INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. CLXVII
tés qui le rendent capable d'entendre la révélation, d'en saisir le sens, en conclut immédiatement que l'homme pouvait donc découvrir par lui-même la vérité révélée. La conclusion est manifestement abusive. De ce qu'une vérité peut être comprise, il ne suit, en aucune façon, qu'elle puisse être découverte ; et, encore une fois, dans le cas dont il s'agit, les actes de la puissance éternelle peuvent être crus et compris, mais la raison ne saurait ni les déduire ni les inventer, en vertu de leur nature même d'actes d'une puissance libre. Il est temps de revenir à mon récit.
M. de Biran, arrivé au point de son développement 011 il était en mesure de construire une théologie, est conduit à se poser la question du rapport historique de la religion et de la science. Il l'aborde à l'occasion de M. de Bonald, et sous l'influence de l'école éclectique naissante. Les vues de M. de Bonald le repoussent; l'éclectisme altère sa vue de l'histoire ; et cette double action a pour résultat apparent de le jeter d'une manière décisive du côté de la religion naturelle. Ce résultat toutefois n'est qu'apparent. Il ne devait jamais se rapprocher de M. de Bonald, mais il devait s'approcher toujours plus de la foi des chrétiens.
Son esprit avait été fortement tixé sur la révélation, et, malgré le premier résultat de ses pensées à cet égard, c'était là un fait capital. Le christianisme, une fois considéré de près, devait agir sur lui par sa propre vertu; et il semble ne s'être si bien affermi pour un temps dans le point de vue du rationalisme)
CLXVlii ŒUVRES DE M. DE BIKAN.
que poui- donner plus d'éclat et plus de valeur au témoignage qu'il devait rendre bientôt de l'insuffisance de ce point de vue. En fait, il abandonne la direction dans laquelle l'avait engagé sa polémique avec l'auteur des Recherches philosophiques ; on le voit passer outre et traverser l'éclectisme et la religion naturelle pour arriver à l'Evangile. La seconde des questions indiquées plus baut , la question du mal et de l'état de la nature liumaine devait avoir une large part dans ce résultat.
Cette question se posa d'abord à lui sous la forme d'une expérience personnelle. Dès le début de sa carrière, son tempérament mobile lui avait fait éprouver vivement le besoin d'un point d'appui, d'une base fixe de l'existence, condition essentielle du bonbeur. Les commotions politiques, en ébranlant profondément son âme, avaient développé en lui cet instinct : l'inconstance de toutes les cboses d'ici-bas, écrite en caractères si visibles dans les événements déroulés devant ses yeux, avait tourné ses regards vers les cboses immuables. Il avait compris qu'au sein d'une vie où tout s'écoule comme un torrent, l'âme buujaine a besoin de s'appuyer sur quelque chose de stable, sur quelque chose d'éternel. Eu même temps, l'idéal moral naturel à son âme élevée et sensible s'était développé par la lecture de la Bible, du livre de V Imitation, des grands écrivains du xvii" siècle.
Par cette double voie, il était arrivé à comprendre que l'homme, pour être dans l'ordre, pour accomplir sa destination, doit trouver le repos dans son
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union avec Dieu, et le bonlieur dans l'accomplissement de la loi éternelle du devoir. Celle vue de la destination humaine n'était pas poui lui un simple point de doctrine, une thèse d'école ou un élément ^ de système ; c'était le sentiment profond et sérieux d'une vérité faite pour régler et dominer sa vie entière. Aussi, se demandait-il, et avec une sollicitude toujours plus grande, dans quelle position lui, ses semblables, l'homme, en un mot, se trouvaient en présence de cet idéal obligatoire?
Lorsqu'il fut bien dégagé des liens de la doctrine de Condillac, lorsqu'il eut établi que l'homme est un être actif, et que la volonté est son essence, il pensa quelquefois qu'il est réservé à l'effort de la volonté de nous donner la paix, de triompher de tous les penchants inférieurs d'une nature animale et sensible, et de nous mettre dans le repos et le bonheur en nous plaçant dans l'ordre. C'est la doctrine des stoïciens anciens et modernes, et c'était bien là la conséquence assez naturelle des théories de VEssai. Mais une double expérience empêcha iM. de Bii'an de s'arrêter à ce point de vue.
La volonté est impuissante par ses seules forces à suivre toujours les prescriptions de la raison, à triompher de la nature animale ; elle ne peut donner le repos, parce que ses triomphes momentanés sont mêlés de revers et toujours obtenus au prix d'une lutte pleine d'angoisse. La vie entin est semée de souffrances, et, pour être en paix dans la douleur, il ne suffit pas do s'y résigner, il faut l'aimer, et c'est ce que la volonté et la raison seules ne peu-