Voir la tlevue philosophique, I'.mii. mars et .mil
vertige ; au contraire ce même vertige sera exagéré par la mise en action de ce sens ou par la mise au repos d'un autre sens, dont l'activité fournit aux centres de l'équilibration un moyen de contrôle et de redressement.
Ainsi le vertige oculaire, dans lequel l'impression génératrice de désorientation vient par la vue, sera soulagé par l'occlusion des yeux et renaîtra par leur ouverture. Au contraire, un verlige stomacal ou, d'une manière plus générale, un vertige à point de départ périphérique non oculaire, sera plutôt soulagé par l'ouverture des yeux (impressions compensatrices d'orientation) et aggravé par l'occlusion des yeux (suppression de la correction oculaire).
En clinique, cette loi peut servir à déterminer le point de départ d'un vertige donné.
On peut conserver l'ancienne et classique division des vertiges en vertiges centraux (qui ne dépendent que d'une altération centrale) et vertiges •périphériques (dans lesquels il y a à la fois une altération centrale ' et une altération périphérique).
Dans les vertiges périphériques, l'impression génératrice peut être : 1° kinesthésique : vertiges rotatoires (escarpolette, montagnes russes, valse, mal de mer), vertige locomoteur (prolongation et maintien de certaines attitudes fatigantes, les bras étendus par exemple comme les derviches); "!■■ labyrinthique : vertige, auriculaire ou de Menière, très fréquent, et vertige galvanique par application des deux électrodes d'un courant galvanique sur les apophyses mastoïdes; 3° visuel, sensoriel ou optique et kinesthésique ou oculomoteur ; exemples : paralysie unilatérale d'un oculomoteur, nystagmus, aslliénopie musculaire, abaissement de la cataracte (Trousseau et Mignien), simple mouvement des yeux en haut (Ahadie), impression brusque d'une lumière vive (Purkinje), faux-jour produit par des vitraux bleus (Guéneau de Mussy), tapisserie à losanges (Darwin); 4° olfactif : certains parfums, expositions de parfumeries, odeurs des foules; 5° tactile : action brusque du froid ou du chaud, chatouillement, contact de certaines étoiles, passage du peigne dans les cheveux; impressions tactiles de la muqueuse nasale (recherches au stylet, ablation de polypes), des dents ou de la bouche, etc.; 6° viscéral vagosympathique) : larynx.
1. L'altération des centres anatomiques de l'équilibration esl nécessaire dans tous les cas.
estomac, foie, intestin; 7° cortical* : neurasthéniques, surmenés, paralytiques généraux, psychiques; Pierre Bonnier parle de sujets qui peuvent se donner le vertige par le seul effet de leur imagination et en quelque sorte à volonté; tumeurs cérébrales et spécialement du lobe frontal
Les vertiges centraux s'observent dans les lésions : 1° du cervelet cl des pédoncules cérébelleux (le vertige fait partie intégrante du syndrome cérébelleux); 2° du bulbe et de la protubérante; 3° des centres labyrinthiques.
b. Les déséquilibres.
Sous le nom iVastasie-abasie, Charcot et Blocq ont décrit (1888) le trouble de la fonction d'équilibre dans la marche (abasie) et dans la station debout (astasie). Ces deux éléments peuvent être dissociés. De plus, il faut, dans chaque cas, distinguer la qualité du trouble générateur de l'astasie ou de l'abasie. De là, le plan adopté dans ce paragraphe (tableau VII, p. 290).
a. Déséquilibre par akinèsie ou hypohinésie.
1° Abasies par akinèsie. — L'abasie paralytique a été exceptionnellement observée dans les lésions organiques : Cenas (méningite alcoolique avec ostéome de la faux comprimant le lobule paracentral droit), Mongour (tumeur du cervelet). Le plus souvent, c'est un symptôme d'hystérie ou tout au moins de névrose. Expérimentalement, Luciani, après lésion du cervelet chez le singe, a signalé un état très analogue qu'il a appelé : asthénie, atonie et astasie.
Les parah/sies nocturnes ou par occlusion des yeux (Duchenne) s'observent chez les malades dont l'orientation kinesthésique est profondément troublée. Les sujets, dans ces cas, ne peuvent mouvoir leurs membres que quand ils les regardent et les voient. Quand ils sont surpris par l'obscurité, que leur attention est détournée, qu'on leur fait fermer les yeux, le mouvement ne continue pas désordonné (comme chez l'ataxique), il s'arrête : c'est l'abasie par occlusion des yeux chez des sujets désorientés par kinanesthésie.
i. Périphérique malgré les apparences, puisque l'écoroe cérébrale m.' lait pas partie des centres automatiques de l'équilibration, vrais centres du vertige.
