‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 46 sur 66 · CXLII CELVRES DE M. DE BIRAN · texte numérisé non relu

CXLII CELVRES DE M. DE BIRAN

sommes pas réduits, comme voudraient le faire penser une théologie extrême ou une philosophie non moins excessive dans ses prétentions, à choisir entre une soumission aveugle à une tradition qui remplacerait toute science, et une science exclusive de toute reconnaissance des droits de la tradition et de la foi religieuse. Il est permis de penser que la lumière de la raison se concilie avec une lumière plus haute, et les noms des philosophes qui acceptèrent ce point de vue ont sans doute autant de poids que le nom des hommes qui ont voulu proclamer le divorce de de la science et de la foi. Il y a chez les défenseurs du système de la religion naturelle beaucoup d'intelligence et de savoir : on serait mal placé pour le contester aujourd'hui. Mais quelle que soit leur habileté, il leur manque une vue sérieuse et profonde de deux ordres de faits essentiels : l'histoire des idées et l'état de la nature humaine.

Va d'abord l'histoire des idées. La connaissance du vrai Dieu, du Dieu source unique des existences, créateur absolu de l'univers, du Dieu qui demeure dans la plénitude de sa liberté, en dehors d'un monde qui n'existe toutefois que par l'acte continu de son pouvoir, cette connaissance n'a été dégagée de tous les nuages et positivement formulée que par la prédication chrétienne ; de nos jours encore, elle n'existe que là où directenieul ou indirectement le Christianisme exerce son influence. Lorsqu'on veut savoir quelle est, au juste, la position delà raison humaine à l'égard du problème théologique, la manière laplussérieu.seet la plus utile d'aborder la question

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. cXLfll

est sans doute l'étude des faits. Or, où existe le monothéisme proprement dit, en dehors de l'action directe de la doctrine révélée sur les nations chrétiennes, et de son action indirecte et positive toutefois sur les nations musulmanes? Où en sont à cet égard, de nos jours, ces grandes sociétés de l'Asie, qui ont derrière elles tout un passé de culture littéraire et j)hilosophique? Où en étaient à cet égard, dans l'antiquité, je ne dis pas le peuple, mais les penseurs d'élite qui s'élevaient au-dessus des superstitions du vulgaire, et semblent avoir poussé à leurs dernières limites les conquêtes de l'esprit humain? Écoutons, non pas les apologistes de la religion qu'on suspecte facilement de partialité en pareille matière, mais les représentants les plus accrédités de la science, et les défenseurs de la philosophie : « On méconnaîtrait les difle- « renées les plus essentielles, »dit le docteur Ritter, si « l'on croyait que la manière dont Dieu est pensé par « les philosophes païens, est la même que celle dans « laquelle la religion chrétieime nous apprend à le « penser, » et il développe son assertion en montrant dans les doctrines les plus pures de l'antiquité une limitation de Dieu dans son rapport au monde, ou, en d'autres termes, un dualisme qui subsiste et lutte contre le sentiment de l'unité de l'être d ivin ( I ) . « Chose « singulière! » s'écrie )J. Emile Saisset, « dans cette « fécondité prodigieuse de systèmes philosophiques

(1) Considérations générales sur l'idée et le développement historique de la philosophie chrétienne, par le docteur Henri Ritler, traduit do rallemaad ])ar Michel Nicolas, pages 29 et suivantes.

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