Coudra y, qui lui était contigu, étaient affermés , avec les terres, prés et bois qui en dépendaient, moyennant la moitié de leurs produits en grains, méteil et avoine.

Quant aux offices de la seigneurie, l'acte de vente de i338 n'en nomme que deux : la Mairie et la Prévosté. Dans la déclaration de 1 54o, il n'est plus question de la mairie ; mais les offices sont tres-multipliés, puisque nous y trouvons la mention d'un bailli , d'un prévôt , d'un greffier , d'un sergent, d'un tabellion , et des sceaux authentiques ou sceaux aux contrats, dont la garde était confiée d'ordinaire au bailli. A ces différents officiers , il faut encore ajouter le gruyer, ou juge des délits forestiers, qui a été oublié dans la déclaration précédente, mais qui se trouve mentionné dans un aveu antérieur, dont malheureusement nous n'avons qu'un extrait, et dans une pièce originale de l'an 1 533 '.

Le maire de Poigny appartenait à la classe des officiers seigneuriaux qu'on appelait maires des villages (majores villarum). Sans nous préoccuper ici de ce qu'était cette classe de maires sous les rois carlovingiens ou sous les premiers Capétiens, nous chercherons seulement à expliquer ce qu'elle était à l'époque où nous trouvons la châtellenie de Poigny, c'est-à-dire, pendant le xiii* et le xiV siècle.

La mairie d'un village était donc, non-seulement l'office du maire, mais encore l'étendue de territoire sur laquelle il exerçait

« Archive» de Rambouillet ; Poigny , liasse XII. » Pièce L

cij CHATELLEN1E DE POIGNY.

cet office, qu'il tenait en fief du seigneur dominant. La meilleure définition que nous puissions donner de ces maires est assurément la suivante, que nous traduisons littéralement d'un passage d'un manuscrit du xiv* siècle relatif au chapitre de Chartres, et cité par Carpentier*.

«... 11 y a aussi dans les villages des officiers ou sergents, que « l'on appelle maires , dont la mission est de faire les ajour- « nements, de rechercher les revenus, les cens et les autres droits « du chapitre ; d'arrêter les malfaiteurs et de les conduire dans « les prisons du chapitre, chacun dans le territoire qui leur fut « jadis assigné. Tous ont les hébergements, les terres, les rede- « vances et les revenus des terres de leurs mairies, qu'ils tiennent « en fief du chapitre, et pour lesquels ils payent un droit de « rachat, savoir : le fils à la mort du père, et à chaque changement « de titulaire , de quelque manière qu'il arrive. »

Cet autre passage , que nous tirons d'un extrait de l'aveu et dénombrement de la châtellenie des Essarts-le-Roi , rendu à Jacques de Silly, seigneur de Rochefort, par Jacques II d'Angeunes, seigneur de Rambouillet, en 1 56a, nous donne une autre preuve que le maire était un officier de la basse justice seigneuriale.

« Les maires desditz derniers lieux (les Bordes, la Celle, « Champ-Oudry, Voise , l'Érable et Plaincalomp) ne peuvent « garder prisonniers criminels que vingt-quatre heures seule- «c ment ; après lequel temps ils sont tenus de les faire mener ès « prisons des Essars , où leurs appellations doivent être repor- « tées 1 . »

Ainsi le maire était non-seulement un officier chargé de percevoir les impôts, les revenus, et d'administrer la basse justice,

