Mais verticale au lieu d'être horizontale comme celle
des cétacés.
2. C'étaient les plus grands; il y avait des plésiosaures qui ne dépassaient pas deux à trois mètres.
3. C'est à Stonesfield (comté d'Oxford), dans le calcaire oolitique inférieur qu'on a trouvé, en 1818, les premiers mammifères connus dans lesterrams secondaires; d'autres, en 1847, dans le trias supérieur de Stuttgart. De 1854 à J8Ô7, six espèces de petits mammileres^ la. plupart mar-
SS HISTOIRE DE lA FORMATION
étrange oiseau , qui semble l'original des dragons fabuleux du moyen âge, était lui-même la proie des plésiosaures. On a' retrouvé ses débris dans leurs déjections pétiifiées [copro^ lahes)y qui cependant contiennent surtout des débris de poissons.
Les poissons sauroides de Fftge précédent ont disparu comme lesfougères arborescentes.
Les conifères (arbres verts et résineux) dominent, surtout les pins araucriens, hauts de 17 mètreSy dont les congénères ne se retrouvent plus qu'au Chili. Les cycadées, si peu répandues dans le monde actuel, se montrent en abondance. La température du continent européen était alors celle des régions intertropicales d'aujourd'hui. Comme dans les montagnes de réquateur, on passe par tous les climats en s'élevant de la base à la cime,
supiaux, ont été reconnus dans la partie supérieure du terrain jurassique (calcaire de Purbeck). C'est dans un terrain infiniment plus nouveau, après la longue période cn'tacée, qu'on a rencontré deux petites espèces de ces didelphes ou animaux à lioui ses, dans le ^ypse de Montmartre, à Paris. Le premier oiseau connu avant les terrains tertiaires, l'archéo})teryx, a été trouvé dans le calcaire jurassi^e moyen . de Soleuhofen, en Bavière.
on les retrouve tous en descendant dans ces
archives de la France antiHliluvieuiie que la géologie interprète. Un débris de cette époque rappelle les poches d'encre de la seiche commune. La sepia qu'on en a tirée est aussi bonne que celle de la seiche , et on a fait des lavis avec le résidu d'un être qui vivait il y a cent ou deux cent mille ems. Pour qu'il en soit ainsi, pour que la légère membrane qui renfermait l'encre n'eût p«LS été délruiU^ par les agents extérieurs , il a fallu que Tanimal ait été subitement enfoui dans les sédiments qui le gardent encore. 11 semble, en effets que les sauriens et les céphalopodes de cette époque ont été tués par une révolution soudaine.
« Rarement, dit le docteur Ruckland, on rencontre un seul oSy une seule écaille dérangés de la place qu'ils occupaient du vivant de l'animal. Il n'en serait pas de même si les corps de ces êtres étaient restés exposés seulement pendant quelques heures, soit à la putréfaction, soit à la voracité des poissons ou d'autres petits animaux dans le fond de la mer. » £t nonseulement les squelettes d'ichtbyosanres sont entiers, mais on retrouve encore dans leur es-
tomac les aliments dont ils se nourrissaient. On
a pu reconnaître et reconstruire des poissons qui leur avaient servi de pâture.
Quand la Gôte-d'Or apparut, le tracé de la France changea encore. Les deux isthmes de Poitiers et de Lyou, coupés dans la période précédente, furent refermés par un nouvel* exhaussement du sol, et un détroit s'ouvrit entre Rayonne et Perpignan par la formation d'une île au lieu où seront les Pyrénées; un antre s'étendit, comme un long canal, d'Avignon à Munich, à travers toute la Suisse, entre une lie qui marqua la place future des Alpes calcaires et le plateau centi'al qui s'était soudé à la Côte-d'Or, au Jura, aux Vosges et à la Forêt-Noire.
La vie organique se développait. La terre avait bien le printemps perpétuel, mais ses habitants n'avaient pas les mœurs pacifiques de cet âge d'or rêvé par les poètes, qui est devant nous et non derrière. Dans TOcéan, qui recouvrait nos |)rovinces submergées, habitaient des squales qui avaient de 20 à 25 mètres de longueur, et dont la gueule s'ouvrait de 3 mètres, monii>aut de formidables dents
de i2 centimètres de hauteur. Que d'êtres ont
été décliirés et broyés par ces terribles destructeurs I Ainsi, les squales, ou requins gautesques de la mer crétacée, remplaçaient les sauriens nageurs, de l'époque jurassique, comme ceux-ci avaient pris la place des poissons sauroîdes du terrain carbonifère. Les descendants de ces squak^s vivent encore dans nos mers, mais leur taille s'est réduite de moitié, comme si la nature avait porté sur d'autres êtres son énergie et ses forces.
