‹ Introduction générale à l'histoire du droitChapitre 9 sur 52 · PREFACE. XXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXI

ble accusation à laquelle il faut répondre. Ceux qui nous l'ont adressée n'ont peut-être pas songé que les différents peuples , sans dépouiller leur propre caractère et leur originalité , s'instruisent successivement les uns les autres ; ils sont fils de la même mère, de l'humanité; et ces frères , s'ils ont leurs jours de haine et de guerre, ont aussi un lien d'affection et de sympathie qu'il n'est pas plus possible de méconnaître que de briser. L'intelligence de la France ne s'est pas altérée pour avoir senti tour à tour les diverses Influences de la littérature italienne, de la littérature espagnole, et de la littérature anglaise. Sans doute ces importations nécessaires qui lient les peuples rencontrent toujours au commencement une opposition qui gronde, et qui affecte de prendre fait et cause pour l'honneur national. Ainsi, dans le siècle dernier , on ne fut pas avare du reproche ^anglomanie envers Yoltaire et Montesquieu, qui avaient été chez nos voisins s'enquérir de Locke, de Newton et de la constitution anglaise.

L'Allemagne n'a véritablement commencé que par Luther à retentir en Europe ; elle eut ensuite

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sa guerre de trente ans, délivrance sanglante des liens du moyen âge. Leibnitz vint peu après. Enfin Klopstok et Kant ouvrirent une littérature et une philosophie originales. Certes, la patrie de Kant, qui produisit plus tard Schiller et Goethe, méritait d'être connue , et d'être estimée à son prix par le pays de Descartes, de Corneille et de Racine. Mais, il faut l'avouer, les différences profondes qui caractérisent les deux nations mirent quelque temps obstacle à leur rapprochement; puis en France nous étions tellement accoutumés depuis le siècle de Louis XIV à la suprématie de la pensée , que nous avions peu d'empressement et de curiosité à promener nos regards hors du cercle de notre gloire. De son côté, l'Allemagne avait été vivement indisposée contre nous par deux hommes qui avaient abusé envers elle de la victoire, par Voltaire et Napoléon. La supériorité moqueuse du philosophe, le génie militaire et administratif du conquérant, avaient insolemment pesé sur celte terre de religion rêveuse , de métaphysique profonde et de patriotisme historique. Au milieu de cette antipathie , une femme de génie vint s'entremettre : unissant le tact , la fincvsse, la

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tendresse de cœur de son sexe , à la pensée virile et au talent pittoresque d'un grand écrivain , madame de Staël fit connaître TAllemagne à la France. Dans son livre, qui offre à la fois l'abandon d'une causerie et l'éclat d'un poème , on la voit, entre le peuple allemand et le peuple français, comme une femme d'esprit entre deux hommes supérieurs , les rapprocher, les faire valoir tour à tour , les mettre en saillie par les côtés où ils se peuvent prendre. Citations heureuses, analyses artistement combinées, points de vue inattendus et riants , pensées profondes , élans de poète , tout , dans le livre de madame de Staël, concourt au même but; et je me persuade qu'après l'avoir lu , il n'est pas , chez les deux nations, un homme de bonne foi qui n'ait senti s'évanouir ses préjugés et sa froideur.

Depuis madame de Staël , nous nous sommes familiarisés avec la littérature allemande ; la philosophie s'est aussi appuyée des travaux de nos voisins : ce doit être aujourd'hui le tour de la haute jurisprudence , et nous pouvons nous abandonner avec d'autant plus de confiance à ce mouvement , que, pour

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