On lit dans son épitaphe: amico» utus rege» maximos
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hommes qui ne se donnent qu'à moitié ; ils méprisent les services c conditionnels et limités ». Montaigne n'aime pas à faire des contes, montre nettement ses « bornes » et n'admet pas d'autre joug que celui de la raison; encore ne vient-il pas à bout de se soumettre tout à fait à celui-là même. Quand on pousse l'antipathie pour les subjections les plus légères jusqu'à retrancher chez soi « le plus possible de la cérémonie », on est bientôt las de la « servitude des cours ».
En même temps qu'il s'était « heurté à ce pilier, le manque de soumission envers les grands », il avait assisté au triomphe du machiavélisme. Ennemi juré de toute perfidie et cruauté, il vivait en un « siècle gâté » où ni la droiture ni l'humanité n'étaient permises.
Commynes avait écrit: « Nous sommes affaiblis de toute foi et loyauté et ne saurais dire par quels liens on se puisse assurer les uns des autres. » Le mal n'avait fait qu'em-
pirer : au temps de Montaigne la menterie s'imposait « à l'innocence même » ; une « nouvelle vertu de feintise et de dissimulation » devenait à la mode, était fort en crédit.
La guerre civile avait rendu les Français si sauvages, si cruels et si farouches qu'ils étaient, dit La Noue, la plupart convertis en tigres. Montluc et des Adrets se sont illustrés par leur férocité. D'autres exemples moins connus sont peut-être plus instructifs. Brantôme raconte que M. de Montpensier « faisait état et gloire d'être descendu de Saint-Louis, et s'efforçait à l'imiter et à se façonner à ses bonnes et saintes mœurs » ; ce (( bon prince », quand on lui amenait un prisonnier, lui disait d'abord : « Vous êtes un huguenot, mon ami, je vous recommande à M. Babelot. » M. Babelot était un cordelier à qui on conduisait le prisonnier « lequel un peu interrogé, était aussitôt condamné à mort et exécuté ». Quant aux femmes, on les faisait violer.
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Coligny n'était certainement pas cruel ; « rien ne le fâchait tant que les égorgements ; mais, pour les polices et conséquences », il forçait son naturel, jusqu'à faire, de sangfroid, massacrer en Périgord deux cent soixante prisonniers. Henri IV a dépeint le spectacle « vraiment bien étrange »
que présentait alors la cour : « Nous sommes, écrivait-il, toujours prêts à nous couper la gorge les uns aux autres ; nous portons dagues, jaques de mailles et, bien souvent, la cuirasse sous la cape. » Montaigne ne pouvait se faire à ces mœurs sauvages ; il avait eu peine à se persuader, avant d'en avoir été témoin, « qu'il existât des âmes si farouches, qui, pour le seul plaisir du meurtre, le voulussent commettre, hacher et détrancher les membres d'autrui, aiguiser leur esprit à inventer des tourments inusités et des morts nouvelles, pour cette seule fin de jouir des gestes et mouvements pitoyables, des gémissements et voix
lamentables d'un homme expirant en angoisse ».
Il avait fini par comprendre et honorer L*Hospital, n'était pas éloigné de penser comme lui. Déjà peut-être, se disait-il, non sans un retour mélancolique sur son passé, que les bonnes intentions, si elles ne sont pas conduites avec modération, poussent à des effets très vicieux ; que le plus sain parti était sans doute celui qui maintenait la religion et la police anciennes du pays, mais que la passion jetait les plus honnêtes gens de ce parti hors des bornes de la raison et leur avait fait prendre bien des conseils téméraires, violents, injustes. Déjà aussi peut-être les revers des protestants lui inspiraient quelque compassion * .
« Au maniement de la confusion qui régnait », et voyant tous les jours des natures, capables de justice, se corrompre, il disait :
1. 11 a dit plus tard que la cause «lu'il condamnait l^avail « parfois concilié à soi, pour la voir misérable et accablée ».