CHAPITRE XIV
LA CONCLUSION DES Essais
Les Essais comportent-ils une conclusion?
Montaigne a-t-il voulu en faire une ?
Il savait à Toccasion changer Tordre de ses chapitres. Il n'était pas sans quelque souci de l'effet que ses écrits produiraient sur les lecteurs auxquels il les destinait. Est-ce par hasard, par « sort artiste w^ que les page« qui terminent son livre se trouvent à cette place ?
Quoiqu'il en soit, la façon dont le dernier chapitre s'achève, est digne de remarque.
Cette fin est écrite « près de six ans après *^ le cinquantième », par conséquent à la veille de la publication ; c'est bien le dernier mot <i de Montaigne.
Nulle part il n'a mis plus de chaleur, plus de verve et plus d*éclat, et jamais peut-être il n'avait encore atteint à une si belle sérénité.
En commençant ce chapitre, il est revenu un instant sur les défaillances de la raison et sur les vices inhérents à nos expériences; cependant, dès la première ligne, la portée de ces réflexions un peu chagrines est singulièrement atténuée : « La vérité est chose si grande que nous ne devons dédaigner aucune entremise qui nous y conduise. »
Qu'après cela vienne l'éloge de l'incuriosité, cet éloge n'est qu'une dernière protestation contre les disputes de mots, bonnes uniquement à embrouiller les choses, et contre les sophismes de la philosophie.
A la fin, plus trace de scepticisme ni de pessimisme ; un mot de regret : « Si on m'eût mis au propre des grands maniements, j'eusse montré ce que je savais faire ! » mais ce soupir est aussitôt étouffé : « Avez-vous su ma-