‹ Introduction comptable à la science socialeChapitre 13 sur 48 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

la solution même de la question sociale qu'ils travailleraient. En effet, cette solution ne peut résulter que de la pratique de l’ordre, tandis que la pratique du désordre, — nous nous efflorçons de le démontrer, — conduit infailliblement à l'anarchie et aux conflits SOCIAUX.

Arrivons à l'État.

L'État, qui oblige les commerçants à faire un Inventaire et un Bilan annuels, ne fait lui-même ni Inventaire, mi Bilan. Sa comptabilité se résume à écrire ses dépenses et ses recettes administra tives, c’est-à-dire à tenir cette sorte de livre de cuisinière qu'on appelle le Budget, dont la Balance finale ne nous apprend rien, &inon que les recettes ont dépassé les prévisions, ou ne les ont pas atteintes et que les dépenses votées ont été doctement ordonnancées, payées et contrôlées.

C’est tout. Où er est la fortune de la France ? S’accroît-elle Diminue-t elle? Que deviennent les divers éléments de l'actif social? Sont-ils bien entretenus ? Certains d’entre eux n ont-ils pas disparu ? On n’en sait rien. Des États voisins font leur Bilan annuel, la France persiste à ne pas faire le sien. On a prétendu que cela n’était pas utile et même que c'était impossible : la comptabilité ne pouvant, paraît-il, suivre la iortune d’un État comme elle le fait de celle des entreprises. Un grand comptable italien, Cerboni, a répondu, au nom de la comptabilité, en faisant le Bilan de L'État Italien. On en peut faire autant en France, avec ou sans Le secours de la Logismographie cerbonienne. C’est une question de méthode à élucider. La place nous manque ici. Nous le ferons ailleurs. Bornons-nous à observer qu’on ne saurait donner comme une bonne organisation comptable celle d’un État, tout à la fois administrateur, manufacturier, agriculteur, éleveur, entrepreneur de transports, marchand, instituteur, assureur, elc., qui fabrique, cultive, élève, transporte, instruit, assure, vend et achète, sans pouvoir dire le prix de revient de ce qu’il fabrique, de ce qu'il cultive, de ce qu’il vend, de ce qu'il élève, de ce qu'il construit, de ce qu’il transporte; sans pouvoir justifier de son Actii et de son Passif au moyen de comptes analytiques et d’un Bilan d'ensemble, synthèse de la Fortune publique.

Chaque année les manufactures de l’État, ses arsenaux, ses chantiers ses haras, ses écoles, ses musées, ses bibliothèques, etc.

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XVIIT INTRODUCTION

émargent au budget des ministères dont ils ressortissent. Les recettes et les dépenses des ministères et de leurs comptables sont minutieusement contrôlées par la Cour des Comptes, qui rend ses jugements à la suite d'examens scrupuleux. Voilà ce qu’on voit. Ce que l’on ne voit pas, c’est ce que deviennent les choses qui ont occasionné les dépenses.

Ün exemple, sur cent autres que nous pourrions citer : On achète chaque année de grosses quantités de tonnes d’acier pour fabriquer des canons ou pour blinder des cuirassés, etc., dans le courant de l’exercice. On paie cet acier au débit du budget de la Guerre ou de la Marine. Cette dépense est-elle un anéantissement de valeur, par exemple comme il en est de la solde de l’armée ? Nullement. La solde des soldats est une dépense non productive, si ce n’est d'ordre, de discipline, de tranquillité. Tantlis que l'achat de tonnes d'acier est une simple transformation de numéraire en matières premières de fabrication, lesquelles seront productives de canons, de cuirassés, etc. Eh bien, si l’État établissait une Comptabilité d'ensemble de son administration générale, composée de la comptabilité budgétaire, de la comptabilité de ses ministères et de celles de ses diverses entreprises industrielles, agricoles, Commerciales, etc., on retrouverait quelque part, dans un Chapitre quelconque, les matières achetées, entrées en magasin, utilisables. Et l'on pourrait apprendre ce que deviennent les Choses, à quoi sont employés les approvisionnements ; et l’on serait en possession de moyens de contrôle que nos députés n’ont pas actuellement. Le Bilan annuel de chaque arsenal montrerait la situation des magasins, l'emploi des matières, les dépenses de toutes sortes faites pour fondre des canons, pour construire des navires, dont le prix de revient pourrait être déterminé, comme on le fait, par exemple, aux Forges et Chantiers de la Méditerranée.

Au lieu de cela, rien. Rien que la dépense annuelle inscrite au Budget, votée par la Chambre, payée par le Trésor. Et c’est tout. Le contribuable ignore ce qui lui importe de connaître. Il ne pourrait faire le compte que de l’accumulation des dépenses annuelles portées au budget. Le reste demeure lettre close pour lui. Et ainsi de tous les achats d’approvisionnements portés en dépense au budget des divers ministères, que les Directeurs des divers services prennent soin de ne pas laisser diminuer l’année d'ensuite, pour ne pas voir amoindrir leur département. Nous le demandons, est-il un système plus ruineux ? Et ne comprend-on

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