Le terrain crétacé a du se déposer, comme le terrain jurassique, au fond d'une mer, dont aucune catastrophe n'a, peudaut des milliers d'années, bouleversé le lit. Cette mer renfermait des myriades infinies d'animaux microscopiques, dont les débris ont donné en partie naissaAce à la craie. En quel nombre devaieutils être, puisqu'un pouce cube de craie, pris en certains points, renferme 10 millions de leurs coquilles, et que le terrain crétacé est, par son épaisseur et par son étendue, une des plus puissantes formations géologiques du globe I
Les sondages récemment exécutés pour la
86 mSTOIEE DE LÂ FORMATION
pose du câble transatlantique ont montré que le fond de la mer^ entie l'Irlande et Terre- Neuve, à 3900 mètres au-dessous de la surface de rOcéan, est une plaine immense composée de débris d'animaux microscopiques, qui naissent en multitudes innombrables dans les eaux chaudes des tropiques, et dont les courants amènent au nord de TAtlantique les délicates et indestructibles carapaces. Ainsi les phénomènes anciens continuent. Aujourd'hui, comme autrefois, les infiniment petits construisent des masses colossales, et peut-être des. continents futurs \
Sur nos terres émergées à cette époque, rampaient des crocodiles dont on a trouvé les ossements dans un banc de marne bleuâtre, .
sous les falaises de Honfleur, et des sauriens gigantesques, tels que le monstrueux iguanodon, reptile herbivore, long d'au moins 30 mètres et gros de 5, qui semble être Taleul des
I . Une partie du sol des environs de Paris est aussi formée de dépouilles des foramioiferes. D*Orbigny, qui les a soigneusement étudiées, acompte, sur quelques points, dans trois grammes de sables et de calcaires manns, 480 000 de leurs, coquilles.
iguanes d'Amérique. Les reptiles étaient alors
les rois de la création terrestre*, car chaque époque paraît avoir eu son espèce dominante qui, après avoir été rexpressioii la plus haute de la vie animale, retombait dans l'étemelle nuit.
Les conifères de cette époqiue ont formé les
grands dépôts de li fuites d'Orthès, dans les Landes, et de Saint-Girons dans TAriége.
1. Il vaudrait mifiiix dire : continuaient d'être les rois de la création terrestre, car le crocodile de Honileur appartient au terrain j urassique.
L'apparition des Pyrén<^os, qui portèrent sur leur cime, jusqu'à 3300 mètres dans les cieux, des débris d'animaux marins, n'ébranla pas seulement la France, mais le monde entier.
La plus grande partie du continent européen fut alors élevée au-nlessus des eaux, et la mer ne forma plus, sur notre sol, que deux bassins peu éleudus, l'un entre Paris, le cap Lizard, Cambridge et Maëstrîcbt, l'autre entre Bordeaux et Dax. Ces mers étaient si peuplées, que, dans le bassin de Paris, on a compté plus de 2000 espèces de mollusques, quand la Méditerranée tout entière n'en renferme aujourd'liui que 600/ Dans ces eaux tranquilles
1. En creusant, il y a soixante-dix ans, rue Daupliino, à Paris, les fondations d'une maison, on trouva des débris de
DU âÛL FHAJMÇAIS
se déposèrent l'argile plastique de Vanves, dlssy et de Mendon d'où Ton extrait Valumi^ nlum^ celui de Moiitereau et de Dreux, qui sert à la fabrication des poteries fines; le calcaire siliceux de la Brie, dont ou fait les meules de moulins; la meulière et le gypse des environs de Paris, qui l'ouriiit le m eilleui* plâtre 4ii monde; enfin, Fargile de Londres.
De ces deux capitales du monde moderne.
Tune n'a pu tirer de son sol que des briques, qui pflrent peu de ressourcgs à rarchitecture ; l'autre y a trouvé les meilleurs matériaux poiu* tous les genres de construction. Toutes deux doivent leur caractère, là triste et sombre, ici
baleine à yingt-oiiuj mètres au-dessus du lÛTeau actuel de l'Océan ; dans un terrain de transport beaucoup plus récent
par conséquent que le gypse de la butte Montmartre. Les débris granitiques et porphyriques qu'on trouve à Paris, dans les alluvions anciennes de Boulogne et de Neuilly, sont venus des Vosges et surtout du Morvan. Du reste, chacun des étages parisiens est caractérisé par des mammifères et des oiseaux différents. Ainsi, l'argile plastiqiie par le coryphodon, pachyderme de grande taille, et par le gastornis, oiseau gigantesque; le calcaire grossier par le lophiodon et par le propaléotheriuin, précurseur des paléotheriums. Dans le gypse, par le paléotherium et l'anoplotherium de taifieet d'espèces diverses dout Guviera restitué le squelette et dont M. Desnoyers arécemmeut retrouvé de nombreuses traces de pas sur les lits de plâtre encore mou.
yar'iéy joyeux et splendide, à la terre qui les porte.
La vie animale lui renouvelée, comme la vie végétale. Le règne des reptiles gigantesques fiui, celui des animaux à mamelles, des manimifères herbivores , commença^ et les oiseaux prenaient en foule possession de l'air, abandonné par le dragon volant, le ptérodactyle. Des pachydermes, le paléotherium et l'anoplotherium, trouvés par Cuvier et Bronf2:ni{irt dans le gypse de lu butte Montmartre, à Paris, rappellent les rhinocéros et les tapirs. Le premier avait la ttiille d'un cheval, le second celle d'un âne. Quelques carnassiers du genre chien existaient. Les conilëres se iiiul— tipUent, les dicotylédones se montrent*; la différence des climats se marque ; la France a la température moyenne de la basse Ëgypte, et les coquillages de ses mers sont déjà pour trois centièmes identiques à ceux des mers actuelles.