1 Gloss. de du Cange, » dit. de F. Didot, * Archives de Rambouillet, Invent. de» verbo Majores viHarum. titres, tome I.

CHATELLEME DE POIGNY. ciij mais encore un vassal qui tenait héréditairement de son seigneur son office et son fief de la mairie. Nous voyons qu'en 1 227' le maire de Poigny, nommé Simon, était bien dans cette dernière condition, puisque avec son frère Jean il confirmait les donations faites par Nicolas Payen, de terres situées dans son fief de la mairie. Ce fief lui était échu de la succession de son père ; car, sans cela, son frère n'aurait eu aucun droit à participer à cette approbation. Dans une charte donnée Tan 1260 par Fernand de Castille, comte de Ponthieu, et Laure de Montfort , sa femme , dame d'Épernon, aux moines du prieuré de Saint -Thomas d'Épernon, nous voyons que ces religieux possédaient dix deniers de rente, dus par le maire de Poigny (à maiore de Pognies\ sur les terres, vignes et masures que tenait Jean de Condeto*. Dans l'acte de vente de i338, nous voyons que le domaine du maire de Poigny se composait d'un hébergement, et de treize arpents et demi de terre et de pré ; et que de ce fief relevaient quatre vassaux, parmi lesquels nous retrouvons les héritiers et les descendants de ces mêmes Payen, qui figurent en si grand nombre dans la charte de 1227. Outre ce fief, le maire de Poigny en tenait encore un autre de sou seigneur; mais ce dernier fief paraît avoir été tout à fait indépendant de son office. Enfin, en i4o6, tous les droits que le seigneur pouvait avoir sur cette mairie sont acquis par Regnault d'Angennes avec la seconde moitié de la chàtellenie de Poigny; et depuis cette époque nous ne retrouvons plus aucune trace ni du maire ni de son fief.

Le plus ancien bailli de Poigny , dont le nom nous soit parvenu, est André de Croisilles : il figure à l'intitulé de deux actes passés en i4i4 e t i4>7 par-devant Jehan le Court, clerc-tabellion juré de la chàtellenie de Poigny. Ces deux actes nous révèlent

' Pièce XV.

' Archives do département d'Eure-et-Loir, litre* de Saint-Thomas d'Épernon.

civ CHATELLEN1E DE POIGNY.

aussi le nom du curé de Poigny : c'était alors Jehan Téloppe, qui achetait, dans la censive du seigneur châtelain, deux morceaux de pré situés, l'un près de l'Étang-Neuf, et l'autre joignant le pré des religieux des Moulineaux.

Il f st à remarquer qu'André de Croisilles, d'après des actes originaux qui se trouvent aux archives du domaine de Rambouillet , et sont des années i/jotî à i f\ i -i , était aussi bailli des Essarts-le- Roi , de Rambouillet et d'AufTargis. Cela prouverait que le seigneur de Rambouillet n'aurait eu qu'un seul et même bailli pour l'administration de la haute justice dans ses différentes seigneuries , quoique ces seigneuries ne fussent pas toutes de la même mouvance, et que les appellations dussent s'en faire à diverses juridictions '.

Les attributions du bailli, du prévôt et des autres officiers de la justice seigneuriale, se trouvent trop bien spécifiées dans les deux pièces H et I, pour qu'il nous soit nécessaire de nous étendre davantage sur ce sujet. On voit , par la pièce I, que les assises de Poigny se tenaient ordinairement une fois l'an , et qu'il pouvait arriver qu'elles ne se tinssent pas du tout, soi! qu'il y eût empêchement majeur, tel que la peste qui y régnait en i53a ; soit qu'il n'y eût, ce qui était possible, aucune affaire à juger ou aucun délit à punir, comme en 1407, que nous avons vu néant au roule des amendes dans le compte du receveur seigneurial.

Nous trouvons dans un mémoire de la consistance de la chàtellenie de Poigny, qui est sans date, mais paraît avoir été fait vers la fin du xvi e siècle, que :

« Vault par an : x livres tournois la ferme du tabellionné.

« La ferme de la prévosté , des deffaulx et amendes , cous-

« Le» appellations des justices des Es- justices d'AufTargis et de Poigny au Chasurtt et de Rambouillet se faisaient au bail- telet de Puris. liage de Montfort-l'Aoïaury, et celles des

CHATELLENIE DE P01GNY. ,v

« tûmes, etc., vallent iiij liv. x sous tournois.

« La ferme des greffes vallent par an : xviij liv. tournois »

Un produit aussi mince peut donner une juste idée du peu d'importance des offices de cette petite seigneurie.

