Introduction generale a l'histoire de France
peuple, il y a mtérét et prulit à faire l'histoire et la description du sol qu'il habite ; car 1 liumme, iurmé du limon de la terre, garde toujours quelque chose de soù origine^ et les natious ciTaceiit bien tard, si elles le font jamais, la marque de leur berceau, A Pompéi, ' la cendre refroidie du Vésuve s'est moulée sur
un beau corps de femme, et la fragile image
subsiste après dix-huit siècles. Ainsi, les na-
1. Cette étude devait servir d'introductioa à une Histoire de France en dix ou douze volumes^ depuis bien longtemps préparée.
tiens prennent et conservent l'empreinte du sol qui les a portées.
On trouvera la moitié de l'histoire de TAngleterre bien certainement dans ce fait qu'elle est un bloc de fer et de houille au milieu de rOcéan : ile ignorée, perdue dans les brumes • de l'Occident et proie de tous les euvahisseurs, tant que Thomme, placé là aux derniers confins de la terre habitable, ne demanda au sol que les fruits nés à sa surface ; ile riche et puissante, le jour où de nouveaux continents, , trouvés derrière elle, firent de i'Ultima Thule le centre des deux mondes ; où l'industiie et le commerce eurent besoin d'un moteur que la houille donna, d'instruments ij[ue le fer fournit, de navires qu'elle abrita dans ses ports magnifiques, et qui furent la sauvegarde de son indépendance, sans pouvoir menacer jamais ses libertés.
Plus la nature des choses se laisse pénétrer, et plus l'homme reconnaît que, s'il est bien par l'intelligence le roi de la création; il n*est pas, comme il l'a cru longtemps, le centi'e nécessûre du monde, et que tout n'a pas été fait pour lui seul. L'univers a vécu sans l'homme
pendant «ne éternité; sur notre territoire, il n'est que le dei'uier venu. Des millions d'êtres y ont paru, y ont régné avant lui, et leurs dépouilles forment une partie de nos conti- , nents.
Un Français^ Georges Cuvier, a le premier fait sortir du gouffi*e des âges les innombrables tribus des êtres ensevelis, et contraint la mort à parler. De ses travaux, une science est née, qui depuis soixante ans a exploré les entrailles du globe d'un * regard de jour en jour plus affermi. Aujourd'hui, la terre a une histoire : la géologie Fa écrite d'une manière déjà certaine pour la plupart des faits généraux, et nous lisons ces grandes et terribles annales avec un étouuement mêlé d'admiration et d'effroi.
C'est cette vieille histoire du monde que je voudrais résumer en quelques ligneis, pour ce • qui regarde la formation géologique du sol qu^on appelle aujourd'hui la France.
. Notre terre est un astre éteint, qui, depuis des millions d'années, roule à travers l'espace dans la voie étoilée que le doigt du souverain organisateur des choses lui a tracée. Refroidie
à la surface, elle conserve à l'intérieur une
ItMupérature si élevée, que les matières les plus réfractaires y sont àTétat de fusion ignée. La partie solide qui uous sépare de cet océan de feu n'a pas plus de 20 a 30 kilomètres d'épaisseur, quand le diamètre de la sphère terrestre est de 1 2 000, de sorte qu'en plaçant sur nos globes ordinaires une simple feuille de papier, on y représenterait fort exactement l'épaisseur relative de nos continents. Qu'audessous de cette mince écorce*on conçoive un liquide enllanuné, cinq ou six l'ois plus pesant que Feau, et l'on comprendra que les moindres mouvements de l'océan intérieur aient cent fois déchiré sa fragile enveloppe.
Quelques anciens, frappés du phénomène des marées, regardaient l'Océan comme un gigantes(|ue aninial dont le flux et le reflux étaient la respiration puissante. Ce n'est pas l'Océan, c'est la terre même qui semble avoir vécu, qui du moins a passé par des révolutions auprès desquelles celles de nos empires no sont pas même jeux- d'enfants. Qu'est-ce que la plus vaste domination qui s'écroule, à côté d'un continent qui disparait, avec tous les êtres
placés à la surface? Et qu'est-cé qu'un peuple nouveau qui se fait place dans Thistoire à côté d'un monde qui s'élève au-dessus de l'abime^ se douue TOcéau pour ceinture, et de son sein, encore humide et bràlant, laisse échapper, avec une prodigue magnificence, tous les germes de vie ?
8 HISTOIRE DE lA FORMATION
Quand «t les ténèbres couvraient Tabime et que Tesprit de Dieu était porté sur les eaux, » le lien où fut plus tard la France était, comme le reste de noire globe, caché sous l'Océan.
