CLXXIV OEUVRES DE M. DE BIRAN
des phénomènes est à la science de l'univers visible.
Prétendre que l'acceptation du dogme doive éteindre tout esprit de recherche, c'est donc méconnaître tout ensemble et la nature de la religion et celle de l'esprit humain. Il n'y avait rien dansles antécédents de M. de Biran qui pût engager sa pensée dans cette voie. Sa psychologie se trouvait en accord, plus qu'il nit\e savait lui-même, avec la vérité chrétienne; il avait à la compléter, non à la renier. Ses vues profondes sur le rôle et les droits de la volonté étaient même nécessaires à une pleine conception du dogme de la chute, et de celui de la restauration. En arrivant au christianisme, il n'éprouva donc pas le besoin de jeter loin de lui le résultat de ses méditations précédentes.
Il put moins encore faire dans sa pensée une part à la religion et une part distincte à la philosophie. Au moment de l'histoire de l'esprit humain où nous sommes parvenus, ce procédé peut se comprendre dans l'école, lorsque la science est abstraite, et se meut en dehors de la sphère réelle de la vie. L'histoire nous le montre apparaissant à diverses époques comme une précaution de la prudence. Mais les nécessités et les exigences de la vie intérieure dominaient tout le développement de M. de Biran. Sa philosophie était sérieuse comme sa religion, sa religion sérieuse comme sa philosophie. Elles devaient dès lors se joindre et s'unir, car elles n'étaient dans le fond qu'une même chose: l'effort de son âme vers la vérité et le bonheur. Il résolut donc d'entreprendre la science de l'homme avec toutes les res-