Il nous est resté un assez grand nombre de contrats passés pardevant le tabellion de Poigny , et qui mentionnent l'apposition des sceaux authentiques de cette châtellenie ; mais malheureusement toutes les empreintes en ont été brisées. Il est probable que ces sceaux, comme ceux de la châtellenie des Essarts-le-Roi, dont nous avons retrouvé quelques fragments, portaient les armoiries du seigneur dominant au nom duquel ils étaient apposés. Le scel aux causes de la châtellenie de Poigny devait être le même que celui de la châtellenie de Rambouillet, puisque nous avons vu que le même bailli administrait la justice dans tous les tiefs appartenant au seigneur de ce lieu. En 1^07, ce sceau était aux armes d'André de Croisilles , qui portait un chevron accompagné de trois besans , %et 1 . La légende manque à l'unique empreinte qui s'en soit conservée.

Jacques d'Angennes, I" du nom, seigneur de Rambouillet, étant mort en 1 56a, ses riches domaines, augmentés encore des terres de Maintenon, de Montlouet et de Meslay, qui lui avaient été apportées en dot par Isabeau Cotereau, furent partagés entre les dix enfants qui lui avaient survécu. Jean, son huitième fils, quoique portant le titre de seigneur de Poigny dès l'an 1676*, n'était pourtant point encore propriétaire de cette terre. Après la mort de Jacques I", elle était échue à Claude, son cinquième fils, qui avait embrassé l'état ecclésiastique, et fut d'abord prieur commendataire de Louye , puis évêque de Noyon et du Mans. Ce fut seulement en 1 583, le mercredi quatorzième jour de septembre, que celui-ci, alors évêque et eointe de Noyon, par contrat passé au

* Archives de Rambouillet.

• Pièce» XUV et Xl.V.

cvj CHATEIXEN1E DE POIGNY.

château de Rambouillet, et par-devant Jean Baré le jeune, principal tabellion de la châtellenie des Essarts, céda et transporta « à « hault et puissant seigneur messire Jehan d'Angennes, chevalier « de l'ordre du roy, conseiller en son conseil privé... la chastel- « lenye, terre et seigneurye de Pougnyz, appartenances et deppen- « dances, avec les fiefs de Biennouuienne et des Fueillardeaulx , « assis près ledict Pougnyz..., ainsi qu'ils sont escheuz audit sieur « éuesque et conte de Noyon par le partaige faict entre ledict sieur « son frère et ses aultres frères et sœurs, en la succession de leurs « père et mère et frère aisné '. » Jean d'Angennes lui donna en contre-échange « cinquante arpens de boys taillyz, balliueaulx et « fondz, assis à la Droue, qui luy ont esté cejourd'huy baillez par « eschauge par le sieur de Rambouillet, son frère*. Plus, cinq « cens arpens de boys taillyz avec le fondz assis au-dessus des « estangs de la Villenefue, au lieu dict Chastillon : tenans d'une a part aux boys de la seigneurie de RochefTort, et d'aultre costé « sur les estangs de la Villenefue ; d'un bout sur les boys de la « seigneurie de Sonchamp, et d'aultre bout sur le taillys de « la Tour, à monseigneur le réuérendissime cardinal de Ram- « bouillet appartenant... Cestz présens eschanges ainsy faietz, « comme dict est, but à but, et sans aulcun retour ny soulte faire « l'une partyeà l'aultre. .. 3 »

Le même jour, les deux frères firent entre eux un accord sous seing privé, à réaliser par-devant notaire quand l'un serait requis de l'autre, par lequel l'évèque de Noyon reconnaissait « auoir « vendu audict sieur de Pougnis les cinq cens arpens de bois « taillis assis sur les estangs de la Villenefue, lesquels, auec « autres cinquante arpens de bois assis à la Droue, il m'a ce jo unit d'huy baillés en contreschange de la terre et seigneurie de

' Jacques d'Angenucs.deiuiùme du nom, ' Actes originaux en parchemin, conmort en i568. serves en double exemplaire aux arebi-

* Le célèbre Nicolas d'Angennes. ves de Rambouillet.

CHATELLENIE DE POIGNY. cvij

* Pougnis et ce moyennant le prix et somme de cinq mil

« cens escussol,reuenansà quinze mil trois cens liures tournois. « Sur laquelle somme je recognois parauant en auoir receu « comptant la somme de cent vingt-six esc us deux tiers, faisans « iij rt iiij" 1. 1. Et pour le surplus, montant quatre mil neuf cens « soixante-seize escus un tiers : xiij u ix" xx 1. 1... » Le seigneur de Poigny promettait de racheter, dans l'espace de trois ans, les rentes dues par l'évêque de Noyon , déclarées dans la suite de l'accord , et dont le capital s'élevait à cette dernière somme, à la raison du denier douze *.

