PHILOSOPHIE DE LA RELIGION, 1818 A
Domine, fecisti nos ad te et hninittum est cor nostruni, donec requiescat in te.
(SaijiT Alc.lstin.)
Vers le milieu de l'année 181'?, M. tie Biran ayant à peu près terminé la rédaction de ÏEssai sur les fmdemeiits de ta Psychologie quittait la sous-préfecture de Bergerac pour se fixer à Paris, où devait être dès lors et jusqu'à la fin sa résidence habituelle. Il y a lieu, dès ce moment, à répartir ses travaux entre deux catégories qui n'ont pas un caractère strictement chronologique. Plusieurs de ses écrits bien que postérieurs à 1812, ne sont pourtant quant à leur contenu que le prolongement de VEssai : nous n'avons pas à y revenir (1). D'autres renferment les
(1) Les Nouvelles considérations sur les rapports du moral et (In pl)]jsi<jHe de Chouimc, par exemple, bien que datant de 1821, ont, avi fond, le caractère prédominant des écrits de la deuxième période. Ce fait s'explique aisément lorsqu'on sait que les ISoavcUes considérations ne sont qu'un remaniement du Mémoire couronné à Copenhague en 1811.
cxvili OEUVRES DE M. DE BIRAN.
germes plus ou moins développés des vues nouvelles qui caractérisent la troisième et dernière des périodes que nous avons établies dans notre exposé. Cette période ne commence qu'en 1818, époque où la préoccupation religieuse, réelle auparavant, devient décidément dominante; j'y rattache toutefois les travaux et les faits de toute nature, antérieurs à 1818, qui renferment, soit les causes, soit les signes précurseurs du dernier mouvement de la pensée du philosophe. Le lecteur voudra bien au reste se rappeler ce qui a été dit au début de ce travail, sur la valeur nécessairement relative des divisions établies dans le développement continu d'une pensée qui marche en avant , sans transition brusque et sans pas bien décisifs.
Lorsque M. de Biran vint se fixer à Pai'is, le mouvement intellectuel qui caractérise l'époque de la Restauration avait déjà commencé et trouvé les plus illustres de ses représentants : Chateaubriand, madame de Staël, de Maistre , de Bonald, l'abbé Frayssinous et d'autres encore. Littéraire, politique et religieuse dans ses débuts, comme je l'ai indiqué plus haut, la réaction contre les tendances du xviii' siècle commençait à se manifester dans le domaine propre de la philosophie. Nombre d'esprits ne partageaient plus les inébranlables convictions de Destutt de Tracy, et se refusaient à voir dans la doctrine de la sensation transformée le dernier mot de la science. Sans parler ici de l'œuvre propre de iM. de Biran, dès 1801 l'écrit de Villers avait attiré l'attention de la France sur la doctrine de Kant et les derniers
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. cxix
développements de la philosophie allemande ; en 1808, Prévost avait traduit Dugald-Stewart ; en 1811 enfin, les cours de Laromiguière et de Royer- Collard s'étaient ouverts à la Sorbonne.
M. deBiran arrive à Paris précédé de sa réputation naissante, connu, estimé déjà des autres chefs du mouvement intellectuel de la France. Il se rapproche incontinent des hommes voués à l'étude de la philosophie. Bientôt il se réunit avec eux dans une société régulièrement constituée, où figurent, dès le commencement. MM. Royer-Collard, Ampère, Guizot, de Gérando, Thurot, Durivau, Maurice, Christian, Georges et Frédéric Cuvier, et un peu plus tard, MM. Cousin et Loyson. C'était là un milieu intellectuel bien différent de celui de Bergerac, et ce changement complet dans les circonstances du philosophe, devait avoir une action positive sur sa pensée.
Les relations de M. de Biran avec M. Cousin sont à cet égard le fait le plus important. Sans M. Cousin, Maine de Biran aurait été promptement oublié peut-être, malgré la haute estime de ses contemporains. Mais lorsqu'une parole qui avait autant d'éclat que celle de l'illustre professeur de la Sorbonne, nommait M. de Biran « un homme sans égal en « France pour le talent de l'observation intérieure, « la finesse et la profondeur du sens psychologi- « que, » et « le plus grand métaphysicien qui ait « honoré la France depuis Malebranche,» il y avait là plus qu'il n'en fallait pour fixer l'attention sur lui d'une manière durable. M. Cousinn'a pas seulement