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CUITIQUE DE SINCÉniTÉ ET d'eXACTITUDE. 150

public, faiblement dans les âges barbares et sur les gens passionnés 1, Il faut donc restreindre ce critérium aux cas où l'on sait comment l'auteur s'est représenté son public et s'il a eu le sang-fi'oid d'en tenir compte.

3° Le fait affirmé était-il indifférent à l'auteur, au point qu'il n'ait eu aucune tentation de le déformer? C'est le cas des faits généraux, usages, institutions, objets, personnages, que l'auteur mentionne incidemment. Un récit, même mensonger, ne peut pas se composer exclusivement de mensonges ; l'auteur, pour localiser ses faits, a besoin de les entourer de circonstances exactes. Ces faits ne l'intéressaient pas, tout le monde de son temps les connaissait. Mais pour nous ils sont instructifs et ils sont sûrs, car l'auteur n'a pas chercbé à nous tromper.

2'^ cas. Le fait est de nature à rendre l'erreur improbable. Si nombreuses que soient les chances d'erreur il y a des faits si « gros » qu'il est difficile de les voir de travers. 11 faut donc se demander si le fait était facile à constater : 1° A-t-il duré très longtemps, de façon qu'on l'ait vu souvent (par exemple un monument, un homme, un usage, un événement de longue durée)? — 2" A-t-il été très étendu, de façon que beaucoup de gens l'aient vu (une bataille, une guerre, l'usage de tout un peuple)? — 3° Est-il exprimé en termes si généraux qu'une observation su|)erficielle ait suffi pour le saisir (l'existence en général d'un homme, d'une ville, d'un peuple, d'un usage) ? Ce sont ces faits grossiers qui forment la partie solide de la connaissance historique.

1. On dit souvent ; « L'auteur n'aurait pas osé écrire cela si ce n'était pas vrai ». Ce raisonnement n'est pas applicable aux sociétés peu civilisées. Louis VII a osé écrire que Jean sans Terre avait été condamné par le jugement de ses pairs.

3'^ cas. Le fait est de nature à n'avoir pu être affirmé que s'il était exact. Un homme n'affirme avoir vu ou entendu un fait inattendu et contraire à ses habitudes que s'il a été contraint de l'admettre sous la pression de l'observation. Un fait qui paraît très invraisemblable à celui qui le rapporte a plus de chances d'être exact. On doit donc se demander si le fait affirmé était en contradiction avec les autres notions qui garnissaient l'esprit de l'auteur, si c'est un phénomène d'une espèce inconnue à l'auteur, un acte ou un usage qui lui paraît inintelligible, si c'est une parole dont la portée dépasse son intelligence (comme les paroles du Christ dans les Evangiles ou les réponses de Jeanne d'Arc dans les interrogatoires de son procès). — Mais il faut se tenir en garde contre la tendance à juger les notions de l'auteur d'après les nôtres : quand des hommes habitués à croire au merveilleux parlent de monstres, de miracles, de sorciers, ce ne sont pas pour eux des fails inattendus, et le critérium ne s'applique pas.

VIII, Nous voici enfin au bout de cette description des opérations critiques; elle a été longue parce qu'il a fallu décrire l'une après l'autre des opérations qui dans la pratique se font toutes ensemble. Voici maintenant comment on procède, en fait.

Si le texte est d'une interprétation contestable l'examen se partage en deux actes : le premier acte consiste à lire le texte pour en fixer le sens avant de chercher à en tirer aucun renseignement; l'étude critique des faits contenus dans le document forme le second acte. Pour les documents dont le sens est évident, — réserve faite des passages de sens discutable qu'on doit étudier à part, — on peut dès la première lecture procéder à l'examen critique.

On commence par réunir les renseignements gêné'

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