Le i" juillet i584 , le nouveau possesseur de Poigny, selon les expressions mêmes des lettres patentes de Henri III qui lui furent délivrées à ce sujet, fit et prêta « les foy et hommage (dit le roi « en ses lettres) entre les mains de nostre très-cher et féal le sieur a vicomte de Cheuerny, chancelier de France, que ledict d'Angen- « nés estoit tenu nous faire de la chastellenye, terre et seigneurie « de Pougnis , appartenances et deppendances , avec les fiefz de « Biennouuienne et Fueillardeaulx, assis près ledict Pougny, au « moien de l'eschange par luy faicte avec messire Claude d'An- « gennes , éuesque et comte de Noion, pair de France. . . leste quelz .. tenuz nuement de nous, à cause de la grosse tour de « nostre Chastellet de Paris. ... 1 »

Nous avons sous les yeux d'autres lettres patentes, en date du 29 juillet de la même année, adressées aux gens de la cour des comptes de Paris , et autres trésoriers de France , dans lesquelles Henri III, roi de France et de Pologne , s'exprime ainsi : « Désirant gratiflier et fauorablement traicter nostre amé et féal « le sieur de Poigny, nostre conseiller en nostre conseil d'Estat ,

« Acort entre mons. de Noiou et naoy. • * Lettres patentes de Henri III, aux archives du domaine de Rambouillet.

■ Accord original sur papier, écrit en entier de la main et signé de • Claude E.

de Noion. c Au dos de cette pièce est «crit.de la main de Jean dAugennc* :

cviij CHATELLENIE DE POIGNY.

« en considération des bons et vertueulx seruices qu'il nous « faict ordinairement et a de longtemps faictz : vous mandons, « ordonnons et très-expressément enjoignons que ledict sieur « de Poigny vous ayez à tenir quicte, paisible et descliargé, « comme nous le quictons et deschargeons par ces présentes, « signées de nostrc main, des droictz de rachapt à nous par luy « dcuz, pour raison de l'escbange par luy faict entre le sieur « de Noyon son frère, de la quantité de cinq cent cinquante « arpens de bois taillis, a (avec) la chastellenye de Poigny. Et, « autant que besoing est ou seroit, luy auons d'iceulx droit/. « faict et faisons don, à quelque somme, valleur ou estimation « qu'ilz puissent monter *. . . Donné à Fontainebleau , le xxix r de « juillet, l'an de grâce mil cinq cens quatre-viugtz-quatre, et de « notre règne l'onzième. »

« Henry.

« Par le roy :

« de Neufuille \ »

Ainsi possesseur de la seigneurie de Poigny, dont jusqu'alors il n'avait porté que le nom, Jean d'Angennes, en obtenant du roi l'approbation, ratification et homologation du contrat de l'échange qu'il avait fait, en 1676, de sa seigneurie patrimoniale de Haut-Besnières, obtint aussi, au profit du prieuré de Louye, l'amortissement de cette seigneurie, et l'incorporation de la terre des Moulineaux à sa nouvelle châtellenie de Poigny. Ces lettres d'homologation , d'amortissement et d'incorporation sont du 1 5 novembre 1 584. Nous nous bornerons à en rapporter seu-

* Le droit de rachat ou de relief qui clail dû par le vassal à son seigneur, à chaque mutation ou transmission de fief, était ordinairement une somme d'argent équivalant au revenu d'une année. La quotité de cette somme et celle du re-

venu étaient fixées par des experts, à ce nommés par le seigneur qui devait percevoir le droit.

' Cet acte original est conservé aux archives de Rambouillet.

