‹ Introduction generale a l'histoire de FranceChapitre 10 sur 10 · Les Ardennés n'ont que Tastronome Lacaille; les · texte numérisé non relu

Les Ardennés n'ont que Tastronome Lacaille; les

Les points lumineux, au conti'aire, sont dans

la direction du nord au ^ud-est, sur la route par où la civilisation ancienne est entrée chez nous : r Ile-de-France, le. centre politique du pays, la Bourgogne, le grand passage entre les bassins de la Seine et du Rhône, et la Provence qui baigne ses pieds dans les tièdes eaux des mers d'Italie.

A Paris même se trouvent Villon, enfant perdu de la poésie, Molière, Regnard, notre second poète comique, Boileau, Voltaire, Beaumarcliais qui l'ut la menue monnaie de Voltaire, Tur^'ol, un sage, Béranger ci Paul- Louis Courier; cVst-à-dire la netteté limpide et précise de la forme, la vivacité de Tintelligence et le bon sens élevé pai'fois jusqu'au génie : mais aussi le sarcasme et le rire, Tesprit parisien par excellence, pour lequel il . fallut créer deux mots : Sous la monarchie absolue, les frondeurs; sous le régime représen-

Vosges, Gilbert; la Creuse, Qtiinault; la Loisère, Chaptal; la Loire, Gall; la Haute-Loire, l'Indre, les Landes et la Vendëe, personne. Le Morbihan, sans le Sage, qui n'est certainement pas d'origine bretonne, et le Lot, sans Clément Marot, que le hasard fît naître à Gahors d'un pèrenormand, n'auraient aussi aucun nom à citer.

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tatii^ l'opposition. Mais la critique du faux, ropposition au mal, ou seulement à Timmobilité, peuvent être aussi le goût du beau et du vrai, le désir du bien et du progrès; et, suivant les temps, la Kenaissance ou la Révolution M

Autour de Paris et dans sa sphère d'attraction, naissent Corneille, à Rouen; la Fontaine, à Château-Thierry; Racine, à la Ferlé-Millon ; Amyot, à Melun ; la Bruyère, à Dourdan ; Malherbe, le It'f^^islateur de Tancien Pamasse,"^ à Caen; Régnier, le satirique, à Chartres; Ronsard, [)rès de Vendôme; Augustin Thierry, à Biois, et tous vivent à Paiis.

Après la grande capitale, Dijon avec ses alentours est la ville de France qui compte le plus d'hommes célèbres. Aux grands iroms de Bossuet, de Buifon, de saint Bernard et de Mme de Sévigné , la Bourgogne joint ceux de Vauban et de Carnot, de Jean Cousin, artiste émirent, et de Saumaise, le prince des érudits ù^ançais. Lamartine est de Maçon. Au moyen âge, la Boui^ogne renfermait les plus grands

1. De Paris, sont encore J.-B. Roussonii, Laharpo, Marivaux, Delille, Etienne Pasquier, Malel)ranche , Pingré, RoUin, Sacy, Schbe.Quelques-nnsy font naître Richelieu

monastères de France : Cluny^ de qui relevaient eu Europe plus de 2000 maisons religieuses; Citeaux, d^où sorUrent quatre papès, uu grand uoiubre de cardinaux, et qui fonda Clairvaux et Morioiond, Tun chef d'ordre de 3252 monastères, l'aulre qui posséda 700 bénéfices et eut sous sa dépendance les ordres militaires de l'Espaççne et'du Portugal'.

ûaus le bassin du Rhône, trois points brillent : Lyon, Grenoble et Aix; le reste est obscur.

A Lyon et aux environs se trouvent liallanche^ qui montre le côté mystique de la grande cité, un des premiers et encore aujourd'hui un des plus ardents foyers du catholicisme eu deçà des Alpes; de Jussieu, Ampère, Jacijuart, qui en sont Texpression scientifique et industrielle; J.-B. Say, en est réconomiste. Lemontey, le juge sévère de Louis XIV, reproduit 1 esprit critique de cette classe bourgeoise et marchande qui ne se laisse pasébloûir par le coûteux éclat de la gloire. Les artistes

1. Ajoutez Théodore de Bèze, 'Monge, Fonrier, Grébillon, Piron, Rameau, dom Maitène, dé Brosses, Fontè^e, Larcher.

ne pouvaient manquer dans cette seconde et riche capitale de la France. Je les ai déjà cités.

Grenoble, où la révolution de 1 789 était faite d'avance, fournit surtout des philosophes et des politiques : les deux frères Condillac et Mably, M ouniery Barnave, Réal, Casimir Perier. Condorcet était d'uue famille dauphinoise.

A Aix et dans la Proyence, des naturalistes et des voyageurs : Adanson, ïournefort et d'Ëntrecasteaux; un moraliste, Yauvenai^ues; un prédicateur plus hardi que Bossuet dans la chaire, Masearon; son heureux rival, l'harmonieux Fléchier ; un historien, Bai'thélemy ; Raynouard, érudit et poète; Portails, un des rédacteui's du code civil ; enfin, ,pour réunir tous les contrastes, à Hyères, Massillon, le prédicateur des âmes douces et tendi*es; vers là Durance, Timpétueux Mirabeau ; dans la ville solitair e de Fréjus, le froid et imperturbable Sieyès; et plus haut, à Draguignan, Isnai^d, génie violent et orageux ; à Marseille même, Barbaroux, le plus intrépide des girondins.

