‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 3)Chapitre 37 sur 48 · LA GONGLVSION DES < ESSAIS · texte numérisé non relu

LA GONGLVSION DES < ESSAIS

nier votre vie î Vous avez fait la plus grande / besogne de toutes, votre office, le grand et/ glorieux chef-d'œuvre : composer vos mœurs, gagner, non pas des batailles, mais l'ordre et la tranquillité de votre conduite » .

Montaigne a là des accents lyriques qui, rapprochés les uns des autres, font une sorte dTiymne enthousiaste à la nature et à la vie. Il respecte fort les personnages vénérables qui, par ardeur de dévotion et religion, s'élèvent à une constante et consciencieuse méditation des choses divines, et qui préoccupant par l'effort d'une vive et véhémente espérance, Tusage de la nourriture étemelle, but final et dernier arrêt des chrétiens désirs, seul plaisir incorruptible, dédaignent nos nécessiteuses commodités fluides et ambiguës; mais ces magnifiques paroles ne lui sont qu'un prétexte pour mieux marquer qu'il ne fait pas partie des êtres privilégiés auxquels il rend ainsi un hommage un peu ironique. Il ne les a d'ail-

leurs jamais rencontrés et seidéfie de leurs hauteurs (ou humeurs?) transcendantes :

« Entre nous, ce sont choses que j'ai toujours vues de singulier accord, les opinions supercélestes et les mœurs souterraines...

Ils veulent se mettre hors d'eux et échapper à l'homme, c'est folie : au lieu de setransfor- * mer en anges, ils se transforment en bêtes. » Nature est un doux guide, et juste, et prudent. Pour vivre selon elle, loin de dénouer en divorce un bâtiment tissu d'une fraternelle concordance, renouons-le par de mutuels offices; que l'esprit éveille la pesanteur du corps, que le corps arrête la légèreté de l'esprit. . . Détestons l'inhumaine Sapience qui nous veut rendre dédaigneux et ennemis de la culture du corps. On ne doit pas prendre trop à cœur les voluptés naturelles, on ne doit pas non plus les prendre trop à contre-cœur. Il est fort peu d'exemples bien avérés d'une vie pleine et pure, ceux qu'on nous propose d'ordinaire sont insipides et

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