I . Les plantes dicotylédonëes , c'est-à-dire dont la semence est à dçuz lobes ou cotylédons, ont ^ënéi^alement le tronc formé de couches concentriques. Cette grande division du règne végétal renferme les quatre cinquièmes des plantes qui vivent aujourd'hui à la surface du globe.
DU SOL FHAI\ÇAii>. 31
L'époque du soulèvement de la Corse, postérieur à celui des Pyrénées, vit s'affaisser audessous des eaux la Touraine, une partie de l'Auvergne, toute la vallée du Rhône, et la mer se rouvrit une route entre les roches primitives du Poitou et du Limousin, pour rejoindre, par un étroit canal, la mer de Gascogne, qui s'étendait de Bayonne à Perpignan, et communiquait à un autre lac allongé de Marseille à Langres. D'autres points, au contraire, se relèvent. L'emplacement de Bordeaux et celui de Paris sont enfin mis à sec, après être restés sous les eaux depuis le commencement de ces grandes catastrophes. Le sol de Londres apparedt en même temps.
La preuve de ces révolutions est écrite dans les roches de ces contrées. Âu-dessus de terrains renfermant des végétaux et des animaux terrestres, on a trouvé des débris 'd'animaux marins. Nous avons même, dans l'époque actuelle, un exemple certain de l'abaissement et du relèvement d'un , terrain : le9 colonnes du timiple de Sérapis, en Italie, ont été tour à tour hors de l'eau, sous l'eau jusqu'à moitié de leur hauteur, où Ton* voit les mille trous
32 HllSTUiKE DE LA FORMATION
que les lithophages marins y ont creusés, et encore une fois au-dessus de la mer.
A cette époqiu', que les géologues ont appelée terrain de la molasse, du nom d'un grès fin, plus ou moins arg;ileux et calcaire, se sont l'ormés, au-<lessus des terrains tertiaires inférieurs, les grès de Fontainebleau, qui ont servi au pavage de Paris, et les minerais de fer du Berry, du Nivernais, de TAngoumois et du Périgord. Des palmiers, tiouvés dans les piatrières d'Aix, en Provence, dahs le bassin de Paris et près de Soissons, dans l'argile plastique, où un d'eux mesurait 1",30 de circonférence, prouvent que la France avait encore la température africaine. Mais la végétation se composait surtout de conifères; ce sont du moins leurs débris qu'on trouve le plus souvent dans les lignites du Languedoc et de la Provence, qui datent de ce temps. Cependant, on y rencontre déjà des végétaux plus complets, des dicotylédones, comme le noyer, l'érable, l'orme, le bouleau. Ainsi, à Salins, à Poligny, dans le Jura, on a découvert des noyers avec leurs fruits. Sur les montagnes de Lans, en Dauphiné, sont enfouis des troncs
demélèze^ de bouleau , et de tremble fossiles,
à SO mètres au-dessus de la région des bois actuels, et on en a retiré, en Auvergne, de dessous les coulées de lave qui ont anéanti ces forêts antédiluviennes.
Nos mers étaient encore si peuplées, que les sables calcaires dn vallon de Grignon, à quelques lieues de Paris, renferment près de 600 espèces différentes de coquillages, et que les roches qui s'étendent de Cliateau-Thierry à Meulan, sur un espace de SIS lieues, en sont pleines. Dans les carrières du seul départe— ment du Calvados, on a reconnu plus de 900 espèces de coquilles, et une population prodi- ^euse de mollusques a dû ^ vivre au bas de Montmirail : on laboure aujourd'hui sur leurs débris. Ëa Touraine, un banc de marne de 9 lieues carrées de surface est uniquement composé de coquillages marins, mis mélange de sable ni de terre, et ces restes animalisés servent d'engrais : c'est le falan ^ Dans les
1. M. Desnoyers a découvert, dans les falunières de la Touraine, des débris de dinotheriuma , de rhinocéros, d'hippopotames et de mastodontes. 11 a reconnu que les mêmes déhris de grands mammifères se trouvent dans des
Pyrén^eSy quelques-uns de ces champs de mort
sont encore fétides.
l.es pierres calcaires dont nos maisons sont faitesj les marbres qui décorent nos appartements^ les marnes qui amendent nos champs»
tout est plein de débris (^ui ont vécu. Dans le beau marbre rouge appelé griotte , dans le iiiai'bre vert de Campan, les taches blanches d'un si joli effet, qui ont la forme d'amandes, proviennent d'un coquillage, le nautile, dont la substance calcaire s'est cristallisée au milieu d'un schiste rouge ou vert. Les nautiles ont dû abonder au pied des Panées, car les marbres de ces vallées en sont pleins. Le lumachelle^ de Normandie est entièrement com* posé de coquilles du genre gry|)hée, unies par un ciment calcaire. Un chambranle de che-
graviers fluviatiles recouvrant en partie les plateaux de l'Orléanais, où les ont déposés les fleuves puissants qui toansportaient les débris des animaux terrestres jusqu'aux rivages de la mer des faluns.£ii Angleterre et en Belgique, on 86 sert, comme en Touraine, de œs coquilles fossiles pour engrais.
