Livro II, cil. 2, un pou après le début
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plutôt vers la superstition que de l'autre côt6, il est bon catholique, regarde comme une des plus notables folies l'effort des gens qui emploient la force de leur entendement à choquer les opinions communes pour, après une longue quête, remplir en somme leur âme de doute, d'inquiétude et de fièvre ^. S'il étudie, c'est par ostentation, pour s'en (' tapisser et parer ». 11 aime les distinctions, les honneurs, souhaite fort l'ordre de Saint-Michel, aspire aux brillantes destinées que son ami lui présage. Il se sent propre aux grandes affaires, aux hautes négociations politiques, à tenir dignement sa place dans les conseils des princes. Il sait l'action qu'un conseiller intelligent et résolu peut exercer sur les chefs des empires et songe à s'attacher à quelqu'un d'entre eux qu'il soit appelé au service public et à son propre avancement dans le monde, il n'hési-
1. C'est le d(^bul d'une letlre adressée à M. de Mesnics et imprini(:'e en tê(e d'un traita de Plularque traduit par La Boc^tio.
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tera pas, quand même la raison le dissuaderait d'accepter. Loin de craindre l'agitation des cours, il s'y porterait allègrement, car, quoique le faire soit plus naturel aux Gascons que le dire, ils savent au besoin s'armer autant de la langue que du bras, travailler de l'esprit comme du corps. Il ferait entendre en haut lieu un parler nerveux et succulent, serré, brusque, véhément, hardi et plutôt soldatesque. Jeté à vingt ans dans la magistrature, il n'y reste que par déférence filiale; il a une profonde antipathie pour les chicanes de la procédure et pour tout ce que cette profession comporte d'ennuis et de dégoûts. 11 s'acquitte des fonctions de sa charge sans application, s'y dérobe souvent pour courir à Paris; pendant des mois entiers il s'absente de Bordeaux, s'attarde à la cour.
G'estle moment où l'ordonnance d'Orléans, enlevant aux baillis l'administration de la justice pour la donner exclusivement à leurs
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lieutenants, met une séparation complète et définitive entre la robe courte et la robe longue : à celle-ci seule désormais, la parole le savoir, le gain ; à celle-là la guerre, l'honneur, la vertu'. Le connétable de Montmorency fermait dédaigneusement la bouche au chancelier et aux hommes de robe longue ; Brantôme disait que dans les ambassades les gens d'épée valent mieux que les magistrats. Ces considérations touchèrent probablement Montaigne, mais un goût naturel, inné comme le dégoût de la chicane, le poussait, plus encore qu'aucun calcul ambitieux, vers la vocation militaire, forme propre etessentielledc la noblesse française. Les exploits des grands capitaines l'enthousiasmaient, tout ce qui se rattachait au métier des armes, jusqu'au détail technique le plus infime, l'intéressait d'une façon surprenante. La guerre lui semblait l;i plus grande, la plus pompeuse des actions humaines; il