‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 66 sur 66 · CCXIV OEUVRES DE M. DE BIRAN · texte numérisé non relu

CCXIV OEUVRES DE M. DE BIRAN

la philosophie. Dans cette œuvre, aidons-nous avec respect mais avec liberté du travail des siècles et des efforts des docteurs de l'Église ; aidons-nous des recherches de toutes les intelligences, de toutes les âmes sincères qui, comme M. de Biran, sont venues à la foi sans déserter la science. ... et, munis de ces ressources, marchons en avant.

C'est une étrange illusion que de croire le christianisme épuisé, et la transformation qu'il a apportée dans l'esprit humain, parvenue à son terme. C'est le méconnaître, que le croire assers i à une forme passagère, et de le supposer détruit parce qu'il fut contenu, pour un temps, dans les cadres aujourd'hui brisés delà scolastique. Sans doute, le christianisme est immuable de sa nature; on ne saurait ni refaire, ni modifier l'œuvre divine. Mais autre chose est la vérité religieuse , autre chose les systèmes qui s'efforcent d'en exprimer scientifiquement le contenu. Le soleil ne s'est-il pas levé toujours le même, sur les ruines successives des systèmes des astronomes? La nature ne poursuit-elle pas son cours, au milieu des théories des naturalistes qui s'élèvent et s'écroulent tour à tour? L'Evangile éternel survit de même aux conceptions de la science qui cherchent à l'exprimer; et tandis que les systèmes se succèdent, passent et se renouvellent, il demeure comme une source permanente de lumière; les siècles passeront sans l'éteindre.

Toute forme extérieure peut se détruire; humaine, elle appartient au domaine de la mortalité; la vérité ne meurt pas parce qu'elle a la vie en elle-même. Vé-

iNTIlODUCTION DE L'ÉDITEUR. cciY

rite ancienne et toujours nouvelle, source où l'on puise depuis dix-huit siècles sans, que son flot diminue, l'Évangile suffira aux besoins de la pensée, aussi longtemps que la pensée poursuivra son cours; loin d'arrêter l'essor de l'esprit humain, il lui réserve de nouveaux progrès et de nouveaux triomphes.

Il n'est pas temps en vérité de s'arrêter avec découragement sur la route, de douter de l'avenir et de regarder en arrière. Nous avons mieux à faire que de nous borner à recueillir, comme dans un miroir, les rayons pâlissants de la sagesse des siècles écoulés. Le jour où les Chrétiens, renonçant à leurs luttes intestines, travailleraient de concert à compléter l'œuvre commencée de la science vraie, et l'offriraient à un monde qui, après tout, a besoin de doctrine et de vérité; le jour où la philosophie éclairée par tant d'expériences et avertie par tant de chutes, embrasserait sérieusement l'Évaniïile, et rassemblerait tous les jets de lumière qui jaillissent de ses ténèbres, ce jour-là serait grand et lumineux dans l'histoire de la pensée.

Ernest N AVILIE.

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