LVIII ŒUVRES DE M. DE BIRAN
Enfin, la base première du concept de l'espace se trouve dans le sentiment intérieur et immédiat du corps propre et de ses diverses parties, tandis que la volonté, successive dans ses actes dont elle ne peut faire qu'un à la fois, est l'origine première de l'idée du temps.
Ainsi sont fournies à la pensée ces notions premières, qui ne peuvent être dites innées ou a priori puisqu'elles ne sont que l'expression du fait constitutif du sujet , mais qui diffèrent profondément des idées générales, déduites des impressions externes par la voie de l'abstraction et de la comparaison. Les idées générales sont le résultat de l'observation qui se dirige sur les objets du debors; les notions sont le produit pur de la réflexion du sujet sur lui-même. Et comme le sujet est l'élément indispensable de toute connaissance, les notions dans lesquelles le sujet manifeste sa propre nature se retrouvent partout et toujours, tandis que les idées générales varient comme les objets qui leur donnent naissance. Partout où existe le sujet, il porte avec lui ces idées fondamentales inséparables de son existence ou de la perception interne qu'il a de luimême ; il les porte dans l'acte de la connaissance, il ne les reçoit pas. Et comme de toutes les notions la plus voisine du fait primitif est celle de cause, dans laquelle ce fait reçoit son expression immédiate, l'idée de cause est l'idée-mère et véritablement la pierre angulaire de toute la pbilosophie. C'est pourquoi, plus le scepticisme sera intelligent, plus il mettra de soin et d'importance à attaquer cette base de