‹ Introduction aux études histoirquesChapitre 15 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Supposons que les premières recherches, dont il est traité dans le chapitre précédent, aient été faites avec méthode et avec succès : on a réuni, sur un sujet donné, la plupart des documents utiles, sinon tous. De deux choses l'une : ou ces documents ont déjà subi une élaboration critique, ou ils sont à l'état brut; on s'en rend compte par des recherches « bibliographiques » qui font encore partie, nous l'avons dit, de l'enquête préliminaire à toute opération logique. — Dans le premier cas (les documents ont déjà subi une élaboration), il faut être en mesuz'e de vérifier si la critique en a été correctement faite; dans le second cas (les matériaux sont à l'état brut), il faut les critiquer soi-même. Dans les deux cas, certaines connaissances positives, préalables et auxiliaires, Vor-und Hulfskenntnisse, comme on dit, ne sont pas moins indispensables que l'habitude de raisonner bien; car si l'on peut pécher, au cours des opérations critiques, en raisonnant mal, on peut aussi errer par ignorance. La profession d'érudit ou d'historien ressemble, du reste, en cela, à la plupart des professions : il est impossible

26 LES CONNAISSANCES PREALABLES.

de l'exercer sans avoir un certain bagage de notions teclmiques, auxquelles ni les dispositions naturelles, ni même la méthode, ne sauraient suppléer. — Enquoi donc doit consister V apprentissage technique de l'érudit ou de l'historien? En d'autres termes, plus usités, quoique, nous essaierons de le montrer, assez impropres : quelles sont, avec et après la connaissance des répertoires, les « sciences auxiliaires » de l'Histoire?

Daunou, dans son Cours d'études historiques \ s'est posé une question du même genre •. « Quelles études, dit-il, celui qui se destine à écrire l'histoire aura-t-il besoin d'avoir faites, quelles connaissances devra-t-il avoir acquises, pour commencer un ouvrage avec quelque espoir de succès? » Avant lui Mably, dans son Traité de l'étude de l'histoire, avait aussi reconnu qu' « il y a des études préparatoires dont un historien, quel qu'il veuille être, ne saurait se dispenser ». Mais Mably et Daunou avaient là-dessus des idées qui paraissent, aujourd'hui, singulières. Il est instructif de marquer exactement la distance qui sépare leur point de vue du nôtre. « Premièrement, disait Mably, étudiez le droit naturel, le droit public, les sciences morales et politiques. » Daunou, homme de grand sens, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belleslettres, qui écrivait vers 1820, divise en trois genres les études préliminaires qui constituent, à son avis, « l'apprentissage de l'historien » : littéraires, philosophiques, historiques. — Sur les études « littéraires », il s'étend copieusement : d'abord « avoir lu attentivement les grands modèles ». Quels grands modèles? M. Daunou « n'hésite point » à indiquer en première

Page 1