l.De ritalien ItmutchfiUa, limaçon, à cause des coquilles qnî composent cp marhrp, ft que l'oxyde de fer colore. Je n'ai pas besoin de dire que les faits cités dans ce résumé ne sont plus rangés dans l'ordre chronologique.
minée en marbre noirâtre de Bourgogne est quelquefois tout un musée. Dans ramas, de sable marin qui eonstittie le fond de la pierre, ou voit courir les veines de liquides épais qui Font traversé. Regardez de plus près, et vous recounaiti'ez dans ce sable une. foule d'animaux ensevelis péle-méle, des coquillages de diverses formes, un insecte rompu en deux> un fragment d'étoile de mer, un ver tordu par le poids des matières qui le pressaient. Avant l'existence des grands continents, ce petit monde se mouvait librement dans un océan
immense; aujourd'hui, il aide la race intelligente dont le globe est devenu le domaine à reconnaître les antiques bouleversements.
La* ressemblance entre Ips babitants des mers de cette époque et ceux des mers actuelles s'augmentait. Les dix-buit centièmes des espèces coquillières de ce temps vivent encore. Quelques-unes, de l'âge précédent, avaient péri sans retour, comme lë ctrithium giganteum^ long de 7 décimètres; les bélemnites, avec leur cône allongé parfois de plus d'un mètre, qui avaient paru pour la première fois dans le lias, ot qui disparaissent pour tou-
jours après la craie; enfin les ammonites, qui
étaient en tel nombre, que, du côté de Caen, de Langres et d'Autun, on ferre les chemins avec leurs coquilles, dont les dimensions varient depuis la surface d'une petite pièce de monnaie jusqu'à celle d'une roue de charrue, ou même de voiture, ce qui suppose que ranimai déplié avait 8 mètres de long.
Si des espèces sont anéanties, d'autres sont créées, qui se ti'ouvent plus en rapport avec
. l'état nouveau des choses et les conditions ph;siques du milieu qu'elles devaient habiter.
. Ainsi, les mammifères se multiplient à ce point, que près de Dijon, à Perrigny, une galerie qu'on perça dans un monticule, pour le passage du chemin de fer, laissa voir un amas prodigieux d'ossements d'animaux de cet ordre, et que, de 1820 à 1833, les pêcheurs du comté de Norfolk, en face de Dunkerque, ont, en draguant des huîtres, retiré de la mer 2000 dents molaires et d'autres débris ayant appartenu au moins à 500 mammouths. Passy, Auteuil, étaient peuplés de lopbiodons, mammifères aux énormes mâchoires, et le géant de la famille des éléphants, le mastodonte, dont
les défenses avaient plus de 8 mètres, errait dans le Loiret, le Gers, la Bresse et vei'S les Bouches-du-Rhône; ses ossements, pénétrés^ dans quelque ^semeuts, par des sels de cuivre, s'y sont transformés en turquoises.
Le dinotlierium giganteurriy aiiimsil voisin du tapir, mais qui avait 6 mètres de long; des éléphants monstrueux, qui, d'après une tête découverte dans le département de l'Hérault, devaient avoir 6 à 8 mètres de haut, c'est-àdire le double des plus grands éléphants d'Asie; enfin, les rhinocéros, les hippopotames, les cast<»*s, les écureuils, les grands carnassiers, des ours gigantesques de la taille de nos chevaux, peuplaient nos forêts et nos fleuves, et animaient la solitude de leurs passions et de leurs colères. Un castor plus grand que les nôtres construisait les premières cités, et la nature faisait avec le singe, dont les débris ont été reconnus dans le Gers, comme une première et grossière ébauclie de Thomme. C'est un signe qui nous annonce Tapproche de la création dernière ou de la dernière transfert mation des choses.
Deux catastrophes nous en séparent encore : . le soulèvement des Alpes oceidendalesy qui déplaça de nouveau les limites de nos mers, et celui des grandies Alpes, depuis le Valais jusques en Autriche, qui fit sentir sou action bien au delà 4e rËurope et dessina la France dans son relief actuel.
C'est alors que le confinent qui s'étendait entre Marseille et la Corse s'abîma, que le détroit de Gibraltar s'ouvrit, et que le pont jeté entre la France et l'Angleterre s'abaissant de plus de 100 mètres, laissa la Manche prendre possession du domaine qu'elle garde encore.
Ici s'arrêtent les grandes périodes géologi* ques. La science les a si patiemment iuterrogées, qu'au lieu d'un millier d'espèces fossiles.
connues au commencement de ce siècle, il y eu avaity eu 1855> plus de 32 OÛO, réparties dans yingir-cinq à trente époques distinctes de formation y qui avaient pu être énumérées arec certitude, comparées avec précision, soit entre elles, soit aux êtres vivants * .
L'apparition des Alpes termine la série des grandes révolutions de notre continent. Mais pour rendre compte des dépôts modernes qu'on a appelés le terrain diluvien, des cavernes à ossements et des blocs erratiques, fragments de rocher aux vives arêtes qu'on rencontre avec étonnement bien loin de leur lieu d'origine, on a cru que notre hémisphère avait passé parune période de refroidissement, due peu1>-étre à l'abaissement des régions septentrionales au-dessous de FOcéan polaire, et durant laquelle une mer incessamment parcourue par des montagnes dé glace s'est étendue du pôle jusqu'au milieu de la Russie, de TAllemagne, de TAngleterreetde la France.
