XXXVI OEUVRES DE :\I. DE BIRAN
mations étransjes d'une étude dont les droits se manifestent pourtant si clairement à la conscience? Parce qu'aucune part n'a été faite à l'esprit humain lui-même, au sujet, dans l'origine première delà connaissance. C'est une omission au début; et, à la fin du système déroulé dans toutes ses conséquences, cette omission se retrouve sous la forme d'une négation absolue.
Pour décomposer véritablement la pensée, pour jeter les bases réelles d'une analyse de l'entendement, il faudrait sortir des abstractions conventionnelles et stériles dans lesquelles s'égare trop souvent la philosophie; il faudrait atteindre, en fait et séparément, les facultés élémentaires qui concourent à la production de la pensée, et dont le programme de l'Institut reconnaît l'existence. Il n'y a de décomposition possible que si la pensée n'est pas un fait simple, comme la sensation de Condillac, mais un composé résultant de facultés diverses. Pour entrer dans cette voie, il faut avant tout être fixé sur la valeur du terme faculté.
Que sont les facultés? Dans le premier sens que ce mot présente à l'esprit, ce sont des causes, des forces productives. Ce sens du mot répond à un témoignage très-clair et très-positif de la conscience, qui nous assure qu'il est en nous une puissance d'agir qui se manifeste à elle-même, et dont les résultats extérieurs de notre activité sont le produit. Voilà le sens psychologique du mot. Mais ce mot a un autre sens, celui qu'y attachent les physiciens et les physiologistes fidèles à la méthode de Bacon. Pour eux
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une faculté est simplement le titre d'une classe de faits, et n'emporte nulle idée de force ou de cause, nul retour au sentiment intérieur d'une puissance. Ainsi la sensibilité et la motiliié sont des facultés reconnues par les naturalistes aux corps vivants qui font l'objet de leur étude. Que veulent-ils dire par ces termes? Ceci seulement : c'est que les corps vivants soumis à certaines excitations observables, manifestent des mouvements de réaction observables aussi. Le tout se produit au dehors et s'offre à la vue du spectateur. La faculté n'est ici que le titre d'une classe de faits qui ne supposent aucune intervention des données propres de la conscience. Mais cette notion de la faculté ne peut remplacer l'autre, la notion interne et psychologique. La sensibilité et la motilité demeurent autre chose pour nous que l'excitation d'un nerf et les mouvements de réaction qui en résultent, car nous savons d'une science interne et certaine qui n'emprunte rien à l'observation du dehors, ce que c'est que sentir et mouvoir. En vain bannit-on de la théorie cette idée de la faculté telle qu'elle se révèle à la conscience, elle n'en demeure pas moins présente à l'esprit du savant. Aussi voiton que, dans l'école de Bacon et de Locke, où l'idée d'une cause réelle, individuelle, n'a aucune base, cette idée s'impose sans cesse à la pensée des philosophes sans qu'ils s'en doutent, et vient continuellement se mêler d'une façon indue à l'exposition de leurs doctrines.
Le terme faculté a donc deux sens bien distincts. Au sens psychologique il exprime une puissance