D'abord surgirent du plus profond de la nuit des âgés et du sein des Ilots les micaschistes, les gneiss et certains granités de la Vendée, qu'on trouve à Beaupréau, Napoléon-Vendée, Belle-He-en-Mer et aux embouchures de la Vilaine et du filavet. Voilà la première terre de l'Europe et le conmiencement de notre .
France. Usés par le temps, ces rocs décharnés opposent encore vaiUamment leur front rugueux ^ux tempêtes qui les mutilent. A leur aspect triste et sombre, un poète dirait qu'ils portent le deuil des siècles et celui des mondes
que tant de fois ils ont vu rendtre et périr! • .
Au-dessus de la mer , dans le sein de laquelle se déposèrent plus tard les couches puissantes de la formation ardoisière, des gneiss et des schistes se montrèi*ent vers Brest, Falaise, Cherbourg, et, hors de France, dans le pays de Galles, la Suède, la Finlande et la Catalogne. Ce sont les terres les plus anciennement émergées eu Europe, après celles de la Vendée et de la Bretagne. Singulière coïncidence 1 celles de nos provinces qui put été le plus réfractaires à l'esprit moderne et qui ont le plus longtemps gardé le culte des vieilles choses sont elles-mêmes les plus vieilles terres de la France et du monde.
. Une commotion nouvelle amena à 'ia lumière tout le pays de Morlaix à Saiut-Pol, de Ploérmel à Binan et d'Avranches à Fougères. Le mouvement se prolonge cette fois dans ce qui sera le centre de la France : quelques granits et d'au très , roches cristallisées des terrains primaires y apparaissent ; ils constituent ce vaste plateau central qui restera découvert peudaut l'inunense période des'terrains secondaires, et
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où, après laformatioii des dép6ts de sédiments,
s'ouvriront des ceutaiues de cratères. Les couches schisteuses des Maures et de TEsterel, en Proveucc, sont de cet âge du monde.
Tournons encore un des feuillets de ee grand livre où la nature ne nous laisse plus lire qu'à demi effacées tant de ])ages qu'elle avait lentement tïcrites, et nous voyons monter au-dessus de Tabime le Morbihan, le pays qui porte aujourd'hui Tulle, Nontron, Espaiion et Castres. L'Océan primordial reculait devant ces rocs, les premiers-nés de notre monde, et ses vagues, qui jusqu'alors avaient librement couru à la surface d'une mer sans limite, se brisaient avec fureur contre un obstacle nouveau. Ces terres ne formaient, eu France, que deux grandes iles s'étendaiit à peu près de Brest à Poitiers et depuis Limoges jusqu'à . Toulon et vers Inspruck. C'est l'époque que les géologues ont appelée silurienne '. La lumière se jouant déjà, à travers latmosphère épurée, dans les flots de cette mer primitive, y éveillait la vie. Le règne végétal n'y était
1. Du nom du pays des Silures, ancien peuple de la principauté de Galles, où cette formation fut d'abord étudiée.
encore représenté que par des algues marines,
mais les eaux se peuplaicut de crustacés qu'un a nommés trilobitesS de quelques poissons; de diverses sortes de térébratules, ou d'autres genres de brachiopodes, et de polypiers^ dont les débris se reti'ouvent aujourd'hui dans les roches puissantes que les mers de cet âge tenaient en dissolution.
Les Grecs ne se trompaient donc pas quand ils faisaient sortir de l'onde amère la puissance' productive de la nature; mais c'était Vénus que leur imagination gracieuse voyait naître de l'écume de l'Océan.
1. Grustacé' divisé en trois lobes et articulé comme les cloportes et les lîmules, d'une organisation très-compliquée, qui a pu être étudiée par M. Barrande sur des centaines d'espèces et des mUliers d'individus des terrains palëozoiques de Bohème.
Cependant la créaliou conliuue. Le globe, en se refroidissant, se contracte et, sur cêr^ tains points, se brise. Des parties Je l'écorce solide se dépriment, d'autres se relèvent. La • * . Bretagne se soude par le nord à l'Angleterre et tend par Test à rejoindre le plateau de la France centrale qui se prolonge jusque dans le Roussillon. Le terrain ardoisier des Ardennesj où l'on vient eulin de rencontrer des fossiles, TEiffel et le Hundsruck sur les bords du Rhin sortent des eaux. Nous sonuaes dans . l'époque dévonienne *.