C'est alors que les glaciers alpestres comblant la Suisse, ont apporté jusque sur le sommet du
1 . Quant aux espèces actoeUement Vivantes, on en connaît plus de 2ô0 000 dans chax^un des deux règnes organisés.
Jura des blocs énormes détachés des Alpes centrales La température s'étaut ensuite x^e*^ levée avec le continent, ces glaciers se sont réduits à leurs proportions actuelles, eu produisant par la fonte de leur glace les immenses courants dont les dévastations et les dépôts sont encore reconnaissables dans toutes nos grandes vallées. Alors les Heuves grossis descendirent avec impétuosité dans le lit que les déchirements du sol leur avaient creusé. Le Rhin se précipita à travers un large effondrement du massif qui unissait auparavant les Vosges et la Forét-Noire. La Durance arracha aux ûancs des Alpes occidentales Tamas de cailloux roulés qui recouvre èncore la C^aii, et le Rhône jeta à la mer les immenses alluvions que la Méditerranée déposa le long des côtes du Languedoc, de manière à en combler toutes les échancrures et à ensabler les 'em-,
1 . Un de 068 blocs erratiques, célèbre sous le nom de Pierre-à«Bot, est posé sur le versant oriental du Jura,
mètres de hauteur; U n'a pas moins de 12 mètres de diamètre. Descendue des grandes Alpes, eette masse de granit a dû traverser une des yaUées les plus profondes et les plus larges du monde, et franohir un espace de 80 kilomètres pour venir se placer sur une montagne calcaire.
Digitiz
bouchures des rivières, d'où est résultée Té- ' trangc coiiformaUou de ce littoral
Depuis cette grande catastrophe, le climat de TEurope changea; les éléphants, les rhinocéros, lès panthères, les jaguars qui y étaient nés dans la période précédente, périrent ; le règne de la nature africaine cessa : enfin l'homme parut « et Dieu se reposa. »
I. Un seul géologue, M. Lund, a exploré en Amérique 800 cavernes à ossements fossiles. £n France, le département du Gers renferme nn immense obamîer fossile, le dëp6t de Sansan, où M. Lartet a découvert plus de six mille débris d'animaux divers appartenant quatre-vingt-dixbnit espèces de mammifères et de reptiles. Il y a en France beaucoup de cavernes ossifères, et on en découvre fréquemment de nouvelles. Une des plus importantes est celle de Lunel-Yîeily à 12 kilomètres de Montpellier. EUe présente trois longues chambres ou enceintes successives, dont les deux dernières ont été visitées pour la première fois en 1884 et 18S7. On y a trouvé trente espèces de quadrupèdes, tels que lions, tigres, rhinocéros, chevaux, . . cerfs, castors, chiens, hyènes. Une tête d'hyène avait encore le trou dcatrisé qu'y avait fait la dent d'un animal plus fort. On y a trouvé aussi des restes d'oiseaux, de reptàes, de poissons, des cqquilles marines et mille autres, le tout dans le plus étrange pèle-mêle. Une carapace de tortue reposait snr l'omoplate d'un rhinocéros, un os d'hyène était enfoncé dans le gros os d'un ruminant, preuve que de grandes eaux avaient roulé ces débris et les avaient accumulés dans ces cavernes. Une autre fort riche vient d'être découverte à Bruniquel, près de Montauban.
48 HISTOIRE m LA FORMATION .
Mais comment marquer Theare solennelle
qui vit le dernier-né du grand ordonnateur des choses prendre enfin possession de la vie et de la terre où, à son tour, il allait être roi. Dans lès cavernes qui renferment des ossements fossiles, on a reconnu, à côté de débris d'animaux d'espèces éteintes, destracesévidentes de la présence de Thomme, Des armes, des ustensiles en pierre ou en os travaillés par tinê main intelligente, même des dessins tracés sur des os plats de rennes et une mâchoire d*homme, ont été trouvés dans des terrains et au milieu de débris qui n'appartiennent pas H l'époque géologique actuelle. 11 eu ' faudrait conclure que l'homme est apparu sur la terre avant les convulsions qui eu ont une dernière fois modifié la surface, ce qui rentrerait, du reste, dans la loi générale qui, le plus souvent, a fait arriver à la vie des espèces nouvelles avant la complète destruction des anciennes espèces *.
1 . Jé n'ai nalle autorité en ces questions ; je raconte et ne dëeide pas. Aussi je me borae à citer les conclusions d'une note lue à l'Académie des. sciences, le S juin 4863, par M. Desnoyers :
< Des ossements fossiles d'eUphas mmdkmalis, de rhi-
Mais c'est on Orient que rhomme, du moius celui de l'histoire, se montra d'abord , et il se passa bien des siècles avant qu'il eut fait le grand voyage qui sépare son berceau asiatique de la France. En l'attendant, notre sol se couvrait d'immenses forêts, et, sur certains points, était encore agité, par les feux intérieurs, de mouvements cqpvulsifs. C'est, en effet, trèsprobablement depuis le dernier cataclysme que se sont ouverts les trois cents volcans de TAuvergne , du Velay et du Vivarais , lesquels ont vomi de teUes quantités de matières fon-
meerog kptarfUmSf à'Mppopoiamw majoty de' planeurs grands et petits cerfs, de plusieurs espaces de bœufs, et d'autres espèces de mammifères considérées conime caractéristiques des terrains tertiaires supérieurs ou jDZiooènw, et découverts dans un dépdt non remanié de cette période
duesy qu'on a évalué leur masse à 72 billions
de mètres cubes. Quelques-unes de ces coulées de laves forment des colonnades basaltiques du plus imj)osuiit eliet ; ou dirait de magnifiques constructions que la main des géants s'est plu à élever. Au moyeu âge, les barons féodaux trouvaient là des forteresses toutes faites et y plantaient leur aire de vautour. Mais ces
géologique, portent des traces nombreuses et incontesr tables d'incisions, de stries, de coupures.
