‹ Introduction aux études histoirquesChapitre 14 sur 74 · E. Bernheim, Lehrbuch der historiscUen Méthode 2, p. 19G · texte numérisé non relu

E. Bernheim, Lehrbuch der historiscUen Méthode 2, p. 19G

2. Ch.-Y. Langlois, Manuel de Biblioi^raphie historique. I. Instruments bibliographiques. Paris, 1806, iu-16.

l'histoire du bas moyen âge et de l'iiistoire moderne étant encore inédits ou mal édités, on peut poser en principe que, pour établir aujourd'hui un chapitre vraiment neuf d'histoire médiévale ou moderne, il faut avoir fréquenté longuement les grancls dépôts de pièces originales, et en avoir, pour ainsi dire, fatigué les catalogues.

Que chacun choisisse donc avec le plus grand soin le sujet de ses travaux, au lieu de s'en remettre pour cela, purement et simplement, au hasard. Tels sujets ne peuvent être traités, dans l'état actuel des instruments de recherche, qu'au prix de ces énormes dépouillements où l'intelligence et la vie s'usent sans profit; ils ne sont pas nécessairement plus intéressants que d'autres, et un jour, demain peut-être, par le seul lait des pei'fectionnements de l'outillage, ils deviendront aisément abordables. Il faut choisir, de propos délibéré, et en connaissance de cause, certains sujets d'études historiques plutôt que d'autres, suivant que certains répertoires de documents et certains répertoires bibliographiques existent ou n'existent pas; suivant que l'on aime ou que l'on n'aime pas le travail de cabinet ou le travail d'exploration dans les dépôts ; suivant même que Ton a ou que l'on n'a pas les moyens de fréquenter commodément certains dépôts. « Peut-on travailler en province? » s'est demandé M. Renan au Congrès des Sociétés savantes, à la Sorbonne, en 1889 ; il s'est répondu très sagement : « Une moitié au moins de l'œuvre scientifique peut se faire par le travail de cabinet.... Soit la philologie comparée, ))ar exemple : avec une première mise de fonds de quelques milliers de francs, et l'abonnement à trois ou quatre recueils spéciaux, on posséderait tous les outils nécessaires.... J'en dirai autant des idées philosophi-

ques générales — Un très grand nombre de branches d'études pourraient être ainsi cultivées d'une façon toute privée, et dans les endroits les plus retirés'. » Sans doute; mais il y a « des raretés, des spécialités, des recherches qui exigent de puissants outillages ». Une moitié de l'œuvre historique peut se faire, désormais, il est vrai, par le travail de cabinet, avec des ressources restreintes, mais une moitié seulement; l'autre moitié suppose encore la mise à contribution' des ressources, en répertoires et en documents, qu'offrent seuls les grands centres d'étude; souvent même, il est nécessaire de visiter successivement plusieurs grands centres d'étude. Bref, il en est de l'histoire comme de la géographie ; sur certaines parties de la terre, on possède des documents assez complets et assez bien classés, dans des publications maniables, pour que l'on puisse en raisonner utilement, au coin du feu, sans se déranger; tandis que la moindre monographie d'une région inexplorée ou mal explorée suppose une exertion de forces physiques et une dépense de tem|)s considérables. Choisir un sujet d'études, comme il arrive souvent, sans s'être rendu compte de la nature et de l'étendue des recherches préliminaires qu'il comporte, est un danger : plusieurs se sont noyés pendant des années dans de pareilles recherches qui auraient été capables de s'employer mieux à des travaux d'une autre espèce. Contre ce danger, d'autant plus redoutable pour les novices qu'ils sont plus actifs et plus zélés, l'examen des conditions actuelles de l'Heuristique en général, et des notions positives de Bibliographie historique sont certainement salutaires.

1. E. Renan, Feuilles détachées (Paris, 1892, in-8), p. 'JG et suiv.

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