CHATELLEME DE POIGNY. cix le ment la teneur de l'incorporation de la terre des Moul ineaux à celle de Poigny :

« Nous, de l'aduis de nostre dict conseil, inclinans li-

« bérallement à la supplication et requeste dudict sieur de Pou- « gny, et pour aulcunement le rémunérer des bons et agréables « seruices que ceulx de sa maison et luy nous ont cy devant « faictz à l'imitation de leursdictz prédécesseurs, et qu'ilz conte tinuent encore de présent Et ce faisant, au lieu de la-

« dicte maison, terre et seigneurie des Mollineaulx, cy-deuant « amorty, que nous auons vny et incorporé, vnissons et incor- « porons inséparablement à la chastellenye dudict Pougny, neue- « ment mouuant de nous à cause de nostre Chastelet de Paris , « pour estre doresnauant tenue de nous et de noz successeurs « roys, à vne seulle foy et hommage »

Les biens de Jean d'Angennes ne se bornaient pas aux possessions dont nous venons de parler. L'absence, aux archives de Rambouillet , de l'acte de partage de la succession de son père , nous empêche de dire quelles furent les terres qui firent partie de son lot, autres que celles de Haut et Bas-Besnières, et les cinq cents arpents de bois de la Villeneuve. Le 4 mars 1579, prenant la qualité de seigneur de Pougnis et autres lieux, et comme héritier de Jacques d'Angennes, son père, et de Jacques 11, son frère aîné, seigneurs de Rambouillet, il rendait foi et hommage

' Archives de Rambouillet. — Malgré cette incorporation a la chitellenie de Poigny et sa mouvance du Chitclet de Paris, nous voyons qu'en i6o3 le nouveau fief des Moulineaux fut saisi féodalerocot, à la requête du procureur fiscal d'ftperuou, pour foy et hommage non fmitt; mais on ne paraît pas avoir donné suite à cette saisie. Nous devons faire remarquer que l'ancien prieuré était situé

« fin et mètet du comté de Montfort, et que, dans l'origine, une grande partie de son territoire avait été donnée par les seigneurs de Montfort , qui l'avaient distraite des terres de leur seigneurie d'Kpernon. Le procureur fiscal de ce dernier lieu n'était donc pas trop mal fondé, puisque les Moulineaux avaient étc rois daa»

la mouvance directe du roi, au détriment du duché d'Épernon.

ex CHATELLEN1E DE POIGNY.

au seigneur de Gazeran, des fiefs de la Bruyère, de Cutesson, du Verger-des-Cliamps, d'Herbouville , et signifiait, par son procureur, que le fief de Bétonsard, qu'il possédait aussi , et qui était contigu à celui d'Herbouville, ne relevait pas du seigneur de Gazeran '. T,e a5 janvier 169a, il fut , avec ses autres frères, appelé à partager l'héritage de Charles, cardinal de Rambouillet, mort à Corneto, en Italie, le a3 mars i58y; et celui d'Antoinette d'Angennes, sa sœur, femme en troisième noce de Jean Colas, sénéchal de Montélimart , comte et gouverneur de la Fère. Le sort lui fit échoir le cinquième lot, estimé à 4aa6 écus sol et 35 sous tournois, et composé des terres de Grenonvilliers, Grange-Colombe et le Pâtis, assises dans la mouvance du seigneur de Rambouillet '. A ces possessions du seigneur de Poigny il faudrait encore ajouter ce qui lui fut apporté en dot par sa femme Madeleine Thierry, dame de Boisoreau et de Pont- Royant, fille de François Thierry, seigneur de Boisoreau en Bretagne, chevalier de l'ordre du roi, et lieutenant au gouvernement de Rennes 3 .

Jean d'Angennes fut un gentilhomme de haut mérite; il soutint avec éclat la renommée de sa famille, et illustra le nom de Poigny, qu'il rendit historique. Il était, dès 1569, guidon de la compagnie du vicomte d'Auchy, capitaine de cinquante hommes d'armes, d'après deux quittances de 100 livres pour un quartier de ses gages, qu'il donna à Ville-Perdue, près Tours, le a8 août 1569, et à Pernay, le 3i décembre de la même

* Archives de Rambouillet.

• Archives de Rambouillet. — Ceux qui prirent part à cette succession furent : Micolas, seigneur de Rambouillet ; Claude , uicieu évêque de Noyon, et pour lors ayant succédé au cardinal de Rambouillet à levéchc du Mans; Louis, seigneur de Maititenon ; François, seigneur de Mont-

louet; Jean, seigneur de Poigny, et les enfants mineurs de Philippe , seigneur d'Auffargis. C 'étaient les seuls survivants, en i5g3, des douse eu faut s de Jacques d'Angennes, premier du nom.