« Ces entaille^î et ces stries sont parfaitement analogues à celles qui ont été observées sur des os fossiles d'autres espèces plus nouvelles de inauiinifères, les unes détruites et ac^onipagnant. Vclrplias primigenius, le rhinocéros tichO' rinus^ Yliyanm speUraj etc , les autres vivant encore aujourd'hui, telles (jue le renne, plusieurs eerfs, l'auroelis trouvés dans les cavernes ossifères et dans les terrains de transport ou diluviens.
« On a reconnu des vestiges semblables sur de nombreux ossements d'espèces actuelles recueillis dans les fouilles d'établissements ou de tombeaux gaulois, galloromains^ bretons et germaniques.
c CSes marques constatées sur les ossements les plus anciens paraissent avoir, en très-grande partie, la même origine que celle des ossements plus modernes, et ne pouvoir jusqu'ici être attribuées qu'à l'action de l'iiomme.
« Le gisement de Sainkp-Prest, aux environs de Chartres, unanimement reconnu comme tertiaire supérieur ou plio» £ène, et certainement comme antérieur à touB les dépôts qnitemaires (piî contiennent Velepha»TpHmigtn%u$^ présente de nombreux ossements è!^fklphas merirfkmoKf, et de la plupart des grandes espèces caractéristiques des terrains
colonnes paissantes et qui semblent indestruc^ tibles, se brisent quelquefois sous un faible chocy comme bien des grandeurs de la terre;
elles s'écroulent : les froids de l'hiver, la pluie du ciel les réduisent en poussière ; la lave, sortie enflammée du sein de la terre antique, devient ùn champ de labour, et T Auvergnat
des montagnes y sème sa maigre moisson*
tertiaires supérieurs, sui lesquels on remarcjue ces deux sortes d'entailles et de stries,
« De ces faits, il semble possible de conclure, avec une très-grande apparence de probabilité, jusqu'à ce que fl'autres explications plus satisfaisantes viennent mieux éciaircir ce double phénomène, que l'homme a vécu sur le sol de la France avant la grande et jjremière période glaciaire, en râême temps que ïelephas meridionalis et les autres espèces pliocems caractéristi({ues du val d'Arno, en Toscane; qu'il a été en lutte avec ces grands animaux antérieurs à y déplias primigenius et aux autres mammifères dont on a trouvé les débris mêlés avec les vestiges ou les indices de l'homme, dans les terrains de transport ou «quaternaires des grandes vallées et des cavernes.
« Enfin, le gisement de Saint-Prest serait jusqu'ici, en Europe, l'exemple de l'âgé le plus ancien, dans les temps géologiques, de Ifi coexistence de Thomme et de mammifères d'espèces éteintes.
M. Desnoyera se garde bien de fixer une date quelconque pour cette premièTe apparition de l'homme sur la terre. Des géologues renommés, MM. Âgassiz, Darwin, Vogt, et surtout M. Lyell {Aniiqmly of man)^ hésitent moins et ne eraignent pas de porter leurs calculs nu delà de cent nulle ans.
Aujourd'hui, tous les volcans de la France
sout éteints. Mais le Vésuve Tétait aussi depuis des milliers d'années, lorsqu'il se ralluma tout à coup et ensevelit trois cités, ilerculauuui, Pompéi et Stables, dont nous exhumons maintenant les restes ! .
La science ne peut affirmer que les volcans éteints de TA u vergue ne se rallumeront pas un jour, car les phénomènes géologiques que nous venons d'iudi(|uer se continuent. Sui* certains points, lé sol s'afFaisse lentement; sur dauti'es, lentement aussi, il se relève : des montagnes s'écroulent, des lacs se forment, comme celui de Grand-Lieu et la mer de Harlem; des golfes se creusent, comme celui du Zuy<lerzée et du mont Saint-Michel, ou se comblent, comme celui du Poitou. *
On a la date de récroulcment de plusieurs montagnes d^s le Jura, les Alpes dauphinois ses, les Pyrénées et l'Auvergne. En 1191, la montagne de Yaudaine , dans le département actuel de l'Isère , s'écroula et barra la vallée de la Romanche , au-dessous du Bourg'-d'Oisans, sur une largeur de 1000 mètres et une hauteur de 20. Un lac se forma derrière cette
barrière; mais la Romanche , à force d'accumuler ses eaux et de mmer l'obstacle, finit'jpar
remporter en septembre 1229 ^ et une épouvantable inoudation dévasta la vallée inférieure.