En même temps que la vie se montre, la mort et la destruction arrivent. La famille des
1. Ainsi nommée do comté angkis de Devonshire, où les formations de ce temps se retrouvent en abondance.
trilobites disparait peu à peu et les céphalopodes du genre des orthocératites ne leur survivront que d'un âge du monde. Mais on voit pulluler les ammonites, dont . la configuratioli rappelle celle des cornes de bélier que portait chez les anciens la figure de Jupiter-Ammon, ou plutôt d'autres céphalopodes de genres un peu différents et propres à cette période, tels que les orthoeerès * ; les encrines se multiplient avec une telle fécondité que leurs débris composent les marbres de la Belgique et de la Flandre, si employés à Paris, principalement le Saint-Anne à fond gris et veines blanches, et d'autres à foad brun et rouge ou bleuâtre.
La vie s'élève d'un degré, les êtres se perfectionnent ou, ce qui est plus vrai, se compliquent; car les premiers -nés du monde
étaient, pour l'existence qui leur avait été donnée, aussi parfaits d'organisation que les derniers venus. Mais des organes nouveaux s'ajoutent aux organes anciens; les facultés se multiplient, et des formes jus(}ue-là incon-
1 . Les ammonites proprement dites ne paraissent qu'après le terrain carbonifère.
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nues upparuisseut. Aussi de puissants vertébrés errent maintenant au milieu des zoophytes, des mollusques, des crustacés, des aunélides, dont ils font leur proie : ce sont les poissons sauroides et ceux de la famille des squales, hôtes nouveaux et terribles de rOcéan, bien difl'éreuts cepeudaut des animaux de la même espèce, les requins , qui l'habitent de nos jours.
Alors aussiy un autre règne de la vie commence ou du moins sort des eaux j)our prendre possession des iles que ia mer abandonne. La
terre se déeore d'une parure (Qu'elle n'avait pas connue. Une riche végétation la couvre ; simple dans sa composition, cai* ce ne sont encore que des plantes dépourvues de vraies fleurs, mais grandiose dans la forme : ses (l<'l)ris couiposeiiL sous les eaux les couches d'anthracite que nu lis exploitons aujourd'hui le long de la Loire et du canal de Brest; dans la Mayenne ^ la Sartlic et la Belgique.
Dans la période houillère, les Vosges méridionales et une partie des Cévennes se monti*ent, émergeant à leur suite le terrain qui s'étend entre elles; les Pyrénées commencent, et au
sud-est de Toulon ùu coutinent se prononce jusqu'à riie de Corse, au travers de ce.qui sera la Méditerranée. Comme la Bretagne s'était, dans la période précédente, soudée à TAngleterre, dans celle-ci la Belgique s'y l'attacha. * Alors un grand lac s'étendit de Langres à Greenwich. Le lieu où Paris s'élève était à peu près au milieu de cette mer intérieure.
Sous Faction d'une chaude température, qui était presque uniforme d'un pôle à l'autre, grâce à la température même de là terre, voisine encore de son état primitif, il s'était développé une végétation vigourëiise de presles, trente fois plus grosses que celles de nos jours, de fougères arborescentes dont on a compté plus de deux cents espèces dans les houillères, et de lycopodes, végétaux aujourd'hui si humbles dans nos climats, mais qu'on retrouve avec de plus grandes dimensions dans les îles du Pacifique. Nos roseaux les plus élancés n'ont pas deux inètres de hauteur. VArunSo donax et VA. Mauritanica atteignent dans le midi près de quatre mètres; ceux de cet âge pointaient à quatre-vingts pieds dans les airs leur élégant panache de verdure.
16 HISTOIRE DE lA FORMATION
. Tous ces végétaux étaient stériles dans leur
prodigieuse abondance, je veux dite qu'on n'a rien trouvé encore, pour ces époques reculées, qui annonce l'existence de céréales, dt? tuber- * cules farineux ou de finiits comestibles. Mais s'ils ne furent pas utiles alors à la vie, ils le . sont aujourd'hui : leurs débris ont formé nos dépôts bouillers. Ou a calculé qu'il faudrait, dans les conditions actuelles, cent vingt-deux mille quuti'e cents aiiiu es pour accumuler vingt mètres de charbon de terre. Combien en a-t-ii fallu pour produire ces mines inépuisables qui sont la vraie richesse de la Belgique et de l'Angleterre, d'une partie de la France et du nord de L'Espagne? Ce terrain, en'Eùrope, est particulier à la région occidentale. L'Allemagne et la Russie en ont peu, la Norvège, la Suède, la Grèce, l'Italie, n'en ont point. En France, malheureusement, il n'occupe qu'un deux-centième de la surface, tandis qu'il en couvre en Belgique un vingt-quatrième, et en Angleterre un vingtième. Dans le nord de cette île, les couches de combustible sont au nombre de vingt à trente, et, réunies, formeraient une masse oom*
pacte dont l'épaisseur dépasserait vingt-cinq mètres.
