‹ Introduction aux essais de MontaigneChapitre 44 sur 48 · UNB ERREUR DE MICHELET · texte numérisé non relu

UNB ERREUR DE MICHELET

liberté de penser; mais comparez ce qu'il dit de la tolérance en matière religieuse, avec le langage lamentable dicté à Érasme par les circonstances ou par une conviction ferme, et surtout remarquez les dates:

quand Rabelais écrit ses premiers livres, la réaction catholique n'a pas commencé, les papes sont plus qu'indulgents, les Jésuites à peine institués et complètement inconnus, l'œuvre du concile de Trente seulement ébauchée et bientôt interrompue. D'ailleurs Rabelais proteste contre « la calomnie atroce descannibales » qui lui imputentdes hérésies. Il y a une prudence lâche ; il y en a une hardie, et je ne sais si celle de Montaigne ne l'est pas encore plus que celle de Rabelais. En tout cas, elle ne lui a pas imposé de sacrifice comparable à celui que Descartes fit en supprimant son traité d'optique j ni même à la page du Discours préliminaire de t Encyclopédie i dans laquelle d'Alembert a gravement parlé de la religion révélée qui

nous instruit d'une partie de ce qu'il nous est absolument nécessaire de connaître, et qui, entre autres lumières qu'elle nous a communiquées, fournit € la science des esprits ».

Michelet trouve mauvaise l'attitude de Montaigne. La Boétie, pour qui il a tant de sympathie et dont le livre lui paraît héroïque, avait songé à la retraite et même à s'expatrier. Le livre de la Sagesse^ où il n'y a rien de plus que dans les Essais, faillit être « exterminé » et en préparant la seconde édition. Charron avait dû adoucir ou supprimer plusieurs passages. Ramus et Bayle ont regretté que Castellion se fût mêlé aux polémiques religieuses, au lieu de se réserver pour le service de la république des lettres. Guillaume d'Orange, à qui on ne marchande pas les éloges, était, précisément au moment où Montaigne faisait retraite, plongé dans une inertie funeste et prolongée que ses panégyristes déplorent.

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