UNE ERREUR DE MICUELBT
Michelet reproche encore à Montaigne de dire son découragement. Mais le vaillant La Noue, qui trouvait mal plaisant à qui aime son pays, d'en découvrir les turpitudes et annoncer les désastres, n'en croyait pas moins devoir constater la décadence de la France, et exposer le danger où elle était de faire un terrible naufrage.
L'éclatante gaîté de Rabelais ne doit pas faire oublier que le moyen âge, tout en répugnant au rire, avait connu des joies profondes (songez à saint François d'Assise), et que la Renaissance ne fut pas toujours aussi amusante que Pantagruel, C'est le temps de Machiavel, de Calvin, de Loyola.
Michel-Ange a fait dire à sa Nuit la douceur d'être impassible, de dormir sans rien voir ni entendre mentre cKil danno e la {fergogna dura, George Sand a traduit dans une page immortelle la tristesse implacable d'Holbein.
Quelques accès bien explicables de décou-
ragemcnt n'enlèvent pas à Montaigne le ressort admirable qui relève la France de chutes auxquelles les autres peuples sont peut-être moins exposés, mais dont ils ne guériraient pas. Montaigne a de terribles appréhensions ; il « n'entre pas au désespoir », il lui semble « voir des routes à nous sauver » . Qui sait « s'il n'en sera pas de la France comme de ces corps qui se purgent et remettent en meilleur état par longues et grièves maladies, lesquelles leur rendent une santé plus entière et plus nette que celle qu'elles leur avaient ôtée »? Il n'a pas la manie si commune et si insupportable de vanter le passé aux dépens du présent : il sait que le temps qui a précédé sa naissance ne valait pas beaucoup mieux que celui oii il vit : « Nous ne sommes chus de guère haut... C'était une jointure de membres gâtés, d'ulcères envieillis qui ne recevaient plus de guérison ». A tout prendre, il estime son siècle, « avec ses défauts, ses vices, ses sottises, autant