» Le P. Anselme , et archives de Rambouillet.

CHATELLENIE DE POIGNY. cxj année *. Depuis, il fut crée chevalier de l'ordre du roi 1 (ordre de Saint-Michel ) , capitaine de cinquante hommes d armes \ conseiller du roi en son conseil privé et d'État 4 , et envoyé vers le pape Grégoire XIII en 1575 5 . Parmi les missions importantes dont il fut chargé, nous devons signaler les suivantes :

En i585, le duc de Guise, se fiant sur le puissant parti qu'il avait à Paris, faisait tous ses efforts pour contraindre Henri JII à déclarer la guerre au roi de Navarre. Il alléguait que cette guerre était la conséquence nécessaire du célèbre traité de Nemours et de Tédit de juillet, par suite desquels les calvinistes devaient être contraints de rendre, s'ils refusaient de le faire autrement, les villes de sûreté qui leur avaient été concédées, avec le libre exercice de leur religion, par Tédit du 21 mai 1576. Vivement pressé par les ligueùrs d'entreprendre cette guerre, qu'il redoutait, tant pour le bien de son royaume qu'à cause de la nouvelle puissance qu'elle pourrait donner à ceux de la Ligue, qu'il regardait comme ses plus redoutables ennemis, le roi tenta plusieurs moyens de la différer autant que possible. Un de ces moyens fut de faire une nouvelle sommation au roi de Navarre de ratifier le traité de Nemours : Philippe de Lenoncourt, qui fut depuis cardinal, le sieur de Poigny, et Nicolas Brulart, marquis de Sillery, furent chargés de cette mission délicate. Us se rendirent à Montauban, où était le roi de Navarre, le conjurèrent, suivant leurs instructions, de se faire catholique, de rendre les villes de sûreté, et de suspendre les levées de troupes qu'il faisait en Allemagne. Le Béarnais les écouta, et refusa de se rendre à aucune de leurs propositions*.

' Le P. Anselme.

• Pièces XL et XLV.

1 Le P. Anselme.

* Pièces XUV et XLV. — Extraits donnés ci dessus au sujet de Jean-d'Angenncs.

* Le P. Anselme , Moréri et autres généalogistes.

5 Daniel, ffist. de France. Victor Cayet, Chronologie novenuaire des guerres sous Henri IV. L'Ëstoile, Journal de Henri nL

cxij CHATELLENIE DE POIGNY.

Quelque temps après son retour de cette ambassade, le 3i décembre 1 585 , le seigneur de Poigny, avec ses deux frères de Rambouillet, de Maintenon, et vingt-cinq autres gentilshommes, fut nommé chevalier de l'ordre royal du Saint-Esprit, dans l'église des Augustins '.

En i588, Charles-Emmanuel, duc de Savoie, après avoir patiemment, et pendant sept ans, attendu l'occasion de faire valoir les prétentions que ses prédécesseurs et lui avaient depuis longtemps sur le marquisat de Saluées ; après avoir inutilement tenté de le recouvrer par négociations et par intrigues, profita de l'embarras dans lequel était alors le roi de France, à cause de la division qui existait entre les différents partis. La nuit du 27 au 28 septembre, il surprit la ville de Carmagnoles, et s'empara bientôt du château de cette place, par suite des intelligences qu'il avait su ménager avec la Coste, qui en était gouverneur, et Saint-Sivier, son lieutenant, qui s'étaient laissés corrompre par ses largesses. Ce château était l'unique magasin du marquisat de Saluces ; il s'y trouvait quatre cents pièces de canon, avec d'abondantes munitions de guerre. Pendant ce temps-là, le comte de Luzerne, avec le reste des troupes savoyardes, s'emparait de la ville de Cental et du château de Saluces, qui n'était pas en mesure de faire une longue résistance. La Fite, lieutenant pour le roi du marquisat, se retira dans la ville de Ravel , qui fut prise après une vive résistance, ainsi que le château Dauphin : tous les capitaines français s'étant retirés en France , moins de trois semaines suffirent au duc de Savoie pour .se rendre maître de tout le marquisat de Saluces *.