Ainsi, trois de nos cinq orateurs de la chaire, le grand tribun des temps modernes, et quel-

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ques-uus des coiivciitioiiiirls les plus illustres sont sortis de ce coin de la France. Ici donc la ^iaiide élui^uence domine; celle des journaux, des petits vers et des discussions parlementaires, l'esprit, eu un moi, et ajoutons aussi le savoir-fairei l'habileté à se pousser, semblent appartenir surtout aux hommes de Tautre grande région du midi, la vallée de la Garonne. L clt ii<hie et la profondeur manquent à ces esprits brillants et légers comme le sable de leurs dunes, comme le vin de leurs coteaux, . • même au milieu d'occupations graves et de hautes pensées.

Leur grand politique, qui cache si mal le bel esprit sous la robe de président à mortier, publie les Lettres persanes avant d'écrire YEaprlt des /ois, colossal monument bâti de petites pièces. Leur grand philosophe promène capricieusement à travers tous les systèmes sou prudent égoisme et sa causerie ondoyante et diverse; plaçant la vertu «eu une plaine fertile, où qui en sait l'adresse peut arriver par des routes gazonnées, ombrageuses et doux fleurantes, » tandis qu'il relègue au loin la chimérique austérité des philosophes ce sur un

rochei*, à 1 écart, parmi des roDces, fantôme à efirayer les g^ ns. » Et cette brillante députation de la Gironde, que lui manqua-t-il pour nous sauver de la Terreur? non de savoir palier, assurément, mais de savoix' agir.

Cependant, dans ses passions religieuses ou politiques, comme dans ses grands hommes, Toulouse a quelque chose de plus dur et tout à la fois de plus pruioud. Capitale des pays de droit écrit, elle doima à la France le premier de ses jurisconsultes, Cujas, qu'on a appelé le Bossuet de la jurisprudence, et son parlement, célèbre pour sa science, pour son zèle catho* lique et la sévérité de ses arrêts, fut le plus terrible instrument de la royauté et de FËglise contre les tentatives insurrectionnelles ou hérétiques du midi. Un des membres de ce corps, Fermât, fut l'ami de Pascal et de Huyghens, le rival de Descartes, le précurseur de Leibnitz et de Newton.

A ces grands noms, ajoutez encore l'in— domptable Bernard de Palissy, Bayle le sceptique, qui n'osa y vivre et fit bien ; La Boétie, Fénelon, après lequel je ne puis nommer

Brantôme, bien qu'ils fussent du même pays,

et vous ne trouverez plus dans ce magnifique bassin de la Garonne que des esprits plus diserts que profonds, plus passionnés qu'énergii|ues. Depuis les troubadours, Montaigne, Montesquieu et Féneion font seuls toute sa gloire littéraire. Encore, Féneion n'y vécut-îl pas.

Aujourd'hui, Bordeaux croit avoir assez fait en nous donnant Montesquieu ; Nantes aussi ne songe qu'au commerce, et tout le pays compris entre ces deux villes fait comme elles. Il brillait autrefois; cette vieille. réputation lui suffit. Mais au point de contact des deux races bretonne et normande, l'activité s'est éveillée. De Saint-Malo à Rennes, nous trouvons Descartes, Chateaubriand et Lamennais, Maupertuis, que Voltaire a trop maltraité, Lanjuiuais, un noble caractère, Duclos, Broussais, La Chalotais, esprits inflexibles. Abailard était né plus bas, à quelques lieues de Nantes, mais n'était, sans doute, pas plus breton que Lesage.

Caeii, la ville de sapience^ et ses aleutours sont un des points les plus féconds de la Nor* iiiaiidie. Elle était assez près de la mer pour s'enrichir, mais son port ne fut jamais assez

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aeiif pour que sa vie entière fût, comme au

Havre, comme à Rouen, à Nantes, à Bordeaux, à Marseille, absorbée dans les spéculations du commerce. Le père de Clément Marot, qui fut poète lui-même, Més&erai, notre premier historien, ^Jallicrbe, Segrais et Malfilati'e, le savant Huet, évéque d'Avranches ; le chimiste Vauquelin, l'auteur de la Mécanique céleste, Laplace, les officiers généraux dé terre et de mer, Decaen et Dumont-dXrville étaient de Caen ou du Calvados.

Chartres fut un autre centre: llotrou, Régnier ; rhistorien dé Paris, Dom Félibien, Nicole, un des solitaires de Port-Royal, les poètes Belleau, Desportes, Godeau, Panard, Colin d'Harleville, les conventionnels Pética et Brissot, le ^néral Marceau, naquirent à Chartres ou dans ses environs.

