XL — EXEMPLES DE SUGGESTIONS HYPNOTIQUE ET POST-HYPNOTIQUE
Ce que nous venons de dire s’applique à la suggestion post-hypnotique aussi bien qu’à
NOTES
la suggestion hypnotique, c’est-à-dire à celle qui est exécutée pendant le somnambulisme, et à celle qui ne doit l’ètre qu’au bout d’un temps plus ou moins long après le réveil.
Le marquis de Puységur, auquel il est temps de revenir, après une si longue mais nécessaire digression, a connu et pratiqué Tune et l'autre de ces suggestions.
Les relations de ses expériences sont accompagnées de remarques si raisonnables et si actuelles, même encore aujourd’hui, que je ne me lasse pas de le citer et que je vous prie de faire comme moi, ne pas vous lasser de l’entendre.
« Il m’est arrivé un jour de renvoyer Catherine Monteneeourt chez sa maîtresse, dans l’état magnétique ; elle lit une lieue et demie sur son àne sans sortir de l’état de somnambulisme; et une fois arrivée, elle mit son àne à l'écurie, fit la commission dont je l’avais chargée auprès de sa maîtresse, et, après s’ètre assise dans le salon, elle frotta ses yeux et se réveilla. Je lui avais dicté sa conduite en partant, et deux femmes qui l'accompagnèrent m'assurèrent qu’elle avait fait à la lettre tout ce que je lui avais prescrit. Une fois réveillée, son étonnement fut très grand, comme on peut le croire, de se trouver ainsi transportée chez elle, sans avoir idée du chemin qu’elle avait fait.
« Je cite ce trait extraordinaire aujourd’hui, mais peu important par lui-inème par rapport au magnétisme, pour donner une idée de la puissance qu’on acquiert sur les êtres magnétiques ; on peut agir sur eux de loin comme de près ; mais il est toujours imprudent d’user de ce pouvoir, à moins de prendre toutes les précautions que la prudence peut suggérer. La tille dont je viens de parler, par exemple, me dit le lendemain de son voyage (étant dans Vélat magnétique) qu’elle avait peur de tomber dans le chemin, et que cola lui avait causé une révolution fâcheuse. Elle n’en avait pas eu de souvenir dans l’état naturel ; mais reflet contraire à sa santé n’en avait pas moins résulté. Je regarde donc comme dangereux de magnétiser de loin , soit pour faire entrer, rester dans l’état magnétique, soit pour en faire sortir, à moins d’ôtre bien sur que rien ne pourra déranger l'effet heureux qu’on veut produire.
« Le printemps passé, il n’arriva aucun accident à une femme éloignée de moi d’une lieue, qui pendant quatre jours devenait par mon ordre dans l’état magnétique à l'heure indiquée où un homme de son village arrivait chez elle pour se faire toucher une plaie qu’il avait à la jambe ; je n’ai pas besoin d’ajouter que pour agir ainsi de loin, il faut s’ètre mis en communication avec l’ètre sur lequel on veut opérer, et avoir de lui son consentement parfait : si l’on voulait magnétiser quelqu’un malgré lui, on ferait une action maL honnête, et, si l'on pouvait y réussir, le magnétisme serait intolérable. »
Vous voyez que, si les anciens magnétiseurs étaient ignorants, comme on le dit, ils étaient du moius d’une prudence et d’une sagesse qu’on aimerait à trouver chez ceux qui les dénigrent, fussent-elles accompagnées d’un peu moins de science.
Vous n’avez pas été sans lire quelques articles de journaux où l’on relate des expériences d’hypnotisation à distance faites avec la plus grande légèreté imaginable, sans s’inquiéter si le sujet est dans un escalier, ou près du feu ou au bord de l’eau.
J’aime à croire que, comme moi, vous êtes indigné du sans-gène avec lequel ces hypnotiseurs traitent leurs sujets, et que vous aurez été étonnés que les journalistes « fin de siècle » qui rapportent ces faits, no’n seulement ne blâment pas de tels actes, mais les trouvent tout naturels, et même dignes de louanges.
Elles se font, en effet, ad majorem gloriarn scienliæ.
Résumons maintenant un exemple de prévision doublée d’une suggestion post-hypnotique opérée par notre auteur.
Le somnambule Viélet, à la veille d’être guéri (c’était le 12 mai), et prévoyant l’apparition d’une maladie future pour le 15 octobre, dit à Tuységur (étant en somnambulisme) de lui donner l’ordre, c’est-à-dire la suggestion, de revenir à Dusancy vers la date qu’il avait indiquée.
Le 13 octobre, Viélet n’arrivant pas, Puységur envoya aux informations. On lui dit que Viélet était parti. Le lo au matin, il n’était pas encore arrivé. Puységur inquiet fait atteler
NOTES
et va au-devant de lui. Il le renconlre à quatre lieues de Lusanry et le fait monter dans sa voilure. Yiélet lui apprend qu’il avait passé l’été en bonne santé, que, s'il notait pas arrivé plus tôt, c'est que, à deux lieues de chez lui, il avait été pris de fortes coliques jointes à des mauxde nerfs si violents, qu’il avait été obligé de se faire ramener chez lui. Ayant été mis en somnambulisme, il dit que la révolution dans sa santé, qu’il avait prédite, ne s’était avancée de vingt-quatre heures qu’à cause de la fatigue qu'il s’était donnée depuis quinze jours.
Voilà donc une suggestion post-hypnotique dans toutes les formes. Si elle n’est pas accomplie littéralement, il s’en faut de bien peu, et c’est parce que le sujet n’avait pu prévoir le surcroît de fatigue qui l’a dérangé.
Les liypuotiscurs, qui font tant de bruit, n’ont donc pas plus découvert la suggestion que beaucoup d’autres choses dont ils se vantent. Il faut dire que Puységur lui-même ne l’a pas inventée, puisque c’est son somnambule, le paysan Yiélet, qui la lui enseigna. Ce n’en est que plus mortdianl pour la science.
15. — L’histoire raconte que le sculpteur Ouatas conçut sa Cér'es noire d’après un modèle vu en songe. La même chose arriva à Parrasio pour son Hercule de Lindes . Dion Cassius écrivit l’histoire de home à la suite d’un songe. Parmi les vers d’IIeinsel, il y en a beaucoup de faits dans le sommeil. On rapporte aussi que la llenriade de Voltaire eut son origine dans un songe. Newton trouvait eu rêve la solution d’un problème difficile. Tartani composa sa Sonate du diable après un songe dans lequel on le défiait au violon. Enfin le sculpteur Dupré conçut eL mena à bonne fin le beau groupe de la Pitié en s’inspirant d’une vision qu’il avait eue pendant son sommeil.
14. — Voir la Science des maqes et ses applications théoriques et pratiques, 4° édition, publiée à Paris. Dans cet intéressant ouvrage, le D r G. Encausse donne l’origine historique des doctrines occultes, citant au besoin des passages de différents auteurs, depuis le Zend-Avesta , presque jusqu’à nos jours.
Voir l’ouvrage déjà cité de Cari du Prel, principalement la note des traducteurs, où est mentionné Vllistiotheulis Ruppellii , étudié par Joubin et décrit par Coupiu, qui le compare au photophore Trouvé.
15. — L’existence de ce principe est démontrée en anatomie comparée.
16. — Le savant spirite A. Aksakof les appelle personnisme dans son grand ouvrage Animisme et Spiritisme , publié à Paris par M. Leymarie, 42, rue Saint-Jacques.