IV OEUVRES DE M. DE BIRAN
lant d'une destinée philosophique qui se distingue des deux destinées précédentes. Il n'y a pas d'unité dans son œuvre : sa fin contredit son commencement. Il n'y a pas non plus un moment qu'on puisse assigner, où une pensée nouvelle, surgissant dans son esprit, vienne couper en deux parties distinctes sa vie scientifique. Il se modifie, mais d'une manière progressive et sans hrusques transitions. Sa pensée va toujours en avant, par un mouvement continu; et plus on l'étudié de près, plus on y découvre, à chaque moment, la trace du moment qui précède et le germe du moment qui suit. .Malgré toute la distance qui sépare son point d'arrivée de son point de départ, il est difficile de trouver dans sa marche des points d'arrêt véritables. La détermination de périodes dans l'exposition successive de ses doctrines a donc nécessairement quelque chose d'artificiel. Il convenait de signaler, dès le début, ce fait caractéristique, afin que le lecteur n'attribue pas une importance exagérée à des divisions dont une histoire quelconque pourrait difficilement se passer.
Les travaux de M. de Biran lui-même fournissent du reste des secours précieux pour établir, dans son développement philosophique, les périodes les moins artificielles qu'il soit possible d'espérer. lia donné, sans y penser , le cadre d'une histoire complète de son existence intellectuelle ; il sera facile de s'en convaincre.
Lorsque ce philosophe traça le plan d'un dernier ouvrage que la mort ne devait pas lui permettre d'achever, il groupa tous les faits que la nature hu-
i.\tiiodlc:tion de LÉLUTELU. V
maille avait successivement révélés à son observation, dans les trois classes suivantes, qu'il appela des vies :
La vie animale, qui se caractérise par des impressions, des appétits et des mouvements , organiques dans leur origine, et régis par la loi de la nécessite.
La vie humaine , résultant de l'apparition de la volonté libre et de la conscience de soi.
La vie de l'esprit, qui commence au moment où l'âme, affranchie du joug des penchants inférieurs, se tourne vers Dieu , et trouve en Dieu sa force et son repos.
Or, les trois vies n'étaient pas seulement le résultat dernier des observations du philosophe, c'étaient aussi les trois degrés successifs par lesquels il s'était élevé à une possession de plus en plus complète de la vérité. Il avait commencé par croire, ou tout au moins par dire, avec l'école régnante dans sa jeunesse , que cette sensibilité physique par laquelle l'homme se rapproche de l'animal suffit à expliquer l'homme tou t en entier. Il avait ensuite professé que la force propre de la volonté consciente, dans sa réunion avec les éléments de la vie inférieure, explique tous les phénomènes , et que la domination de la force libre sur les penchants aveugles est le terme le plus élevé de la destinée humaine. Il avait enfin affirmé que si la volonté se sent faite pour régner sur les éléments do la nature animale, elle ne se sent pas moins constituée en dépendance d'un ordre supérieur et divin , où elle doit chercher son appui. La vie de l'esprit s'était dès lors manifestée à ses yeux