Rouen n'a pasfourni un contingent en rapport avec sapopulatioiH 1 son importance. Il n'a qu'un grand nom, celui de Corneille, génie à part, qui eût été lui-même partout où il fût né. Son nev.eu Fontenelle mérite une mention rapide. Mais faut-il citer Benserade, le faiseur de rondeaux, et ce Pradon si malmené par Boileau?

tn DESCRIPTION DE LA SURFACE

Nos grands chroniqueurs du moyen âge,

Villehardouiu et Joiiiville, et nos ineilieurs trouvères, Ghrestien de Troyes» le comte Thibaut, sout de la Champagne, où nous trouvons aussi les deux extrêmes de Tamour divin et du matérialisme : J. Gerson, le docteur évari' gélique^ comme le moyen âge l'appela, Diderot, le champion de l'athéisme. Le iMirabeau de la populace, Danton, était d'Arcis-smvAube.

Troyes a donné les frères Pithou, savants jurisconsultes, et deux artistes de talent, Girardon et Mignard; Reims l'industrieuse, le graveur Nanteuil et Colbert. Près de Yitry est né Royer Collard.

Amiens, en Picardie, a eu de spirituels écrivains, Gresset et Voiture; des savants, Dom Bouquet, le patient éditeur de nos chroniques nationales, Legrand d'Aussy, surtout Ducauge, rhonneur de Térudition française, et Tingénieur Gribeauval, un des créateurs de notre génie militaire. Mais gens d*esprit léger ou de science profonde, ils semblent un peu dépaysés au mUieû de la foule des hommes d'action de la Picardie, qui a surtout des généraux, Foy, Dupont, Serrurier, Priant; des jurisconsultes

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praticiens, Philippe de Beaumanoir, Pierre des

Fontaines et Boutillier; enfin trois révolutionnaireSy Calvin, Ramus et Condorcet; je serais tenté de dire quatre, les deux Saint-Simon, le duc et le réformateur, en valant bien un à eux deux. Saint Just est de Noyon. L'Artois a deux iiommes de gouvernement et de dictature, mais Tun honoré, l'autre maudit, Suger et Robespierre.

Plus au nord, la Flandre, avec ses nombreuses cités dout j'ai montré l'origine, avec son régime municipal, ses instincts démocra- . tiques, son catholicisme ardent et son amour des fêtes et des arts, semble tenir quelque chose de l'Italie, dont elle fut au moyen âge la rivale pour l'industrie, le commerce et la richesse. Mais c'est une Italie du nord, voilée d'étemels brouillards, que pourtant le soleil déchire parfois de ses rayons étincelants, ce qui donne ces jeux de lumière et d'ombre qu'affectionnent certains peintres de l'école flamande. Sous un ciel habituellement gris et lourd, l'imagination, arrêtée dans ses élans vers l'idéal, rampe sur la terre. Peu de poésie dans les arts ou les letti'es, car la folle du logis ici calcule et raisonne. Les poètes, d'ailleurs,

ne naissent que par exception sur la limite

des deux langues, et l'industrie étouffe, sous le bruit de ses lourds marteaux». les chants du poète, comme elle alourdit ou enchaîne la main de Tartiste. Le genre littéraire qui domine ce sont les légendes, dont les Bollandistes d'Anvers ont fait Timmense recueil , et les récils historiques qui nous montrent l'orageuse vie de ces cités turbulentes. Comines, Frois* sard et ses continuateurs, Moiistrelet, Jacques du Clerq, Molinet» Mathieu de Coucy sont Flamands. Leurs artistes aiment la nature forte, mais prosaïque, parfois triviale, avant tout la reproduction du réel, même avec l'exagération du terrible et du laid. Point de- sculpteurs, si ce n'est pour les ornements elles figurines en bois dans les églises, car la statuaire est fille des pays du soleil. Des statues de marbre ft»raient froid en cet humide climat. Mais des architectes, parce que sur ce terrain mouvant, bien bâtir est une condition de vie ou de mort, des ingénieurs pour les canaux et 1 es digues, pour les rempartset le beffroi, pour Thôtel de ville et Féglise. Chaque cité a parmi ses othciers municipaux, le maîli'e des ouvrages et au-dessous de lui le maître char-

pentier. Puis, pour égayer cette existence passée

au coin du feu et près du métier, de doux chants^ de longs récits, pieux ou terribles, et des peintres qui fixent sur la toile les scènes boufionnes ou paisibles de cette vie d'intérieur et les joyeuses Kermesses des grands jours de gala. Mettons à part Timpétueux et éclatant Rubens, à qui l'Italie et l'Espagne, où il a tant vécu, n*ont pu cependant ôter son type flamand, son dessin large et sensuel. .

