‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 2)Chapitre 10 sur 46 · Ceci ne 8c trouve que dans la première édition des Essais · texte numérisé non relu

Ceci ne 8c trouve que dans la première édition des Essais

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vigueur pleine et rassise, il ne craint pas la peine, si grande qu'elle soit, pourvu qu'il s'y porte de plein gré : à cheval, les plus longues courses ne le fatiguent pas et, jusque dans sa vieillesse, dix heures de suite sans démonter ne lui laisseront aucune lassitude.

Sa taille, un peu au-dessous de la moyenne, est forte et ramassée, son marcher prompt et ferme, son geste brusqué, sa voix haute et sonore ; son port de corps témoigne d'une certaine fierté. Il ne sait pas se tenir tranquille; aux lieux de cérémonie, il ne vient pas à bout que quelques-unes de ses pièces « n'extravaguent toujours ». Encore qu'il soit assis, il n'est guère rassis, et, depuis son enfance, il passe pour avoir de la folie aux pieds ou du vif-argent tant il les remue, de quelque façon qu'il les mette. Les mala-

(réimpression Dezeimeris et Barckausen II, 222). — Je n'ai presque pas fait de renvois; je 'le regrette, mais il en eût fallu presque à chaque page et souvent plusieurs dans la même page : cela eût alourdi un travail dans lequel ils ne sont pas indispensables. Je donne une Introduction aux Éêsaiê : en les lisant avec un peu d'attention, on rencontrera tout ce qui est cité ici et l'on pourra s'assurer de mon exActitude.

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dies lui semblent horribles, moins à cause des souffrances qu'elles apportent, que parce qu'elles tiennent arrêté à la chambre. Il ne saurait parler sans s'agiter avec véhémence.

Il mange goulûment et de tout impunément * ,

Son moral répond à son physique : même vivacité, même mobilité, même ardeur impétueuse, même énergie, Il est très accessible à toutes les passions, excepté à l'envie ; toutes les contrariétés se trouvent en lui, « honteux et insolent, chaste et luxurieux, ingénieux et hébété, chagrin et débonnaire, menteur et véritable, libéral et avare ». Si la colère le saisit, ce qui n'est point rare, elle l'emporte loin, pour vaine qu'en soit la cause, Aux a amusements ridicules », comme les échecs, il a des mouvements de dépit, d'impatience, d'animosité ; la piqûre de perdre lui est si désagréable qu'il renon-

1 . Dans 868 dernières annéos seulement, « aux corvées de la guerre », son estomac se troublera un peu Kprèê les nuits passées dehors.

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cera au'x'jeuji'de'haisdl'd, aux cartes et aux dés, bien qà'it' les aiîné beaucoup * . Il n'a ni lé go'ùt tïi-Phabitudë de se modérer et de' se régler; liiaiique' de mesuré en tout, outre-' passe à tout propos lès bornée prescrites par la prudence ou le sens commun, ne fait rien à moitié. Veut-il jeûntèr, il n'a garde d'assister à un repas; s'il se met à table,' il oublie sa résolution. Il ne sort d'un. extrême que pour se jeter dans un autre, «'élançant en arrièi*e avec autant d'ardeur qu'il en avait eu pduîr se^ porter en avant; cédant tour à tour aux' instincts les 'plus divers él se laissant, dans chaque direction, entraîner « toujours à pleines .voiles ».

Il est mondain, amoureux de brillants équipages, du faste, de la parure .qui lui sied à merveille, prodigue de saints, soucieux de ce qu'on pense et de ce qu'on dit de lui, éminemment sociable^ <(( langagier », m tout

1. Quant aux jeux sublils comme de deviner des énigmes, il y est si impropre quMl n'y prend aucun agrément.

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au dehors » ; sa forme essentielle est « propre à la conwi^tMiPLication » et il lui en coûte de ne pas se communiquer sans réserves. Il ne peut se passer de compagnie, ne trouve de saveur qu'aux plaisirs partagés ; il ne lui vient pas une gaillarde pensée en Fâme qu'il puisse sans regret garder pour lui seul, il a un besoin impérieux de l'offrir sans écouter la prudence servile et soupçonneuse qui lui conseille de se taire. Conférer avec les gens de son choix, lui semble le plus fructueux et naturel emploi de notre esprit, il en trouve l'usage plus doux qu'aucune autre action ; aussi consentirait-il plutôt à perdre la vue que l'ouïe ou le parler. Ce qu'il aime surtout, « au commerce des hommes, ce sont les essais qu'ils font les uns contre les autres, par jalousie d'honneur ou de valeur, soitaux exercices du corps, soit à ceux de l'esprit». Dans le feu des discussions, son langage, volontiers sec et cru, devient vite âpre, dédaigneux, épineux ; ses répliques portent plus loin que

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son intention ; pour peu que la dispute s'échauffe, il a une façon de déi||.ttre têtue, malicieuse, impérieuse dont il rougit ensuite.

« Extrêmement libre », il ne supporte aucune contrainte, même chimérique: si on lui interdisait un coin du monde, même éloigné, où il sait bien qu'il n'ira jamais, il en serait affecté, gêné. Il ne vaut rien dès qu'il a un autre guide que sa pure volonté, suit lâchement les devoirs auxquels on pourrait l'entraîner s'il n'y allait. Son aversion pour toute liaison le détourne du mariage ; il n'y arrivera qu'à contre-cœur et sans consentir à promettre d'en observer les lois très rigoureusement ^ Né pour la véritable amitié qui est « la production la plus proprement sienne de la liberté volontaire », avide des accointances qui reviennent à son goût et s'y « harpant avec grand faim », il ne comprend guère les affections imposées par la parenté ou par des circonstances for-

1. De son propre area, il fut mari plus fidèle qu'il ne l'ayait juré

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