2° Astasies par akinésie. Hypotonies. Effondrements. — Certains sujets (paralysies localisées) ne sont en équilibre que quand ils marchent et ne sont pas en équilibre au repos : équilibre du vélocipède.
Les principaux troubles de l'équilibre au repos portent sur le tonus et se confondent avec les hypotonies. Pour apprécier l'hypotonie on mesure la résistance des membres aux mouvements communiqués, le sujet ne faisant aucune résistance volontaire. Dans l'hypotonie, la limite de ces déplacements recule, dans des proportions souvent considérables : grand écart, subluxations, positions acrobatiques.
On a observé cette hypotonie dans certains cas d'hémiplégie, de chorée... mais c'est surtout dans le tabès (lésion des cordons postérieurs de la moelle) qu'on peut l'étudier et qu'on l'a étudiée.
Au même paragraphe se rattachent les effondrements (labes, sclérose en plaques, maladies du cervelet) : déséquilibres brusques par akinésie, soit au repos, soit dans les mouvements.
(à. Déséquilibres par hyper kinésie.
1° Entraînements. Mouvements de rotation. — Expérimentalement, ces mouvements ont été notés, depuis Flourens et Magendie, dans les lésions du cervelet ou des pédoncules cérébelleux, des canaux semicirculaires : mouvements de roulement en boule, en rayon de roue ou comme l'aiguille d'une boussole, de manège, de culbute en arrière ou en avant, d'oscillations jusqu'à la chute déviation des yeux, tremblements des globes
oculaires (nystagmus).
Cliniqvement, on a noté : 1° dans T'Iiystérie, de l'astasie abasie par hyperkinésie; 2° dans la paralysie agitante, de la propulsion (Parkinson), feslination h la poursuite du centre de gravité (Trousseau), rétropulsion ou latéropulsion (du corps ou oculaire) ; 3° dans l'épilepsie procursive, des courses folles, dont on peut rapprocher les fugues de l'automatisme ambulatoire.
Les lésions de ce symptôme sont dans le cervelet (épilepsic procursive), dans les pédoncules cérébelleux, dans les cordons postérieurs ou la substance centrale (périépendymaire) de la moelle, dans le labyrinthe '.
Certains désorientés kinanesthésiques, quand on leur ferme
I. Pierre Bonnier note, dans certains vertiges labyrintbiques, « la propulsion parkinsonienne, du tournoiement, des impulsions en tous sens ».
bruisquemcnl les yeux, continuent automatiquement el inconsciemment le mouvement qu'ils étaient en train de l'aire volontairemenl au moment de l'occlusion. (Test nue hyperkinésie automatique, un entraînement inconscient au repos, à la suite d'un acte.
2° Hupertonies. — Dans la paralysie agitante il \ a raideur par h\ pertonie ' qui entraîne l'attitude spéciale de la tète fixée en avant (Parkiuson), l'attitude soudée de tout le corps (Charroi), le masi]iic lige (Hirt), des déformations persistantes par rigidité musculaire.
Dans les crises de catalepsie, il y a raideur hypertonique des muscles (ûexibilitas cerea) qui immobilise les membres ou les segments de membres dans l'attitude qu'on leur donne. Ces attitudes cataleptiformes ou cataleptoïdes s'observent aussi dans certaines lésions cérébrales et dans certaines infections ou intoxications. Spina les a observées expérimentalement dans l'intoxication par l'opium chez le rat.
Thomsen a décrit (1876) une maladie dont il était atteint et qui a gardé son nom, dans laquelle le début des mouvements volontaires est fortement, gêné ou complètement entravé par un spasme hypertonique. Dans la claudication intermittente, étudiée par Bouley (1831) chez le cheval et par Charcot (1858) chez l'homme, c'est au contraire au bout d'un certain temps que le mouvement est entravé par raideur hypertonique; il reprend après un temps de repos..
Enfin la contracture, déjà étudiée (p. 271), peut encore être considérée comme une bypertonie.
y. Déséquilibres pur parakinésie.
I" Les nia. ries. — L'ataxie est un déséquilibre parakinétique par contractions irrégulières et désordonnées dans les mouvements.
La lésion génératrice de l'ataxie peut, comme la lésion génératrice de la kinanesthésie, siéger à tous les étages de l'appareil d'orientation et d'équilibre (lin. 37, p. 284).
La lésion expérimentale des nerfs périphériques et des racines postérieures (van Deen, Longet, Claude Bernard, Brown-Séquard) chez, la grenouille l'end les mouvements irréguliers et incoordonnés, jusqu'à une véritable alaxie. De même chez le singe
t. Le plus souvent avec exagération des réflexes tendineux.
