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FONCTION ET LEIR CENTRE

Les groupements de neurones que je viens de décrire sont simplement analomiqués el géographiques. Ils n'ont aucune unité fonctionnelle et physiologique. Aussi ne forment-ils pas les grands appareils dans lesquels il faut décomposer le système nerveux.

Les vrais grands appareils nerveux sont définis par leur fonction el. par leur centre.

A propos de l'anatomie envisagée comme moyen d'étude en neurophysiologie j'ai déjà indiqué plus haut (p. 10) (pie les grands appareils ne doivent pas être individualisés par l'unité de leur organe mais par l'unité de leur fonction.

La pathologie démontre très hicn la chose.

Il y a une maladie connue sous le nom de crampe des écrivains : le malade ne peut plus écrire ou n'écrit que très difficilement ou très mal; mais des mêmes muscles il se sert très bien pour tous les actes qui ne sont pas l'écriture. Dans une autre maladie qu'on appelle Yastasie-abasie, le malade ne peut ni marcher ni se tenir dehout; mais, pour tout autre mouvement que la marche ou l'équilibre dehout, ses jambes font bien leur service el ohéisscnt très hien à sa volonté. Dans l'aphasie le malade ne peut pas parler, mais il n'est paralysé ni de la langue ni des lèvres pour tous les mouvements autres que la parole...

La maladie, en dissociant ainsi le fonctionnement d'un organe donné, prouve qu'un même organe répondant à plusieurs fonctions, appartient réellement à divers appareils, à autant d'appareils qu'il y a de fonctions : la maladie se portant, dans certains cas, systématiquement, sur tel appareil et non sur tel autre, l'organe n'est altéré que dans la partie île son fonctionnement qui correspond à l'appareil altéré.

Je parle là d'organe périphérique (muscles, langue, lèvres, nerfs...) Au centre il en est tout autrement : chaque appareil individualisé par sa fonction est également individualisé par son centre.

Si la langue, par exemple, est un organe périphérique commun au langage, au goût, au tube digestif, il y a un centre spécial pour le langage, un autre pour le goût, d'autres pour le tube digestif...

Donc, ce qui fait l'unité et l'individualité d'un grand appareil nerveux, c'est sa fonction' et son centre.

Il ne faut donc plus (comme on le fait encore si souvent) diviser la physiologie du système nerveux en : fonctions du cerveau, fonctions de la moelle, fonctions du cervelet... Pour le physiologiste, le cerveau, la moelle, le cervelet... n'existent pas comme unités distinctes. Ce sont des organes complexes dans lesquels on retrouvera des parties des divers appareils nerveux réels (appareils du langage, de l'orientation et de l'équilibre, de la vision, etc.) qui, eux, sont exclusivement définis par l'unité de leur fonction et de leur centre.

10. — TOUS LES Al'PAPEILS NERVEUX SONT SENSITIVOMOTEURS OL CENTRIPÉTOCENTR1FUGES.

A première vue, il semble qu'on doive diviser les appareils nerveux en appareils sensitifs ou centripètes (comme les appareils de la sensibilité générale et des sens) et appareils moteurs ou centrifuges (comme les appareils de la motilité générale et du langage). *

En réalité, il n'en est rien : il n'y a pas d'appareil nerveux exclusivement centripète ou exclusivement centrifuge.

Dans la vision, il y a, certes, toute la fonction centripète de réception, de transmission et de perception des excitations lumineuses; mais il y a aussi toute la fonction centrifuge de direction du regard dans tous les sens et d'accomodalion aux diverses distances et pour les diverses intensités lumineuses. Tous les appareils sensoriels ne sont complets qu'avec leur appareil d'adap-

1. « Lu mot organe, dit Le Dantec, ne peut avôirqu'une définition physiologique; l'organe est défini par la fonction qu'il accomplit. » C'est un des sens dans lesquels on peut prendre le mot de Lamarck : « la fonction crée l'organe ».

talion. On voit et on regarde, on entend et on écoute, on sent et on llrfWe, on goûte et on déguste.

De môme, la sensibilité et le mouvement sont inséparables et appartiennent au même appareil; l'équilibre (centrifuge) n'existerait pas sans l'orientation (centripète) et le langage n'est pas seulement la fonction d'expression de la pensée par un symbole (parlé, écrit ou mimé) mais aussi, et au môme titre, la fonction de passage inverse du symbole exprimé à la pensée.

Donc, de même que le neurone est formé de prolongements cellulipètes et de prolongements cellulifuges en même temps que d'un corps cellulaire, de même tout grand appareil nerveux est sensitivomoteur et formé de centres, de conducteurs centripètes et de conducteurs centrifuges.

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