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CHAPITRE I

La critique des documenls ne fournit que des faits isolés. Pour les organiser en un corps de science il faut une série d'opérations synthétiques. L'étude de ces procédés de construction historique forme la seconde moitié de la Méthodologie,

La construction ne doit pas êlre dirigée par le plan idéal de la science que nous désirerions construire; elle dépend des matériaux réels dont nous disposons. Il serait chimérique de se proposer un plan que les matériaux ne se prêteraient pas à réaliser, ce serait vouloir construire la tour Eiffel avec des moellons. Le vice fondamental des philosophies de l'histoire est d'oublier cette nécessité pratique.

I. Regardons d'abord les matériaux de l'histoire. Quelle est leur forme et leur nature ? En quoi diffèrentils des matériaux des autres sciences ?

Les faits historiques proviennent de l'analyse cri-

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tique .des documents. Ils en sortent dans l'état où l'analyse les a mis, hachés menu en affirmations élémentaires; car une seule phrase contient plusieurs affirmations, on a souvent accepté les unes et rejeté les autres; chacune de ces affirmations constitue un fait.

Les faits historiques ont ce caractère commun d'être tirés tous des documents; mais ils sont très disparates.

1° Ils représentent des phénomènes de nature très différente. D'un même document on tire des faits d'écriture, de langue, de style, de doctrines, d'usages, d'événements. L'inscription de Mesha fournit des faits d'écriture et de langue moabites, le fait de la croyance au dieu Khamos, les pratiques de son culte, les faits de guerre des Moabites contre Israël. Tous les. faits nous arrivent ainsi pêle-mêle, sans distinction de nature. Ce mélange de faits hétérogènes est un des caractères qui différencient l'histoire des autres sciences. Les sciences d'observation directe choisissent les faits qu'elles veulent étudier, et systématiquement se bornent à observer les faits d'une seule espèce. Les sciences documentaires reçoivent les faits tout observés de la main des auteurs de documents qui les leur livrent en désordre. Pour les tirer de ce désordre, il faut les trier et les grouper par espèces. Mais pour les trier il faudrait savoir avec précision ce qui doit en histoire constituer une espèce de faits; pour les grouper il faudrait un principe de classement approprié aux faits historiques. Or sur ces deux questions capitales les historiens ne sont pas arrivés encore à formuler de règles précises.

2" Les faits historiques se présentent à des degrés de généralité très différents, depuis les faits très généraux communs à tout un peuple et qui ont duré des

siècles (institutions, coutumes, croyances) jusqu'aux actes les plus fugitifs d'un homme (une parole ou un mouvement). C'est encore une différence avec les sciences d'observation directe qui partent régulièrement de faits particuliers et travaillent méthodiquement à les condenser en faits généraux. Pour former des groupes il faut ramener les faits au même degré de généralité, ce qui oblige à chercher à quel degré de généralité on peut et on doit réduire les différentes espèces de faits. Et c'est sur quoi les historiens ne s'entendent pas entre eux.

3° Les faits historiques sont localisés, ils ont existé en une époque et en un pays donnés; si on leur retire la mention du temps et du lieu où ils se sont produits, ils perdent le caractère historique, ils ne peuvent plus' être utilisés que pour la connaissance de l'humanité universelle (comme il arrive aux faits de folklore dont on ignore la provenance). Cette nécessité de localiser est inconnue aussi aux sciences générales; elle est limitée aux sciences descriptives qui étudient la distribution géographique et l'évolution des phénomènes. Elle impose à l'histoire l'obligation d'étudier séparément les faits des différents pays et des différentes époques.

kf> Les faits extraits des documents par l'analyse critique se présentent accompagnés d'une indication critique sur leur probabilité '. Dans tous les cas où l'on n'est pas arrivé à la certitude complète, toutes les fois que le fait est seulement probable — à plus forte raison s'il est suspect, — le travail de la critique le livre à l'historien avec une étiquette que l'on n'a pas le droit de retirer et qui empêche le fait d'enlrer dans la

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