Les peintres des Pays-Bas, qu'on a appelés les Italiens de TAllemagne, ont formé une ' grande école qui occupe une digne place dans l'étude de l'art, et les musicieus appelés par Charlemagne d'Italie à Aixr-la-Chapelle ont eu une longue suite d'héritiers. C'est du côté des Pays-Bas que sont nés le plus grand nombre de nos compositeurs : Grétry et Méhul, des bords de la Meuse, l'un à Liège, Tautre à.Gi- * vet; Gosscc du Mainaut, Monsigny du Pas-de- Calais, Lesuenrd'Abbeville, Philippe de .Champagne et Van der Meuleri, deux des peintres de Louis XIV, les Vanloo, Watteau, appartiennent à cette région.

n ne faudrait pourtant pas pousser trop loin

296 DESCRIPTION DE lA SURFACE

cette recherche du lieu d'origine des grands

hommes j ce serait matérialiser le génie (juede le rendre toujours dépendant des lieux. Nous croyous que les mœurs, par conséquent la tournure d'esprit et l'aptitude générale d'une population^ dépendent, pour le commun des hommes, des circonstances physiques et morales au milieu desquelles ils naissent et vivent. Mais si la foule se laisse docilement marquer d'une même empreinte, les hommes supérieurs résistent. £n face des canons prussiens, la Lorraine n'est qu'un soldat; en face de la mer se couvrant de navires ennemis, nos péchenrs deviennent d'intrépides marins. Mais il est né des marins bien au delà du point où le flot de mars^ se fait sentir, et nos provinces intérieures ont aussi donné de glorieux chefs d'escadres; nos généraux, peut-être les plus habiles, en sont sortis*.

1. L'inscription maritime s'étendait autrefois jusqu'aux points oîi les marées d'équiaoxe élément le nivean des flenves.

2. Les amiraux Roassin^de Dijon; Decrès, de Ghaumont; Rigny, de Toui; d'Orvilliers, de Moulins; — les généraux Hoche, de Versailles; Marceau, de Chartres; Bayoust, dans l'Yonne; Jourdan, de Limoges; Brune, de Brives-la-Gaillarde; Bessières et Murât, du Lot; Denaix, dn Puyde-

Dans la forêt où une essence domine» celleci chasse peu à peu toutes les autres; quelques arbres vigoureux résistent seuls, percent la voûte ombreuse qui les étouffe, et plaueut fièrement au-dessus d'un océan de verdure uniforme. Ainsi eu ariive-t-il pour ces accidents du génie qui se soustrait aux influences ambiantes, perce et grandit en quelque endroit que le grain de sénevé soit tombé. Rousseau, citoyen de la froide et sévère Genève, n'est-ce pas cela aussi un paradoxe ? A moins qu'en y trouvant encore Mme de Staël, nous ne pensions que cette glace extérieure cache un ardent foyer. Pourquoi Cuvier naît-il à Montbéliard ? Je sais bien que je retrouverai en lui quelques traces de Tinfluence allemande et calviniste, comme il y a dans Montesquieu du bel esprit gascon, mais c'est l'alliage mêlé à l'or pur. Chateaubriand est-il Breton? Oui, par le fond du caractère; assurément non par les

Dôme; Soult^ du Tarn ; Suchet, de Lyon; Duguesclin, de Dinan; Moreau pst mf>me du Finistère; Catinat, de Paris; Villars, de Moulins; Grillon, d'Âvignon; Gondé, Turenne, Vendôme, Luxembourg, appartiennent à la France entière. Et Napoléon est né dans nne île.

vives couleurs de sa riche imagination qu*un

soleil du midi a dorée. Et la vaste intelligence de Napoléon, pourquoi est-elle écloseen Corse, dans ce coin retiré du monde ? Les grands hommes ne tiennent à la terre natale que comme le grand chêne, parles racines; ou mieux encore, ils sont comme ces fleuves descendus des montagnes, dont l'origine n'est révélée que par les déhris - qu'ils roulent dans leui^ Ilots, pierres précieuses ou sables impurs. Pour quelques-uns même, rien ne peut indiquer la source. Comment voir dans l'auteur de Gil Bios un. homme du Morbihan? N'oublions donc pas que nous t<JUcbous ici à ce qu'il y a de plus libre au monde, de plus indépendant de toutes les servitudes qui enchaînent le vulgaire, la force de Fesprit

Voilà un bien long voyage à travers notre France. Je désirerais cependant qu'on voulût bien me suivre un moment encore pour marquer deux dernières choses : d'abôrd la mutuelle et inévitable dépendance de toutes nos provinces les unes à l'égard des autres, ce qui les obligea a mettre leur vie en commun, par conséquent Funité réelle du sol français ; en—

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suite la place que la France occupe géographiquement en Europe^ et d'où lui est en grande • partie venu son rèle européen.

Malgré Tapparent désordre de la surface de* la France, il n'y a pas de pays au monde qui ait une plus réelle unité physique. Ce n'est pas l'uniformité de la Russie, où d*Arkangel à Astrakan s'étend le même sol^ comme une même Tolonté y domine. Ce n'est pas davantage le chaos de montagnes de La Grèce, de l'Ilalie et de TEspagae, où chaque vallée fut si longtemps un empire, chaque ville un État. Elle n'a pas, ainsi que l'Angleterre, ses montagnes au nord ni une grande lie ennemie attachée à ses flancs, comme le brûlot aux flancs du navire qu'il menace de faire sauter, deux circonstances pliysiques qui, pendant dix siècles, ont arrêté Tessor de la puissance anglaise. La Suède est coupée en deux par les Alpes Scandinaves bien autrement que la France ne Test par les Cévennes et les Vosges. L'Allemagrie est sans frontières et tirée en deux sens contraires : le Danube la porterait à Fest, où l'Autriche devient slave; l'Elbe, le Weser et l'Oder l'entrainent au nord^ vers une càte sans ports ; et, au cen-

tre, s'élèye le losan^i^e des montagnes dé Bohème, forteresse uatarelie, trop vaste et trop bien fermée pour n'avoir pas abrité une nation à part.

