‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 4)Chapitre 34 sur 40 · LA COXCLUSIOX DES « ESSAIS · texte numérisé non relu

LA COXCLUSIOX DES « ESSAIS

pendant plusieurs années; il en est sorti iortifié et allègre. An terme de son libre examen et de ses longues agitations, afiirmant avec énergie la dignité de la condition humaine et la douceur dime existence réglée conformément à la nature, il aboutit à l'optimisme, et sa foi triomphante a une éloquence qui la rend contagieuse. « L'àme pleine de satisfaction et de fête, logée en tel point que, où qu'elle jette sa vue, le ciel est calme autour d'elle, nul désir ou crainte, ou doute qui lui trouble lair ' », Montaigne s'arrête en répétant l'invocation du poète antique au dieu ih' la lyre, protecteur de santé et de sagesse gaie et sociable.

Un grand poète a cru que l'esprit moderne condamnait au désespoir et lui a imputé le suicide de Holla. Bien au contraire, à l'heure où le pessimisme semble envaiiir le monde, seuls les fils de Rabelais et de

I. « Rien lie trouille sa lin, c'est le soir il'im lieaii jour. •> l,,i l'onlaine pensait-il à Monlai^iie '

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Monlaigne n'en sont point atteints. Il est vrai que nous nous faisons de la destinée humaine une idée que n'avaient pas nos immortels aïeux. En avançant dans la voie qu'ils nous ont frayée, nous avons vu ce qu'ils ne paraissent pas avoir soupçonné ' ; par-delà l'horizon qui bornait leur regards, d'immenses perspectives se sont déroulées ; la vision d'un âge meilleur, la croyance au progrès, nous fortifient et nous aiguillonnent, nous aimons à penser qu'il appartient au plus humble d'entre nous, de coopérer à l'univre sublime par laquelle le monde sera transformé, religion nouvelle qui donne à la vie un prix ignoré par les hommes de la Renaissance.

Jouissons comme il convient de cet espoir ; qu'il exalte nos courages et emplisse nos

1. En ([uelques endroits Monlaij;nc admet un certain piogrès ; « Ayant essayé par expérience ce à quoi l'un s'était failli, l'autre y est arrivé, et ce (|ui était inconnu à un siècle, le siècle suivant l'a éclairci, et c'est ainsi ([ue les arts et les sciences se forment peu à peu. " Rabelais parait avoir rôvé nuelque chose de plus, mais cela même doit-il élre pris pour une éhauelie de la foi moderne ?

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