(Mott et Sherrington). En clinique, l'ataxie est également notée dans les névrites diphtéritiques (Jaccoud), alcooliques (Drcschfeld), arsenicales (Dana)... dans le névrotabes périphérique de Déjerine.
Pour les cordons postérieurs de la moelle il n'est pas nécessaire d'insister : c'est là que siège la lésion du tabès ou ataxie locomotrice progressive (Duchenne). L'ataxie se présente également quand, sans tabès, cette même région est altérée (paralysie générale, sclérose en plaques, syringomyélie, ergotisme, pellagre, lèpre...).
Le faisceau cérébelleux ascendant est lésé dans l'ataxie héréditaire ou maladie de Friedreich qui entraîne encore ce symptôme.
Les lésions expérimentales ou cliniques du cervelet entraînent aussi l'ataxie. Flourens l'a décrite chez le pigeon dès 1824; le fait a été démontré ensuite par Luciani (1801), Gatta (1900)... Voici la description de Thomas pour l'homme : déjà au repos, dans la station debout, les membres inférieurs sont écartés; le tronc et la tète oscillent. Dans la marche, « les oscillations de la tète et du tronc augmentent, le malade ne marche pas suivant une ligne droite vers le but, mais suivant une ligne brisée, il festonne. Le corps se porte trop d'un côté ou de l'autre; on dit que le malade chancelle, titube. Les jambes sont écartées comme dans la station debout, la progression se l'ait surtout à petits pas. Le malade ne lance les jambes ni ne talonne; mais elles sont soulevées brusquement au-dessus du sol et retombent de même. Les oscillations sont quelquefois d'assez grande amplitude pour déterminer les chutes fréquentes. » En somme, « le syndrome cérébelleux se caractérise surtout par des troubles de l'équilibration et des mouvements contrastant avec l'intégralité apparente de la force musculaire et de la sensibilité ».
Le vrai caractère différentiel de cette ataxie cérébelleuse est l'absence d'anesthésie et de Romberg : il n'y a pas d'ancstbésie à cause de l'intégrité de la grande voie sensitivocorticale; l'occlusion des yeux n'aggrave pas le déséquilibre parce que les sensations visuelles d'orientation sont altérées ou détruites.
L'ataxie par lésion du labyrinthe est au contraire le plus souvent aggravée par l'occlusion des yeux; elle diffère de l'ataxie des cordons postérieurs de la moelle par la persistance de la sensibilité et des réllexes rotuliens. Elle est surtout constituée par " des oscillations de la tête et du corps, de la titubation, l'élargissement de la base de sustentation, de l'instabilité ».
300 L'OIUKNTAÏION ET L'EQUILIBRE
On a décrit l'ataxie dans les lésions de la protubérance (Nothnagel), dans les lésions de la région capsulaire (chez (rainions hémiplégiques, mouvements hémiataxiques dans les membres paralysés) et enfin dans les lésions du centre ovale et de l'écorce, par lésion irritative ou incomplètement destructrice de la zone périrolandique sensitivomotrice.
2° Les chorées. — Les chorées sont au repos (tonus) ce que les ataxics sont dans les mouvements : déséquilibre par contractions irrégulières et désordonnées au repos.
On décrit ces mouvements (rares) dans certains cas de lésion des cordons postérieurs de la moelle (ataxic du tonus dans le tabès); chez les vieux hémiplégiques (hémichorée posthémiplégique), surtout quand la lésion siège dans la région capsulolenticulaire. Bonhœfer a insisté sur la fréquence de la lésion dans la région des noyaux rouges et des pédoncules cérébelleux supérieurs (fig. 37, p. 284).
3° Les tremblements intentionnels. — Le tremblement est un mouvement involontaire, régulier de part et d'autre de la position d'équilibre, avec une amplitude et une fréquence des oscillations variables. Il est dit intentionnel quand il se produit dans les mouvements et est accru par ces mouvements : dans ce cas on le dit aussi à forme de sclérose en plaques, du nom de la maladie dans laquelle on l'observe le plus souvent.
Cliniquement on l'a observé dans les lésions irritatives du faisceau pyramidal. Expérimentalement, Luciani l'a observé dans les bras d'un singe opéré du cervelet.
4° Les tremblements au repos. — C'est le type du tremblement de la maladie de Parkinson (paralysie agitante).
On a décrit dans ces cas des lésions irritatives de divers points de l'appareil d'équilibration, sans qu'on puisse encore bien préciser le siège le plus habituel de ces lésions.