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CHAPITRE II

I. La première nécessité qui s'impose à l'histonen mis en présence du chaos des faits historiques, c'est de limiter son champ de recherches. Dans l'océan de l'histoire universelle quels faits choisim-t-il pour les recueillir? — Puis, dans la masse des faits ainsi choisis, ^ il lui faudra distinguer de*3 groupes et faire des secttcmti^ — Enfin dans chacune de ces sections il aura à ranger les faits un à un. Ainsi toute construction historique doit commencer par trouver un principe pour trier, encadrer et ranger les faits. Ce principe on peut le chercher soit dans les conditions extérieures où les fait se sont produits, soit dans la nature intérieure des faits.

Le classement par les conditions extérieures est le plus naïf et le plus facile. Tout fait historique se produit en un moment du temps, en un lieu de l'espace, chez un homme ou dans un groupe d'hommes : voilà des cadres commodes pour délimiter et classer les faits. Ainsi naît l'histoire d'une période, d'un pays, d'une nation, d'un homme (biographie); les historiens de l'antiquité et de la Renaissance n'en ont pas pratiqué d'autre. — Dans ce cadre général les subdivisions

sont taillées suivant le même principe et les faits sont rangés par ordre de temps, de lieux ou de groupes. — Quant au triage des faits à mettre dans ces cadres, il s'est longtemps opéré sans aucun ])rincipe fixe; les historiens prenaient, suivant leur fantaisie personnelle, parmi les faits qui s'étaient produits dans une période, un pays ou une nation, tout ce qui leur semblait intéressant ou curieux. Tite Live et Tacite, pêle-mêle avec les guerres et les révolutions, racontaient les inondations, les épidémies et la naissance des monstres.

Le classement d'après la nature des faits s'est introduit très tard, lentement et d'une façon incomplète; il est né hors de l'histoire dans les branches spéciales d'études de certaines espèces de faits humains, langue, littérature, arts, droit, économie politique, religion, qui ont commencé par être dogmatiques et sont peu à peu devenues historiques. Le principe de ce classement est de trier et de grouper ensemble les faits qui se rapportent à une même espèce d'actes ; chacun de ces groupes devient la matière d'une branche spéciale d'histoire. L'ensemble des faits vient ainsi se classer dans un casier qui peut être construit a priori en étudiant l'ensemble des activités humaines; c'est le questionnaire général dont il a été parlé au chapitre précédent.

Le tableau suivant est une tentative de classification générale des faits historiques \ fondée sur la nature des conditions et des manifestations de l'activité.

1. La classification de M. Lacombe {De l'histoire èonsidcrée comme science, chap. vi), fondée sur les mobiles des actes et les besoins qu'ils sont destinés à satisfaire, est pbilosophiquement très judicieuse, mais ne répond pas aux besoins pratiques des historiens; elle repose sur des catégories psychiques abstraites (économique, génésique, sympathique, honorifique, etc.), et

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