« L'advis vint au roy, trois jours après la prise de Carma* « gnoles , des attentats du duc de Savoye sur le marquisat; S.»

■ Le P. Anselme Il est à remarquer ne nomme que les trois frères d'Angennes.

que des vingt-huit chevaliers qui furent ' Daniel , Hist. de Fntnce. — Victor crfés ce même jour, le journal de l'Estoile Cayet , Xovenrtaires.

CHATELLRN1E DE POIGNY. cxiij « Majesté envoyé monsieur de Pougny vers le duc, pour avoir « raison de son marquisat, et hiy dire de remettre incontinent « entre ses mains tout ce qu'il avoit usurpé du domaine du « royaume de France. Le sieur de Pougny, arrivé vers le duc de a Savoye, luy dit l'intention du roy ; le duc s'excusa de son en- « treprise, et dit qu'il ne s'est emparé du marquisat que de peur « que le sieur d'Ësdiguières, chef des huguenots en Dauphiné, « ne s'en rendist maistre, lequel on sçavoit assez avoir eu des « entreprises sur la forteresse de Pignerol et d'autres places , o auxquelles mesmes les entrepreneurs avoient esté punis. Et « mesmes que le sieur de la Valette , frère du duc d'Espernon « (qu'il nommoit fauteur et adhérent des hérétiques), se vouer loit aussi emparer dudit marquisat, ce qui l'avoit occasionné « de s'en saisir premièrement qu'eux , pour l'importance qu'il a « de n'avoir de tels voisins au milieu de ses pays. Qu'il ne veut « toutefoys retenir les places au préjudice des traictez de paix ; « mais qu'il prie Sa Majesté de conférer le gouvernement des pays « que la couronne de France avoit delà des monts au marquis de « Saint-Sorlin , cousin dudit duc, lequel estoit fort affectionné « subject et serviteur de Sa Majesté.

« Monsieur de Pougny luy respondit : qu'il n'avoit charge de « n'accepter aucune excuse, mais au contraire de le sommer de a quitter les places qu'il avoit de nouveau surprises sur la con- « ronne de France.

« Les responses du duc (qui avoit fait de l'humble jusqu'à l'en- « tière conqueste du marquisat) se rendirent incontinent hau- « ta i nés , et monsieur de Pougny fut contraint de venir retrouver « le roy à Blois, et luy dire les responses du duc *. »

1 Victor Cayet , Novennaires , liv. 1, de Nevers , les lettres que le seigneur de page 96. — Voir aussi le P. Daniel) Hist. Poigny écrivait au roi. de France , et , dans les Mèmoirct du duc

cxiv CHATELLÊN1E DE POIGNY.

C'est en revenant de cette infructueuse ambassade que le sieur de Poigny fut arrêté à Lyon par un parti de ligueurs '. Il fut aussi ambassadeur à Vienne, en Allemagne, et mourut en i5g3, laissant, de son mariage avec Madeleine Thierry, cinq enfants, qui furent : Jacques d'Angennes , qui lui succéda en sa terre de Poigny; Antoinette-Catherine, religieuse à Fontevrault; Marguerite, abbesse de Saint-Sulpice de Rennes; Françoise, femme d'Urbain de Morais, seigneur de Fontaines-IIarcourt, de Brézolles et de Joderais; et enfin Julienne, femme en premières noces de Guillaume de Cozelieu, seigneur de la Rivière, et en second lieu de Jacques de Maillé-Brézé, seigneur de la Flocelière *.

Nous n'étendrons pas plus loin nos recherches sur les descendants de Jean d'Angennes, dont la généalogie est rapportée avec détails dans l'Histoire généalogique de la maison de France, par le père Anselme. Nous nous bornerons seulement à donner la suite chronologique des seigneurs qui possédèrent après lui la terre de Poigny, sur laquelle nous ne trouvons plus que des détails d'intérêts de familles ou de formalités féodales et fiscales, qu'il nous semble tout à fait inutile d'exhumer des archives où ils sont renfermés.