Parfois de vastes portions de terrain, reposant sur une couche de glaise^ glissent au bas de leur pente. La eolline du Perrier , dans le Puy-de Dôme, descendit, en 1377, dans la vallée de Crouze, avec le village de Pardines qu'elle portait. Le 1^' novembre 1829, glissement de 30 hectai*es de terrain , auprès de la Motte-Chalançon, dans le département de la Drôme ; l'Oule en fut barrée, et il se forma un lac de 2000 mètres de longueur qui se comble peu à peu par les alluvions de la rivière, et qui fimra par disparaître. Ailleurs, c'est un abîme qui se forme par l'écroulement de la voùte.de quelque grotte intérieure.
Des effets plus considérables et plus menaçants proviennent du travail qui se continue au sein de la terre. Certaine partie des côtes de la Bretagne a baissé , comme s'abaisse encore celle de la Scanie, en Suède, et on a trouvé des forêts sous-marines en face de Moiv
laiXy Poriiic, Cancale et à Peuzancc^ sur la côte de Comouailles (Angleterre). Le littoral de la Vendée, de l'Aunis et de la Saintonge, depuis le Croisic jusqu'à Marennes , parait au contraire s'élever ; la côte actuelle est de récente formation et continue à s'accroître. Noirmoutier n'est une ile aujourd'hui que pendant la haute mer, et il y a deux siècles et demi, Henri IV, qui y avait un rendez-vous d'amour, n'osa s'y rendre. Il fallait que le passage fût bien périlleux, pour que le vert galant, le Diable à quatre^ n'osât le tenter. M. Élie de Beaumont croit aussi que le sol des Pays-Bas se déprime avec une certaine lenteur. A Brest, toutefois , le niveau des marées n'a pas varié depuis un siècle.
Les volcans en activité dans les diverses
1. Les patientes recherches et les nombreux sondages de M. Durocher constatent que le phénomène des forêts sous-marines s'est produit sur tout le pourtour de la Bretagne. Dans le marais de Dal, ces forêts sous-raarines ont éprouvé des oscillations en sens divers, des exhaussements et des immersions successifs. A Fortbail, à Carteret, des églises baignent dans la mer au moment des hautes marées. Ici donc, le sol a baissé. D'autre part, })rès de Lannion, de Morlaix et à la presqu'île de Grozon, on a trouvé des restes de sable et de coquilles marines à 12 Qt lô mè> très au-dessus du niveau actuel de la mer.
DU SOL FRANÇAIS. k9
parties du moude et les tremblemeuts de terre qui ébranlent nos continents montrent, en outre^ que les anciennes forces destructives ue sont pas détruites et menacent encore de quelque déchirement nouveau la mince écorce qui porte au-dessus de Fabîme nos monuments, nos cités et notre civilisation. L'iioimiie parle de Tétémité de son nom, et cette terre qui le nourrit, cette atmosphère qui l'enveloppe, sont-elles autre chose qu'une tente fragile dressée pour le voyage d'un jour?
La France est une des rc'gions les moins exposées, car elle n'a plus de volcans actifs. Cependant ses nombreuses sources thermales révèlent la proximité menaçante des feux intérieurs, et chaque année des tremblements de terre agitent plusieurs fois son sol, surtout dans la ré^on du sud-est et dans les Pyrénées. En plus d'un siècle ou n'a compté pour Pariç que quatre oscillations à peine perceptibles ; mais , du 19 décembre 1 838 au 18 mars 1840, la vaUée de Maurienne, en Savoie, a éprouvé cent secousses et au fond du souterrain de son château des Pyrc^nées , un voyageur célèbre, M. d'Abbadie, a constaté, à
l'aide d'instruments délicats ^ qu'il se passait peu d'instants dans la journée où la terre n'éprouvât quelque tressaillement. Le mouvement, c'est-à-dire la vie, se trouve donc jusque dans les entrailles de la terre^ là où l'homme avait placé le séjour de la mort^ le repos et le néant.
Bien des e&brts ont été faits déjà pour pé^ nétrer le secret du Créateur. Les géologues , Cuvier entre autres, croyaient d'abord à un anéantissement complet des êtres lors de chaque catastrophe, et, par conséquent, à des créations successives. C'était encore l'opinion de d'Orbigny. Il attribue à chacun des vingtsept étages, qu'il a établis dans la coupe géologique de la terre, des êtres spéciaux qui sont nés avec ces périodes et qui sont morts avec eUes. Cette hypothèse d'un dieu qui sans cesse détruit et recommence son œuvre semblait à de Blainville injurieuse pour la divipité, et il enseignait l'unité primordiale de la création. La plupart des géologues anglais pensent aussi que la création ne recommence jamais, mais ils soutiennent qu'elle se continue toujours ; que les causes naluieiies renouvellent
la face du monde plutôt par des changements successifs et lents, auxquels des milliers de siècles travaillent y que par des révolutions soudaines. « Les espèces qui meurent, disentils, voient naitre celles qui vont les remplacer; le matin des unes se rencontre avec le soir des autres. » Ainsi, de nos jours, les carnassiers reculent devant Thonime , et l'on sait la date du dernier ours et du dernier loup qui ont été tués en Angleterre *, .
