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aux conclusions dernières de l'histoire et couronne la construction historique au point de vue scientifiquep'
Mais comme la connaissance historique, complexe et encombrante par sa nature, est exceptionnellement difficile à communiquer, il reste encore à trouver les procédés pour exposer les résultats de l'histoire.
VII. Cette série d'opérations, facile à concevoir, n'a jamais été qu'imparfaitement exécutée. Elle est entravée par des difficultés matérielles dont les théories méthodologiques ne tiennent pas compte, mais qu'il vaut mieux regarder en face pour voir si elles doivent rester insurmontables.
Les opérations historiques sont si nombreuses, depuis la découverte du document jusqu'à la formule finale de conclusion, elles réclament des précautions si minutieuses, des aptitudes naturelles et des habitudes si différentes, que sur aucun point un seul homme ne peut exécuter lui-même le travail tout entier. L'histoire, moins que toute autre science, peut se passer de la division du travail; or moins que toute autre elle la pratique. Il arrive à des érudits spécialistes d'écrire des histoires d'ensemble où ils construisent les faits au gré de leur imagination *, et les « constructeurs » opèrent en prenant des matériaux dont ils n'ont pas éprouvé la valeur ^. C'est que la division du travail implique une entente entre des travailleurs, et en histoire cette entente n'existe pas. Chacun, sauf dans les opérations préparatoires de la critique externe, procède suivant son inspiration personnelle, sans méthode commune, sans souci de l'ensemble où son travail doit
1. Curtius dans son « Histoire grecque », Mommsen dans son « Histoire romaine » (avant l'Empire), Lamprecht dans son « Histoire d'Allemagne ».
2. Il suffira ici de citer Augustin Thierry, Michelet et Carlyle.
venir prendre place. Aussi aucun historien ne peut-il en toute sécurité utiliser les résultats du travail d'un autre, coname on fait dans les sciences constituées, car il ignore s'ils ont été obtenus par des procédés sûrs. Les plus scrupuleux en viennent à ne rien admettre qu'après avoir refait eux-mêmes le travail sur les documents; c'était l'attitude de Fustel de Goulanges. A peine peut-on satisfaire à cette exigence pour les périodes très mal connues dont tous les documents conservés tiennent en quelques volumes, et pourtant on en est venu à poser en dogme qu'un historien ne doit jamais travailler de seconde main '. On le fait par nécessité, quand les documents sont trop nombreux pour être tous lus; mais on ne le dit pas, par crainte du scandale.
Il vaudrait mieux s'avouer franchement la réalité. Une science aussi complexe que l'histoire, où il faut d'ordinaire entasser les faits par millions avant de pouvoir formuler une conclusion, ne peut se fonder par ce perpétuel recommencement. On ne fait pas la construction historique avec des documents, pas plus qu'on n' « écrit l'histoire avec des manuscrits », et pour la même raison, qui est une raison de temps. C'est que pour faire avancer la science, il faut combiner les résultats obtenus par des milliers de travaux de détail.
Comment faire pourtant, puisque la plupart des travaux sont faits par une méthode suspecte, sinon incorrecte? La confiance universelle mènerait à l'erreur aussi sûrement que la défiance universelle mène à l'impuissance. Voici du moins une règle qui permettra
1. Voir dans P. Guiraud, Fustel de Coulanges (Paris, 1896, in- 12), p. 164, des observations très judicieuses sur cette prétention.
de se guider : Il faut lire les travaux des historiens avec les mêmes précautions critiques qu'on lit les documents. L'instinct naturel pousse à y chercher surtout les conclusions et à les adopter comme vérité établie; il faut, au contraire, par une analyse continuelle, y chercher les faits, les preuves, les fragments de documents, bref les matériaux. On refera le travail (!c l'auteur, mais on le fera beaucoup plus vite, car ce qui perd du temps, c'est de réunir les matériaux; et on n'acceptera de ses conclusions que celles qu'on trouvera démontrées.