1093- 1637. Jacques d'Angennes (nommé à tort Jean par les généalogistes , d'après* plusieurs actes authentiques que nous avons sous les yeux), marquis de Poigny et de Roisoreau, fut nommé ambassadeur en Angleterre au mois de juillet i634, et mourut auprès de Londres au mois de janvier 1637, âgé de cinquante ans. Il eut pour femme Isabelle de Brouilly, veuve de David de Poix , fille de François de Brouilly, seigneur de Mervilliers^tde Louise de Hahvin, qui était fille de Charles, duc de liai w in, pair de France. — Nous n'avons pu retrouver les lettres

' Daniel, Hùt. de France. ' Le P. Anselme.

CHATELLEN1E DE POIGNY. cxv

d'érection de la terre de Poigny en marquisat; il est probable qu elles furent données par Louis XIII en 1612, en même temps que celles qui élevaient la terre de Rambouillet à la même dignité en faveur de Nicolas d'Angennes, oncle du seigneur de Poigny.

1637-1G66. Charles d'Angennes, marquis de Poigny, fils du précédent, mourut à Poigny le 17 juillet 1666, après sa femme, qui fut Françoise Faucon de Ris , dame de Blancafort en Berry, fille unique de Claude Faucon , seigneur de Messi , de Blancafort , et maître d'hôtel de Marie de Médicis.

1666-1G87. Joseph d'Angennes , leur fils, marquis de Poigny, comte de Concressault, baron de Blancafort, enseigne des gendarmes du roi, mort le 21 mars 1687, à l'âge de trente-quatre ans. — Femme en premières noces : Anne-Marie-Tliérèse de Loménie-Brienne.

1687-1706. Charles d'Angennes, fils des précédents, marquis de Poigny, dit le comte d'Angennes, colonel du régiment Royalmarine, brigadier des armées du roi, fut blessé au combat d'Oudenarde en 1708, et tué à la bataille de Malplaquet, près Mons, le 11 septembre 1709. Le 20 février 1702, il avait épousé Henriette-Madeleine des Marets, dont il n'eut pas d'enfants. En lui finit la postérité de Jean d'Angennes-Poigny.

Par contrat du i3 juillet 1706, Charles d'Angennes vendit au comte de Toulouse son marquisat de Poigny. Ce domaine était fort étendu, et se composait de deux terres considérables, celle de Poigny et celle d'Orsemont , séparées l'une de l'autre par le marquisat de Rambouillet.

De la terre, châtellenie et paroisse de Poigny, dépendaient les fiefs des Feuillardeaux , des Basses-Mazures, des Hautes-Rives, de Biennouvienne , des Moulineaux, de Montelet et de la Thuilerie.

De la terre , seigneurie et paroisse d'Orsemont , dépendaient

dvj CHATELLENIE DE POIGNY.

les fiefs des Cbâtelliers, de l'Espinay, du Grand et du Petit- Racinay, de Bricquesart, deGrenonvilliers, du Pâtis, de Grange- Colombe, de fiaudicourt, du Verger-des-Champs , d'Herbouville, de Cutesson, fiefs démembrés des anciennes chàtellenies d'Épernon, de Sonehamp, de Rambouillet et de Gazeran. A ces dernières possessions il faut encore ajouter l'étang du Moulinet, près Rambouillet, et les cinq cents arpents de bois de la Ville- Neuve, dont nous avons déjà parlé. La vente de ces deux domaines fut faite moyennant la somme de 187,1 33 livres 16 sous au comte de Toulouse, en faveur duquel, avec plusieurs autres chàtellenies, ils furent incorporés au duché-pairie de Rambouillet, érigé par lettres patentes de Louis XIV, données à Marly au mois de mai 171 1.

La demeure seigneuriale que Jean d'Angennes avait fait construire dans son nouveau domaine s'était élevée, comme nous l'avons dit, sur remplacement, avec les débris et à peu près sur le plan de l'ancien monastère des Moulineaux. Divers actes et affiches de vente que nous avons lus, et notamment un extrait que nous donnons des registres du parlement ', nous ferons connaître sommairement quels étaient l'aspect extérieur et la distribution intérieure de ce château. Le plan que nous reproduisons ici, et que nous avons fait relever d'après un procèsverbal d'arpentage fait en 1697, fera connaître , mieux que toute description, quelle était la disposition générale de l'édifice.

' Voir la pièce G.

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