La France réunit tous les caractères physiques de TEurope. Elle en a tous les terrains

géologiques, tous les végétaux, c'est-à-dire

3660 espèces, au i380 de plus que l'Allemagne et 2290 de plus que l'Angleterre, ce qui la fait très-légitimement appeler le jardin de t Europe. Elle en a aussi tous les climats.

Tandis que le paysan du Roussillon et de la Provence lutte contre une sécheresse africaine, celui de la Bretagne vit dans l'air humide qui baigne ^Angleterre «t y conforme ses cultures et ses goûts, a S'il pleut chaque jour^ dit-il, c'est trop; s'il ne pleut que tous les deux jours, ce n'est pas assez.» Et comme l'Anglais, il souffre quand s'établissent les vents secs de Test*. Mais dans l'intérieur, le climat de nos plaines peut être regardé comme le climat moyen de

1. Les catastrophes causées par le spleen ont habituellement lieu en Angleterre sous l'influence des vents d'est, qui doivent en ellet être contraires à des constitutions qui se sont développées au milieu d'un air humide.

l'Europe'. A Paris même, la quautité d'eau que Tair contient est juste la moyenne entre la sécheresse extrême et Textrême humidité ; on en a conclu que la douceur et l'égalité de notre climat produisent un bien-être physique qui doit' être pour quelque chose dans la sociabilité et la gaieté trançaises. Si la France est ainsi, ce n'est point qu'elle ait été douée par quelque fée bienfaisante d'avantages particuliers; c'est que les révolutions géologiques qui ont remanié tant de fois sa surface ont eu pour résultat dernier de soumettre sur son territoire les traits divers du sol européen à un dessin si correct et si harmonieux, qu'un des esprits les plus froids, mais aussi les plus sagaces

1. La plus haute Lempérature obf^ervûe a été' de -|- 40°, 2 à Orange, en juillet 1830; la plus Lasse, en plaine, a été de — 28% I à Mulhouse, le 3 février de la mèine année. La température moyenne des villes de France est de -{-'2". Le climât est plus doux sur les côtes de l'Océan que dans nos provinces orientales; il y est moins chaud l'été et moins froid Thiver. A Brest, la difiérence moyenne entre l'hiver et l'été n*est que de 10% 4 ; elle est de 17%7 à Strasbourg. Les plus cruels hivers dont on a mesure la température sont ceux de 170» (— 23" à Paris), de 1789 (—22'^ ;\ Paris), de 1820 (— 17» à Strasbourg), de 1830 (- 28* à Mulhouse). £n 1793, le 8 jaillet, le thermomètre monta, à Paris, à + 38%4, et, en 1842, le 18 aoftt, à +37S2.

de Tantiquité, le géographe Strabon, y trouvait la preuve évidente d^un Dieu intelligent et bon.

Elle n'est, en efifet, ni toute en plaines comme TEuiope du Nord, ui toute eu montagnes comme celle du sud. Ces systèmes géologiques de noire continent s'y rencoutreut, et donnent à sa population toutes les cultures et tous les gemes de vie. Elle a le soleil de TËspague qui mûrit l'olive de la Provence avec le raisin du Languedoc, et les brumes humides de l'Angleterre qui nourrissent les verts pâturages de la Bretagne, de la Normandie et de la Flandre; surtout elle toudie* aux deux mers, la Méditerranée et lOcéau, qui ont entre elles, par ses fleuves, les plus faciles communications. Elle a assez de larges et fertiles vallées pour compter de nombreuses villes où la civilisation s'élabore ; et elle est assez vaste pour retenir plus des deux tiers de ses habitants dans les campagnes, d'où part un perpétuel courant d'hommes robustes et sains qui viennent renouveler le sang appauvri des populations urbaines. Sa richesse en métaux lui assigne le second rang dans la production

métallurgique de TEhirope, comme Tétendue

de ses côtes lui donne le premier, après l'Angleterre, pour la marine militaire et marchande.

Il y a unité, parce que aucun des traits du

sol n'est assez iortement accusé, ni dans d'assez grandes proportions pour avoir déterminé des divisions politiques immuables. Le terrain granitique, par exemple, au lieu de se trouver accumulé sur un seul point en une masse impénétrable, y est divisé en cinq groupes assez considérables chacun, pour donner un caractère à part à leurs habitants, pas assez pour être toujours inaccessibles aux idées et à l'influence des contrées voisines.

