‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 4)Chapitre 15 sur 40 · LE SERMENT DE 15G · texte numérisé non relu

LE SERMENT DE 15G

séditieux : en parlant de leur lutte contre les princes qui étaient à la tète des protestants, L'Hospital avait lieu de dire que, de quelque côté que fût la victoire, ce serait la ruine du roi '.

La maison de Valois semblait même beaucoup plus menacée par la maison de Lorraine que par la Réforme. Il ne faut pas exagérer Timporlance de quelques propos républicains échappés à certains hérétiques; si, dès cette époque, Montaigne en eut connaissance, ce qui est possible, il connaissait mieux encore le Discours de la seri>itude volontaire « bien proprement rebaptisé le Contre un » et savait que cet écrit hardi était l'œuvre d'un sujet hdèle, d'un bon catho-

(1) Dès le mois d'août i5liO, aux conférences de Fontainebleau, rarchevôfiuo de Vienne, Marillac, avait, dans un discours solennel, constate' (|u'il existait des séditieux « de» deux côti'-s ». Comparez à la conduite de François de Guise celle de Condé en 1048 : à cette épor(ue le Parlement soutenait une cause honorable, il tenait tfilc non plus a. un L'IIos|>ital mais a. Mazarin. Voulant faire rentrer à Paris la reine-mère i|ui avait emmené le roi. il appela Condè comme il avait appelé François de tjuise en I50i. Condé (|uoi(|ue ■• très mal persuadé du cardinal « prii sans hésiter « la résolution la plus utile au bien de l'Etal » : il dit à Rclz : « Si je me précipitais avec le Parlement, je ferais peut-être mes affaires mieux que lui, mais je m'appelle Louis de Bourbon, je ne veux pas ébranler la monarchie. •>

lique. Pour voir clans la Réforme une rébellion contre la royauté, il fallait être égaré par l'esprit de parti. A court d'arguments, l'orateur du clergé qui, en 1561, accusait les protestants de vouloir l'anarchie, se trouvait réduit à leur imputer de la dissimulation, des desseins et manœuvres occultes. Qu'on lise la préface de V Institution chrètiemie de Calvin, les déclarations réitérées des chefs de la Réforme française, celle de Théodore de Bèze à Poissy, celle de Coligny à Fontainebleau : ces prétendus rebelles demandent protection au roi « comme à celui qu'ils reconnaissaient pour souverain seigneur, à l'obéissance duquel le commandement de Dieu les assujétit,... protestant devant Dieu qu'ils n'ont jamais attenté ni n'attenteront contre la très humble obéissance qu'ils lui doivent' ». Les huguenots ont pu se

1. La manie de Iransformcr les proleslanls en républicains n'est devenue générale qu'au xix' siècle. Nous voyons dans les écrits de d'Argenson qu'au xviii", on savait parfaitement qu'ils ne s'étaient révoltés que lorsqu'on les avait réduits au désespoir. De nos jours encore Michelet a constaté à plusieurs reprises que le roi n'avait pas do sujets plus soumis.

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vanter d'èlrc appelés de ce nom parce qu'ils soutenaient les héritiers de Hugues Capet contre les Guises qui revendiquaient l'héritage de Gharlemagne.

Le Parlement de Paris « ennemi capital de la Réforme » soutenait, excitait les Guises. Il partageait « la soif de sang » dénoncée par L'Hospital. Il réprimait avec férocité les écrits des protestants : l'imprimeur d'un pamphlet «un peu aigre» fut pendu; un passant, voyant la foule ameutée contre le supplicié, se récria, et fut en conséquence, sans autre motif, pendu également. « Il fallait bien faire quelque chose pour le cardinal de Lorraine », disait le conseiller rapporteur de cette affaire. L'édit de janvier ne fut enregistré qu'après trois lettres de jussion : contraint enfin à obéir, le Parlement ne se borna pas à })rolesler avec éclat el fracas; partons les moyens en son pouvoir, il travailla à échauffer les esprits, à entretenir la discorde, à « corner la guerre ci-

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vile». Au mois de juin, adoptant une idée émise le 13 mai par les Guises, il exigea de tous ses membres, non seulement une profession de foi orthodoxe, mais le serment d'adhérer à l'ample formulaire que la Sorbonne avait dressé en 1543 pour servir de guide aux prédicateurs dans leurs controverses sur la foi et la discipline.

La décision du Parlement était incontestablement blâmable pour plusieurs motifs :

La Faculté de théologie n'a jamais passé pour être infaillible. Le Parlement qui a maintes fois contesté son autorité, même en matières religieuses, venait tout récemment de lui faire la leçon'. La parfaite orthodoxie du formulaire était donc discutable.

En exigeant un pareil serment, le Parle-

i. En décembre 1561, le président de Thou, assisté du procureur général el de deux conseillers, avait imposé à la Sorbonne le désaveu de la thèse de Tanquerel sur l'autorité du pape. Que cette thèse eût été approuvée par la Faculté, ou qu'elle eût seulement été « mise en avant » comme le veut Et. Pasquier, toujours csl-il (|uo l'intervention du Parlement signifiait d'une façon assez nette, que la Faculté avait besoin d'être régentée et préservée d'erreur. — Est-il besoin de rappeler les innombrables condamnations prononcées par le Parlement au sujet des refus de sacrements ?

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