‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 4)Chapitre 16 sur 40 · LE SERMENT DE 15G · texte numérisé non relu

LE SERMENT DE 15G

ment attentait d'une manière flagrante îi ];i liberté de conscience.

Il faisait une manifestation (rhostilités contre le chancelier, favorisait une politique détestable qui allait mettre la France en danger.

Enfin, la mesure qu'il prenait pouvait paraître dictée par un odieux calcul : elle précipitait d'une manière scandaleuse Tavancement des magistrats orthodoxes.

Gheverny, qui fut plus tard garde des sceaux, a avoué que sa fortune devint plus rapide « grâce à ce que force conseillers sortirent de la Cour par commandement ou par crainte ».

Le Parlement de Bordeaux qui n'avait pas fait beaucoup d'opposition à l'édit de janvier et l'avait enregistré sans grand retard, n'imita l'intolérance du Parlement de Paris que dans le mois de juillet'. La Boétie

1. l'our cotto (lalt>. conimo pour tous les ili'-lails dp la liioprapliii de Montaifrne. j'adopte les indications de M. Bonnefon.

qui en était membre comme Montaigne et que ses opinions fermement catholiques n'empêchaient pas de soutenir la politique de L'Hospital \ était chargé d'appliquer Tédit en Guyenne ; il s'acquittait de sa mission avec zèle, s'efforçait de maintenir la paix. Montaigne se trouvait à Paris. Au lieu d'imiter l'exemple d'un ami si sage et si cher, au lieu d'attendre la décision du corps dont il dépendait, il offrit spontanément aux magistrats de Paris, ce que, plus tolérant, plus soucieux de la paix publique et de sa dignité personnelle, il aurait dû refuser, même à ceux de Bordeaux ; il s'empressa de s'associer à leur manifestation coupable, sollicita la faveur d'être admis au serment qu'ils imposaient et, le 12 juin, le prêta entre les mains du premier président.

1. Montaigne en est convenu dans une lettre à L'Hospilal. — La Boi^lie avait écrit sur l'édit de janvier des mémoires que Montaigne a, dans la première édition ûes Essais, promis de publier: « Ils trouveront ailleurs leur place », disait-il; depuis il ajouta : « peut-être », et enfui ne les a pas donnés, les a laissés se perdre, probablement pour le mémo motif i|ui l'enipôclia d'insérer dans son livre le Contre un, c'est -à-dire de peur do fournir des armes aux protestants.

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Il n'avait ciiiciin attachement pour la magistrature ; son serment ne saurait être attribué à un excts de zMe professionnel. Que signifie donc une démarche aussi indiscrète, en des circonstances où l'abstention était à la fois naturelle, facile et raisonnable ?

Dans tout ce qu'il a raconté des Guises dix ans plus lard, nous trouvons les vestiges d'un vieil et excessif engouement pour eux, d'une aveugle et surprenante indulgence ; l'éloge du cardinal de Lorraine est surtout frappant. Songez à ce qu'ont dit, non pas les protestants, dont les jugements, terribles et peut-être exacts, sont suspects, mais des témoins nullement hostiles et très bien informés : Brantôme qui a rappelé, non sans complaisance, les qualités et les talents du cardinal, a ajouté que c'était un brouillon, poltron, peu sincère, insolent dans la bonne fortune, humble <lans la mauvaise, enllé «b' présomption, « àmo fort barbouillée ». (le

prélat qui contribua à précipiter la France dans une des crises les plus affreuses qu'elle ait jamais traversées, qui, à la stupéfaction d'Etienne Pasquier, allait, comme un simple prédicateur, dans la chaire de Notre-Dame et ensuite dans celle de Saint-Germain- FAuxerrois, exciter les Parisiens à la guerre civile, est dans les Essais a un personnage nécessaire pour le bien public » ! Après cela, j'ai moins de peine à comprendre le serment de 1562. J'hésite bien un peu à me servir de mots qui, appliqués à Montaigne, sonnent étrangement ; il faut pourtant appeler les choses parleur nom : ce serment dénote un violent esprit de parti, une sorte de fanatisme.

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