‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 3)Chapitre 23 sur 48 · Nous y reviendrons au chapitre IX · texte numérisé non relu

Nous y reviendrons au chapitre IX

douter et de croire, résolu à ne pas se payer ^ de mots, à ne pas être dupe d'apparences séduisantes ou d'arguments subtils, mais en même temps très ferme dans les opinions < mises à l'épreuve et très décidé à les défendre?

C'est qu'il ne tenait point du tout à ce que cela apparût d'une façon trop nette. Son passé, raconté avec quelque détail, pouvait donner lieu à des réflexions et à des rapprochements qu'il ne se souciait pas de provoquer. Il lui convenait encore moins d'atténuer l'impres- . sion produite par ses discours sceptiques; joints à sa manifestation d'égoïsme et d'indifférence, ils lui donnaient une liberté et lui permettaient des hardiesses qu'un langage trop différent aurait rendues presque impossibles. Sans parler des dangers auxquels une prudence moins grande l'eût exposé, et dont le premier eût été la condamnation de son livre, nous pouvons dire qu'il a cherché à rendre ses opinions plus accep-

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tables, moins choquantes et scandaleuses, eu les produisant comme les fantaisies fugitives d'un esprit flottant, mobile, incertain On ne se raidit guère contre un homme qui n'affirme rien, qui répète à chaque instant qu'il va « trouble et chancelant », qu'il ne propose que des doutes et que Tignorance est sa maîtresse forme. On ne marchande pas à un sceptique l'indulgence qu'on refuserait à un croyant.

Rabelais, avec son os médullaire, fait travailler les imaginations et excite à chercher dans son livre plus encore qu'il n'y a mis; abusant de la bouffonnerie, il avait à craindre qu'on ne prît Gargantua poiXT « une œuvre simplement plaisante ». C'est le mot de Montaigne et ce fut longtemps celui de Voltaire.

Montaigne, au rebours, ne veut pas convenir que les Essais sont très sérieux et de grande conséquence. Sa « bonne foi », admirable en tout le reste, ne se retrouve

plus dans ce qu'il dit de ses intentions. Il ^ affirme en 1580, réimprime, sans aucun correctif \ en 1588, qu'il se propose uni- ^ quement une fin domestique et privée. Non, \' il en a depuis longtemps une autre toute différente, nullement vaine et frivole : à couvert sous une étiquette modeste, sous ses contradictions, sous son manteau d'insou- , ciance égoïste, surtout sous sa balance indécise et sa devise sceptique, il exécute impunément un dessein inavoué.

1. Il ne change, dans l'avis au lecteur, que la date et quelques moU insignifîaDls.

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