Il y a unité, parce qu'il y a équilibre entre les troi& grands centres d'activité de la France : les bassins de la Seine, de la Garonne et du Rhône. Avec un seul, c'eût été l'uniformité, le repos et la langueur; avec deux, la guerre; avec trois, c'est la vie complète, la conciuv rence au sein de Funion imposée par le plus fort

11 y a unité encore, parce que le centre géographique se trouve assez rapproché des lieux

304 DESCRIPTION DË LÀ SUBFAGE

OÙ les circonstances historiques ont fait placer le centre politique pour que la géographie ait pu sans inconvénient céder sa place à l'histoire.

11 y a unité enfin, parce qu'une étroite solidarité s'est établie entre les provinces. Comme les terrains les plus divers s'y rencontrent^ les cultures les plus variées s'y produisent. La vigne, rare ou inconuue.au centre et à l'ouest, abonde dans les régions du sud et de l'est, qui approvisionnent de vins la Normandie, la Flandre et la zone des terrains primitifs^

L'Auvergne et la Bretagne n'ont guère que du seigle et du sarrasin. Mais les deux bassins qui bordent leur sol granitique et pauvre sont riches en blé. Les moissons du Gers valent en qualité celles de laBeauce et de la Brie. Comme denrées d'échanges, le centre et l'ouest offrent

1. « C'est cnti B le 35* et le 50* degré de latitude que la culture de la vigne présente le plus d'avantages. Les grands vignobles ne dépassent pas ces bornes climatérîques. La Providence, en plaçant la France entre les deux limites extrêmes, en . a fait une terre toute spéciale pour la vigne ; elle a mis entre ses mains le sceptre des grauds vins. • (V. Hendu, Ampélograpliie française.) -

DU SOL FKANÇAIS. 305

les chevaux et les bœufs élevés dans les fraîches prairies de TAuvergne, du Limousin et de la Veudée, ou dans les herbages de la Bretagne, du Cotentin et de la Basse-Normandie. Le snd-onest a le mais, le centra un produit à part, le châtaignier, Tarbre à pain de cette région ; le seul département de la Haute- Vienne récolte chaque année plus de 500 000 quintaux métriques de châtaignes, nourriture pesante à laquelle le paysan ne mêle ni vin ni. viande, et qui alourdit cette population honnête, mais lente d'esprit et de corps. La vallée du Khône a l'olivier et le mûrier, c'est-à-dire l'huile que le centre et le nord lui achètent, la soie que Lyon fabrique, la garance qu'Avignon récolte ; la Flandre a le colza et le lin. Au midi , les plus riches cultures arbustives ; au nord, la betterave, le houblon et le pommier; partout la pomme de terre.

Quant aux richesses minérales^ elles se trouvent précisément déposées sur la ligne de séparation du calcaire jurassique et du sol granitique, c'est-à-dire au point de contact des pays à blé et des régions stériles, comme pour servir à celles-ci de dédommagement, r^ous

306 DESCRIPTION DE tk SURFACE

n'ayooSy à yrai dire, ni or, ni argent, ni mer- . cnre, ni pierres précieuses, quoiqu'on en trouTe parfois sur certains points; mais les Pyrénées doiiD eut du fer, du cuivre; la Bretagne, du plomb; le massif central un peu de plomb, d'étaiu, du cuivre et du manganèse, de l'antimoine, de l'alun et du fer oxydulé^ même quelques rubi.^ qu'on ramasse dans le Yelay. Sur le littoral de l'ouest et du sud sont des marais salants ; dans la Lorraine et les Basses -Pyrénées, d'immenses mines de sel gemme, les premières formant des bancs de plus de trente lieues carrées de surface ; dans le Jura, des sources salifères; dans les pays volcaniques, du bitume ; dans les terrains schisteux de TArdenne et de l'Anjou, des ardoises ; près de Limoges, du kaolin, qui fournit la pâte des porcelaines précieuses; autour des volcans éteints de l'Auvergne, des laves, des porphyres; dans les Pyrénées, le Languedoc, la. Provence, le Dauphiné, la Bourgogne, même en Bretagne, des marbres utiles ou précieux ; dans la vallée d'Aspe aux Pyrénées, de l'albâtre, etc.

Le fer est répandu en abondance. Nous

ayons plus de 150 mines exploitées, 1850

minières ou carrières à ciel ouvert, et près d'un niillier de fonderies et foiges. Malhenreu-^ sèment, le minerai n'est pas toujours à portée du combustible, surtout depuis que nos belles

