‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 47 sur 66 · CXLIV OEUVRES DE M. DE BIRAN · texte numérisé non relu

CXLIV OEUVRES DE M. DE BIRAN

« donl l'histoire de l'antiquité nous retrace les des- « tinées, on ne rencontre sur ce grand problème, « (celui de la création) que deux idées vraiment ori- « ginales et distinctes : l'idée dualiste qui suppose « deux principes co-éternels, Dieu et la matière ; et « l'idée panthéiste qui fait du monde une émana- « tion, un développement de la substance divine... « La métaphysique chrétienne rencontra ces deux « adversaires, le dualisme et le panthéisme, et les « combattit tous deux avec une égale vigueur. Con- « tre le dualisme, elle établit la parfaite unité du «premier principe; contre le panthéisme, elle « maintient la distinction radicale de Dieu et du « monde (1). » C'est-à-dire, en deux mots : le vrai Dieu, dans la plénitude de sa puissance et dans son unité, demeure voilé pour la pensée antique, il est proclamé par le christianisme. C'est bien là le fidèle résumé de l'histoire.

(1) Manuel de philosophie à l'usage des collèges, i" édition, pages 609, et /i70. Ces vues liistoriques si neltetnent formulées par iVI. Saisset, ont la plus haute importance dans la question des rapports de la religion et de la pliilosophie. On sait que cette question a toujours été Tune de celles auxquelles M. Saisset a consacré avec prédilection une large part de son beau talent; et puisque je m'appuie ici de Tautorité de son nom, je croirais manquer de loyauté en taisant qu'il n'a pas toujours émis sur ce sujet des vues iilenliques. Il affirme en effet {Essai sur la philosophie et la religion au wV siècle, pages 3(i9 à 311), que « la philosophie « grecque a découvert et mis au monde, toutes les grandes vérités (( religieuses. » Mais le monothéisme et la création sont, sans rontiedit, des vérités religieuses de première classe. Si la philosophie grecque les a ignorées, elle n'a donc pas mis au monde toutes les grandes vérités religieuses. Il faut choisir entre deux assertions qui semblent s'exclure, et c'est à l'étude impartiale de l'hisloire a déteiminer le choix. puis(|u'il s'agit d'im lait.

INTUODlCTIOi\ DE L'ÉDITELT.. exLV

L'antiquité avait trouvé dans la raison l'unité , rinfiiii, l'éternel, le nécessaire , ces notions qui sont la raison même dans son essence. Je suis loin de nier qu'il n'y ait développement et progrès dans la sagCwSse des anciens; mais ce progrès a un terme qu'il ne dépasse pas ; les penseurs de la Grèce et de Rome n'étaient pas parvenus à concevoir la création absolue, cette doctrine en dehors de laquelle le monothéisme vrai ne saurait subsister. Aussi, la science païenne dans sa plus haute expression tend à la connaissance de Dieu sans y parvenir, se perd dans le problème sans issue pour elle de la co-existence du monde et de l'être absolu, et ne possède, sur la question la plus haute que puisse poser l'esprit humain, que des lueurs mêlées de ténèbres qui ne sont pas une lumière. De là son impuissance à fonder une doctrine , non - seulement pour les masses populaires, mais pour l'élite des intelligences.

Qu'après avoir passé par Socrate et Platon, on lise avec soin le De natura Deoriim de Cicéron, on verra quelles étaient, au moment où l'Évangile allait paraître, les notions théologiques répandues et discutées dans la classe la plus éclairée de la société grecque et romaine. On verra si, dans les conditions actuelles de la nature humaine, la connaissance du vrai Dieu se manifeste d'elle-même à la réflexion. Lorsqu'on passe de Platon à saint Augustin, comme étant avec de simples nuances les défenseurs d'une même cause spiritualiste, on franchit sans le voir un véritable abîme, celui qui sépare l'idée du Dieu

Page 1