‹ Introduction aux essais de MontaigneChapitre 42 sur 48 · UNE ERREUR DE MICHELET · texte numérisé non relu

UNE ERREUR DE MICHELET

de plus près! Et comment les qualités de ce style qu41 admirait, cette vigueur de langage, cette fraîcheur d'expression, cette chaleur contagieuse, cette verve si jeune et si entraînante, ne Font-elles pas averti de sa méprise?

Je regrette d'insister, mais il le faut, car Terreur de Michelet fortifie des vues inexactes sur la seconde moitié du xvi® siècle, sur Tissue de notre Renaissance ; elle se rattache étroitement au jugement peu équitable qu'un autre écrivain illustre, Edgard Quinet, a porté sur toute notre histoire et que Ton cite souvent avec trop de complaisance. Le mal dont Quinet croyait la France atteinte, la servilité timide qu'il faisait remonter à la conquête romaine, est, au fond, le même mal que celui dont Michelet prétendait trouver les symptômes dans les Essais \

quables do noire histoire. Avant la Ménippée et beaucoup mieux qu'elle, ils disent la transformation de Télite de la société française, pourquoi la Ligue fut vaincue, comment tous les bons citoyens se sont ralliés à Henri IV et bien d'autres choses encore.

1. lis ne pardonnent ni l'un ni l'autre à la France d'avoir repoussé la Réforme. Michelet reproche à Montaigne de n'avoir déplu qu'à des

A entendre Michelet, on croirait qu'après Rabelais, la Renaissance s'arrête, aboutit à un avortement ou tout au moins à une défaillance, à une sorte de recul dont Montaigne serait le réprésentant.

Je ne retire rien de ce que j'ai jadis accordé à Rabelais, mais je dois ajouter ce qui m'échappait alors : il pousse trop loin l'optimisme. Sans parler des abominations au milieu desquelles il vivait, pour peu que l'on réfléchisse aux conditions inéluctables de tout progrès, on avouera qu'il a trop bonne opinion de l'humanité. « Fais ce que voudras », n'est pas une parole à dire, même en s adressant aux gens les mieux nés. Par le commentaire qu'il donne à cette maxime, il essaie de nous rassurer : les braves gens de Thélème ne sauraient avoir que de bons

huguenots ; il oublie qu'il a déplu aussi à des catholiques. Si Quinet avait Mieux compris ce qui s'est passé au xvi* siècle, il aurait été moins dur pour les hommes de 89, aurait parlé autrement de la Constitution civile du clergé et de tout ce qui s'y rattache. — Ce que j'ai dit moi-même sur la fin du xvi* siècle dans la Philosophie de Vhiatoire de France, a besoin d'être un peu corrigé : peut-être n'y a-t-il rien à efTacer ; certainement il mancfue quelque chose.

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