, forets druidiques sont tombées sous la hache

dés déMcheurs. La houille peut remplacer le

bois, et si la Fi ance avait toute Tétendue de Tancienne Gaule, elle serait richement dotée de ce minéral; mais deux des plus belles formations houillères, sont aujourd'hui ou en dehors de nos limites, comme celle de la Sarre, au pied de Huudsmck, ou à notre extrême routière, comme celle de la Belgique, au pied deTArdenne. Ce dernier bassin,, le plus riche que l'on connaisse après celui du pays de Galles, et qui s'étend le long de l'Ëscaut, de la Sambre et de la Meuse, jusqu'à Aix-la- Chapelle, se présente sur notre territoire dans des conditions désavantageuses. Depuis Escliweiler jusqu'à Mons; la houille affleure presque la surface \ mais en avançant vers l'ouest, cette formation s'abaisse et passe sous des mortsterrains dont l'épaisseur va en augmentant. A notre fi^ontière, près de Coud^, cette épais-

scur n est encore que de 30 à 40 mètres ; à Valeiicîennes, elle est déjà de 70 à 80 ; à ADiclie, de 120 et davantage ^ Au delà, on ne trouvait plus, il y a quelques anuées, le précieux gisement, bien que Ton conjecturât qu'il se continuait vers TAngleterre en passant sous le bassin parisien, mais à des profondeurs où Ton n*osait l'aller clierelier. D'heureux sondages ont récemment fait trouver desjrelèvements de la couche dans le Pas-de-Calais, et nos départements du Nord, réduits jusqu'à présent aux exploitations de Valenciennes et de ses environs, n auront peut-être bientôt plus rien à envier à TA nj^; le terre.

Si nous pouvions percer.par la vue les couches qui recouvrent les flancs et le pied du massif central, nous le verrions entouré comme d'une ceinture souterraine de gîtes houillers. A Test, nous reconnaîtrions les riches bassins d'Autuu, du Creuzot, de Saint-Étienne et d'Alais, tous à portée de la Saône et du Rhône, ou le long des canaux du Centre et du Niver-

l. Aussi Anzin n'a-t-il été découvert qu'en 1716, et exploité qu'en 1734, tandis que la houille de Mons et de Liège était exploitée il y a huit siècies.

nais. A Fouest, outre quelques g^tes épars sur

les bords de l'Allier et du Cher, nous en trouverions un grand nombre, mais pauvres et à peine exploitables à cause de la difficulté des communications, sur une ligne longue de soixante lieues» qui s'étend de Decize à Mauriac. Les bassins de Brives-la^Gaillarde, de Decazeville et du Vigan fermeraient par le sud ce triangle de houille qui enveloppe le dôme granitique de la France e(>utrale. Sa base fait face à la Saône et au Rhône, depuis Autun jusqu'à Alais; son sommet serait situé au point de jonction des départements du Lot, du Gantai et de la Corrèze. Dans l'Aveyron, nombre de montagnes brûlent depuis des siècles ; ce sont des houillères eutlammées.

Le précieux combustible se montre encore près de toutes les grandes formations granitiques du reste de la France ; dans les Vosges, en Provence, où les montagnes des Maures et deTËsterel sont de même origine, dans la Vendée, au pied du plateau de Gatine, dans la Bretagne et l'Anjou, où se rencontre aussi beaucoup d'autliracite.

Les terrains de sédiment n*ont en combus-

:ilO DESCRIPTION DE LA SURFACE

iible que du lignite et de la tourbe, mais parfois en telle quantité, que si Ton parvenait à condeuser^ celle que peuvent donn^ les immenses tourbières de la Somme, du Pas-de- Calais et du Nord, nous n^aurions plus rien à envier aux houillères de Belgique et d'Angleterre*

Ainsi, c'est dans les terrains granitiques ou sur leur bord que se trouvent les dépôts métallifères et le plus grand nombre des gîtes houiUers; ils ont souvent une autre richesse, les eaux thermales. Les produits du sol intérieur sont donc pour ces provinces une compensation à la pauvreté de la surface extérieure. Os alimentent des industries dont quelques-unes furent, dès les temps les plus anciens, établies dans ces régions. Le règne de la houille est récent; mais les Gaulois exploiaient déjà nos mines. Aujourd'hui, une grande partie de la France est tributaire des provinces centrales pour la houille, les aciers et les fers, car les provinces à terrain de sédiment n'ont à tirer de leur sous-sol que des ^ , marbres, du gypse, dont le meilleur se trouve près de Paris, de Tarascon et d'Aix, de l'argile

plastique qui nulle part ne vaut le kaolin du

Limousin; et si elles out du fer, elles manquent de combustible pour le mettre en œuvre

à bas prix.

Ainsi nos proTinces, par la yariété de leui's produits, sont solidaires les unes desjautres. C'est le meilleur gage de leur union. Ajoutons que, pour ses approvisionnements en denrées étrangères et en poisson, la zone intérieure dépend de la zone maritime ; et celle-ci, à son tour, a besoin que Tindustrie intérieure alimente son commerce. Nos fleuves descendent à quatre mers : l'intérêt maritime se combine donc partout avec lïntérét industriel et agricole, le premier représenté par 172000 marins inscrits, pépinière d'une belle armée navale, le second par i 500 000 ou 1 800 OUÏ) ouvriers de fabrique', grande force productive; le troisième par 8 000 000 de paysans*,

1, L'inwsriptioii maritiire donnait, en 1825, 94611; en 1830, 96S45; en 1835, 99 580; en 1840, 110.458; en 1850, 122 025; en 1854, 160 014.

2. Les .agronomesel les statisticiens s'accordent à compter 24 millions de personnes intéressées en France à la propriété rurale. (Ci, Lullin de GhâteauTÎenx, Yoyaget éeonondqves an France^ .1 843.)

base solide de notre agi^iculture et de notre

puissance militaire.