Dans les dépôts liouillers et lacustres de cette période se montrent déjà des insectes de divers ordi'es très-semblables à ceux de l'époque actuelle , et dés reptiles, des poissons tels que l'archégosaurus de Saarbruck, et le dendrerpeton de la Nouvelle-Ëcosse.
Le temps est uue immeusité où chacune de ces révolutions antiques a laissé un témoin qui ne nous sert pas à en mesurer rétendue, mais nous en fait comprendre l'insondable profondeur. Laissons donc passer quelques milliers de siècles, explorons encore la eréte et les flancs de nos montagnes, ou descendons dans ^ les abîmes que le mineur a creusés jusque sous la mer, et, à la. lueux' tremblante des feux qu'il allume, nous découvrirons autour de nous d'autres créations ensevelies que les rayons du soleil ont autrefois animées et que le regard de rhomme n'a jamais contemplées vivantes.
Nous voilà au temps où s'est formé, pendant uue très-longue période de calme, le grand dépôt calcaire jurassique qui a donné à cette
France des anciens jours une conformation nouvelle, et qui occupe une partie considérable de la surface de la terre émergée*. Les deux grandes îles signalées tout à l'heure sont coupées, l'une en deux morceaux, l'autre en trois. La Bretagne tient encore à FAngleterre, mais la Belgique nV tient plus. Pendant que les Vosges se complétaient, le sol s'est effondré du coté de Poitiers et de Lyon. Le terrain qui avait marqué la place des Alpes a disparu, et une grande mer, qui s'étend de Napies àLiverpooI et de Metz à Bordeaux, bat de ses vagues les roches primitives.
De cette époque datent les immenses dépôts salins de la Lorraine^ ceux qui donnent naissance aux sources salifères du Jura, la pierre lithographique et les autres couches calcaires et argileuses qui renferment souvent "une immense quantité de débris de reptiles, l'oxyde
1. J'omets, flans cette ra^lîde énura^ration, le trias qui, de môme que le terrain perméen, se place, par sa faune et sa flore, entre les terrains paléozoïques plus anciens et les terrains jurassiques plus récents, et qui est caractérisé par le grès des Vosges, où l'on a retrouvé des empreintes de pas d'oiseaux : le labyrinthodoii ou crapaud gigantesque appartient au trias.
SO HISTOIRE m LÀ FORMATION
de maugauèse de la Bourgogne et duPérigord, roxyde vertdechromedes environs d'Autun, les minerais de plomb de TAveyron et du Lot, des dépôts de fer oolitique que Ton exploite dans la Bourgogne, la Frauclie-Comlé et la Lorraine.
Les fers de la Champagne sont de r(-[>ni|ue sui* vante; les minerais de plomb de la Lozère d'une époque antérieure. Le lias, qui forme la partie la plus ancienne du terrain jurassique, est très-riche en fossiles, et c'est de ce calcaire ([ue l'industrie hiiiiiaine a su tirer la chaux hydraulique , la plus tenace qui soit au monde.
Cette mer, devenue une des puissantes assises de la terre, renferme d'innombrables vestiges qui, selon la belle image de Geoffroy Saint-Hiluire, éternisent dans la mort les formes de la vie. Dans ses eaux erraient d'énormes
tortues, d'immenses sauriens, à demi poissons, à demi lézards. C'étaient llchthyosaure, dont plusieurs espèces dépassent 1 0 mètres, et cpii avait le museau d'une tortue, la téte d'un lézard, cent quatre-vingts dents coniques et acérées, les vertèbres d'un poisson, les nageoires d'une baleine et la queue puissante des
grands cétacés * ; le plésiosaure au long col terminé par une tête dont la forme extérieure rappelle celle du crocodile, et dont le corps était armé de quatie pattes -nageoires qui battaient l'eau comme les pagayes d'une pirogue. Sa longueur, de 13 mètres', était surpassée par celle du megalosaure, qui tenait à la fois du crocodile et du lacertien que nous nommons mpnitpr; il atteignait jusqu'à 20 mètres de long. Le ptérodactyle, ou saurien volant, chauve-souris gigantesque, au bec énorme, nageait, volait, rampait, et allait saisir sur le. sol les premiers insectes et quelques mammifères imparfaits, surtout de la classe des marsupiaux, par lesquels commençait la population animale des terres émergées, et qu'aujourd'hui on ne trouve plus qu'aux antipodes de la France, dans TAustraUe*. Mais cet