‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 21 sur 66 · INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. LV

Au lieu de chercher vaguement la condition de la connaissance en général, il est indiqué, par la nature des choses, de chercher la condition de la conscience sans laquelle toute connaissance est impossible. La conscience est le caractère essentiel et permanent du sujet; si l'on réussit à déterminer sa condition, on aura trouvé par là même le fait qui constitue le sujet lui-même. Or, il est un fait condition de la conscience, de la personnalité, du moi, et par suite de toute connaissance. L'homme peut vivre sans le savoir, comme il arrive dans les cas de sommeil absolu et de défaillance, par exemple; il n'est pour luimême, il ne se dit moi qu'en raison du sentiment d'une activité intérieure qui lui révèle sa propre existence. Etre, pour lui, c'est agir. Le moi n'a pas de fondement dans un mode quelconque de la sensibilité, comme le pense l'école de Locke ; il ne se manifeste que dans l'action. L'action est donc le fait cherché, la condition de la conscience et de la personnalité.

Mais l'acte continu qui fait l'existence humaine n'est pas un acte pur, et la conscience n'est pas le sentiment abstrait d'une force qui ne se connaît que comme force. L'acte fondamental de l'existence humaine est un effort, c'est-à-dire une action indivisiblement liée à une résistance ; et le sentiment de la force ne se manifeste que dans le sentiment de cette résistance même. Effort, résistance, les deux termes sont inséparables, puisque l'un des deux étant supprimé, l'autre s'évanouit en même temps.

L'homme donc se sent et se sait double primitive-

LVi OEUVRES DE M DE BIIIAN.

nient. Au moyen de ses sens extérieurs, il 'apprendra qu'il a un corps étendu, tîguré, doué de telles qualités sensibles; mais sans avoir vu son corps, sans avoir promené la main sur sa surface, il a la connaissance immédiate et purement interne d'un organisme qui résiste et cède à son effort. Ce sentiment est inséparable de celui de son existence: l'âme et le corps se manifestent à la fois et indivisiblement. Si nul ne peut méconnaître la résistance des muscles dans le fait de la locomotion, une réllexion exercée réussit à rompre le voile de l'habitude et à discerner dans l'acte de la pensée la plus abstraite en apparence, le sentiment immédiat d'un terme organique qui résiste.

Tel est le fait primitif de la connaissance, dualité absolue, irréductible, qui est celle d'une cause agissante et d'un terme résistant, non celle d'une substance et d'un mode. Le moi, en effet, ou la personne constituée pour elle même, ne doit pas être confondu avec l'âme substance, concept objectif qui peut devenir la base d'une foule d'assertions hypothétiques, précisément parce que c'est un concept objectif et non un fait donné par la couscience.

Les deux termes du fait primitif ne tombent pas sous la loi de la succession et du temps; il n'y a entre eux ni avant, ni après, puisqu'ils sont constitués l'un par l'autre. L'analyse philosophique est insuffisante si elle ne remonte pas jusqu'à cette dualité fondamentale ; elle devient abstraite, c'est-à-dire qu'elle s'égare en s'éloignant de la source de toute réalité, dès qu'elle prétend remonter au delà.

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