CXI OEUVRES DE M. DE BIRAN
été le principal instrument de la renommée de M, de Biran, il a fait plus : il a adopté, il a répandu plusieurs de ses idées, avec toute la puissance de son talent (I). Ainsi, tandis que les grands travaux du philosophe de Bergerac restaient en portefeuille, grâce à son séjour dans la capitale, le résultat de ses méditations agissait pourtant sur la marche de la philosophie beaucoup plus énergiquement que par le passé.
D'autre part, le séjour de Paris réagissait d'une manière sensible, sur sa propre pensée. Dans ses relations avec M. Cousin, il trouvait l'avantage du contact avec un esprit plus ardent, plus étendu que le sien, avec un homme voué avec zèle à l'étude de l'histoire des systèmes métaphysiques, et que les nécessités de renseignement portaient à envisager les questions sous toutes leurs faces. Auparavant déjà, la société philosophique lui rendant les communications avec son ami Ampère plus faciles, et le rapprochant d'intelligences aussi élevées que celles de MM. Guizot, Royer-Collard, Georges Cuvier, était de nature à activer beaucoup le mouvement de ses idées, dont un plus long isolement eût peut-être paralysé l'essor.
La solitude de son département lui avait procuré les avantages d'une spontanéité réelle ; une fois maî-
(1) M. de Biran avait communiqué ses manuscrits à IM. Cousin, et l'influence de cette communication et des entretiens qui raccompagnèrent, est extrêmement marquée dans les écrits de M. Cousin, qui datent de cette époque. Voir surtout le programme des cours de 1816 à 1817, et le fragment sur le langage, qui date de la même époque.
INTRODUCTFON 1)1". L'EniTElT,. CXXI
tre de ses propres conceptions, etbien au clair avec lui-même, il se trouvait dans les conditions les plus heureuses pour recueillir les bienfaits de l'échange et de la discussion des idées, sans que rnifluence d'un nouveau milieu risquât de compromettre le caractère individuel et libre de son développement. Cette influence d'un milieu nouveau et plus actif se manifeste d'abord en ce que M. de Biran discerne clairement les grands problèmes de l'ordre intellectuel que jusqu'alors un voile semblait avoir couverts à ses yeux. Nous avons vu que dans VEssai, il avait distingué le moi de l'âme substance, la certitude de conscience dont il faisait sa base unique, de la certitude rationnelle dont il méconnaissait les droits. Mais il n'apercevait pas les conséquences de ce point de départ purement subjectif, et par suite ne lui demeurait pas invariablement fidèle. Il parlait de la force hyper-organique et de la résistance comme de choses en soi; il introduisait dans ses développements la croyance aux réalités oljectives, sans se rendre compte qu'il fallait pour rester conséquent à ses prémisses ou renoncer à faire usage de ce point de vue, ou lui donner une place dans ses analyses. Il arrive maintenant à une idée nette de sa situation. Il indique quelque part (l), que c'est à Kant qu'il le doit; que c'est Kant qui lui a fait comprendre que la conscience nous manifeste seulement notre existence phénoménale, et nullement la substance de noti'e âme. Mais il est permis de
(1) Édition Cousin, tome II, page 297.