Mais ces êtres nouveaux , comment sont-ils produits? Selon Lamark, les espèces animales se sont transformées d'âge en âge, par suite des révolutions pliysiques et par la corrélation nécessaire qui fait dépendre les formes organi-» ques des besoins et des facultés de l'animal; Geoffroy Saint-Hilaire expliquait aussi toutes les métamorphoses par l'action même des forces vitales. Pour ceux dont la croyance est que le pouvoir créatem* qui a jeté sur la terre les premiers germes de vie, loin de se reposer, a exercé la même action aux diverses époques géologiques , les plantes phanéroga-
1. Le dernier loup de la Grande-Bretagne a été tué en Écosae, en 10S&.
58 HISTOIRE DE hk FORMATION
mes, que nous admirons aujourd'hui comme les plus parfaits des végétaux , ne sont pas les descendants des plantes cellulaires des premiers âges, pas plus que le reptile qui laissait -sa trace sinueuse sur la fange des marais n'a donné naissance au tigre qui bondit de 50 pieds, pas plus que la nageoire du poisson n'est devenue l'aile puissante de l'oiseau qui plane au haut des airs.
Un savant illustre, M. Agassiz, a récemment émis une doctrine singulière. 11 croit à Tinter^ veiilion de la puissance créatrice chaque fois qu'une espèce nouvelle- est apparue ; mais il estime que ces espèces nouvelles étaient çoutenues dans les espèces antérieures, comme l'être parfait l'est dans son embryon ; de sorte que si l'on étudie, dans la série des temps géologiques, les transformations d une classe d'animawL, on verra que ces animaux ont représenté successivement les diverses métamoi^ phoses que, dans cette même classe, l'embryon actuel subit dans l'œuf ou dans le sein de la mère. Les êtres anciens ne seraient, pour parler comme M. Agassiz, que les images prophétiques et agrandies des embryons actuels.
DU SOL FBANÇiaS. 53
Mais laissons, malgré l'attrait irrésistible
qu'il a pour notre esprit, laissons ce problème insoluble, car en tout l'origine nous échappe et jamais nous ne saisirons le secret que Dieu s'est réservé. Hors de l'expérience , la science ne trouve que des abimes , comme au delà de l'observatioii [)>ychologique et des idées que la raison y puise, la philosophie n'a vu, depuis trois mille ans , que les ténèbres palpables de l'ontologie . Quelle que soit l'hypothèse que la science finisse par adopter sur le lien mystérieux qui unit les èti*es des premiers âges à ceux qui leur ont succédé, il résulte toujours de la courte histoii*e qu'on vient de lire de la formation du sol français, qu'à côté des forces de destruction, existent les forces de renouvellement; et, s'il faut renoncer à l'idée séduisante que la nature ne procède que du simple au composé par une marche ascensionnelle, réglée et constante, on peut reconnaître, à contempler le plan de la création dans son ensemble, un développement continuel des formes organiques, un perfectionnement graduel des êtres, animaux et végétaux. D'où cette conséquence logique, que le progrès est
la loi organique de la création matérielle ainsi
que du monde moral et cette autre, que si la face de la terre doit encore changer ^ comme elle a changé tant de fois, si un retrait de la croûte solide doit faire sombrer nos continents et élever de nouvelles terres au-des6us de l'a-
1 . La vie n'est pas apparue timidement sur la terre ; elle y éclata tout d'abord avec puissance. Les plus anciens animaux ne sont pas tous placés au dernier degré de l'échelle
amuiaif. Parmi les débris de la faune piiuiitive, on trouve, à côté d'éjjonges et de polypiers, des mollusques, des articulés, même des vertébrés ; les raies et les s({uales de cet âge sont au nombre des poissons les plus parfaits. Des animaux inférieurs se montrent fort tard, et des oiseaux, des mammifères, remontent à une très-haute antiquité, ceux-là au trias, le einquième des vingt-sept étages de d'Orhig-ny ; ceux-ci au lias, qui n'en est que le septième. Cependant, le progrès général se marque Itien, du poisson au reptile, du reptile à l'oiseau, de l'oiseau au mammifère. Les types des genres auxquels nos animaux domestiques appartiennent se trouvent dans les terrains les plus récents : le chien, dans le Parisien ; le cochon, dans le Falunien ; le chat, la chèvre, le cheval, le chameau, le bœuf, dans le Subapennin. Mais, chose singulière, des êtres ([ai, d'après leur constitution, aaraieat dû servir de transi-' tien entre deux classes, lear sont parfois postérieurs ; ainsi, les batraciens ne viennent qu'après les poissons et les . reptiles, au Heu de se placer entr« eux comme Tanatoniie les y met. L'auteur du dernier grand ouvrage de paléontologie, M; Bromi, s'est déclaré hautement pour la théorie dn progrès organique, dans un Km que' l'Académie des scienGes a couronné en 18&7.
bime; si enfin l'homme même doit périr, comme ont péri les créations antérieures, ce sera sans doute pour faire place, comme elles, à une terre plus belle, où la main de Dieu placera des êtres meilleurs. Réve pour rêve, car, au sujet de Favenir, nous ne pouvons que son^r, je croirais volontiers queTorganisation future sera d'autant plus complète que nous aurons, nous-mêmes, accumulé sur cette terre, qui sera alors devenue nôtre tombeau, plus de moralité et plus d'intelligence.