Jusqu'à présent y nous ne sommes point sortis de la France ou du moins de la région française, et nous n'ayons regardé que la carte de notre pays. Nous l'avons trouvé liax'monieusement dessiné, ce qui est déjà une grande force; regardons la carte générale de notre continent, et nous lui en trouverons une autre, qui lui vient de sa position à l'égard des États européens.

La civilisation iMiropéenne a deux âges, comme elle a eu deux foyers l'un , dans Fîintiquité, au sud; l'autre, dans les temps modernes, au nord. 11 n'est pas étonnant qu'il en ait été ainsi,. puisque le système géographique de FEurope est double. Une chaîne de montagnes longue de 700 lieues, les Pyrénées, les Alpes et les Balkans, coupe ce continent en deux. Au sud, des presqu'îles, des montatagnes et des torrents qui arrêtent les communications intérieures; au nord, une plaine immense, où les cours d'eau errent paresseusement comme ont erré longtemps les hommes qui habitaient leurs bords. D'un côté, les po-

pulaiions gréco-latines, le régime municipal,

la vie sédentaire et une civilisation brillante, où l'art, contenu par le goût, occupe la première place ; de lautre, les tribus germaniques et slaves, le despotisme monarchique ou ie gouvernement féodal, et une société sérieuse et triste, avec des mœurs volontiers nomades et une imagination vagabonde. Ici, sous le soleil, la vie toute au dehors, sobre,' mais bruyante et rieuse, souvent féroce ; là, cacbée au foyer domestique pensive et pourtant sensuelle. A Rome, Léon X et llapliaël; à ^yittemberg, Luther et les colères iconoclastes de la Réforme. En un mot, une différence de constitution physique d'où est soiiie une opposi* tien morale et politique qui n'a jamais permis à ces deux moitiés du monde européen de vivre des mêmes idées et de s'entendre.

Or, cette ligne de montagnes qui sépare deux mondes et deux sociétés n'est coupée qu'en un seul point, et ce point se trouve en France.

Entre les Alpes et les Pyrénées, il y a solution de continuité : par la . vallée du Rhône, la France s'ouvre sur ritalie, comme par celles de la Moselle et du Rhin elle s'ouvre sur l'Ai-

lemagBe, ce qui a pennis à ces deux moitiés de l'Europe de se reucontrer chez nous. Au lieu de s'y combattre éternellement et de faire le vide entre elles, les deux civilisations du nord et du midi, féodalité et régime municipal, droit coutuiiiier et droit romain , langue d'oil et langue d'oc, se sont modifiées aux bords de la Seine et de la Loire, Tune par l'autre, si bien que du mélange est sortie une civilisation nouvelle , à la tête de laquelle la France est restée.

Touchant à tout et à tous, la France n'a pu être exclusive ; de là son caractère sympaUiique. Elle ne peut avoir une existence solitaire, donc, sa pensée sera générale, sa vie expansive, et mille fois elle sortira par les mille routes qui s'étendent devant elle aux quatre coins de l'horizon. Parla aussi, elle subira, plus qu'une autre, les influences étrangères; ce qui la forcera de se replier sur elle-même pour se concentrer. Mais ce flux et ce reflux incessant de guerres et d'idées ont fait de la France le centra politique et moral de TEurope, le pays chargé de traduire à tous les idées de chacun.

M. Guizot, qu'on n'accusera pas de flatter

hors de propos son pays, le dit lui-même :

« Les idées, les institutions civilisantes, si je puis ainsi parler, qui ont pris naissance dans d'autres territoires, quand elles ont voulu se transplanter, devenir fécondes et générales, agir au profit commun de la civilisation européenne, on les a vues en quelque sorte obligées de subir, en France, une nouvelle préparation; et c'est de la France, comme d'une seconde pairie, plus féconde, plus riche, qu'elles se sont élancées à la conquête de l'Europe. Il n'est presque aucune grande idée, aucun grand principe de civilisation qui, pour se répandre partout, n'ait passé d'abord par la France. »

Je veux finir par le témoignage d'étrangers, d'ennemis. Le chevalier Temple écrivait : «c La France, noble et fertile État, le plus favorisé par la nature de tous ceux qui sont au monde. » Ët de Maistre, reprenant à son compte les paroles de Gi*otius, l'appelait « le plus beau royaume après celui des cieux. » Qui nous reprochera un peu de fierté quand on entend ce grand adversaire de la Révolution, ce défenseur de la royauté et du pontificat

316 LÀ SURFACE DU SOL FRANÇAIS

s'écrier : « Vive la France, même républicaine M »

Les Grecs croyaient que la beauté physique

est le signe et comme le reflet de la beauté morale. Notre pays est le mieux fait de l'Europe, je crois Tavoir montré; notre histoire sera la plus grande des histoires européennes; on le verra même à travers la faiblesse de mes récits.

1. Lettre au baron Vigné, dans la Correspondance de y. de MaislrSy publiée par Al. Alb. Blanc.

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