FONCTION DU NEURONE. LACTE REFLEXE
Les prolongements neuroniques conduisent l'énergie de la périphérie aux centres ou des centres à la périphérie.
A la peau (fîg. 8, p. 23) on produit une excitation nerveuse (pincement, piqûre) : elle est transmise dans le sens centripète, d'un neurone à l'autre, jusqu'à celui qui perçoit le pincement ou la piqûre (sensation).
D'un neurone central (volonté de mouvoir un doigt) part l'excitation nerveuse qui est transmise dans le sens centrifuge, d'un neurone à l'autre, jusqu'aux muscles dont la contraction assure le mouvement voulu.
Les corps cellulaires, eux, emmagasinent l'énergie et la transforment. C'est dans le corps cellulaire que l'excitation centripète provoque la sensation, se fixe dans la mémoire et se trans • forme en ordre de mouvement.
L'acte de ce genre le plus simple est Yacte réflexe. A un individu qui a la jambe gauche sur le genou droit on donne un coup sec au-dessous de la rotule gauche (sur sou tendon rotulien) : automatiquement, sans intervention aucune de la volonté du sujet, la jambe est soulevée par la contraction des muscles qui étendent la jambe sur la cuisse.
Voilà un exemple simple d'acte réflexe (fîg. 9, p. Ti) : une excitation sensilive centripète est partie de la peau et surtout du tendon sous-cutané, a gagné les corps cellulaires des neurones d'une région particulière (lombaire) de la moelle, s'y est transformée en excitation motrice centrifuge, est arrivée aux muscles de la face antérieure de la cuisse et en a détermine la contraction; d'où soulèvement de la jambe.
H. — LES CRANDS GROUPEMENTS DE NEURONES. ACTION RÉCIPROQUE ET MUTUELLE DES DIVERS GROUPES
Les neurones ne sont pas irrégulièrement dispersés dans l'ensemble du système nerveux. Ils sont régulièrement assemblés en certaines parties et forment d'importants groupements.
D'une manière générale, les corps cellulaires des neurones sont réunis dans la substance grise, tandis que les conducteurs forment la substance blanche.
Or, nous avons vu (p. 20) que la substance grise forme quatre
grands étages; de la même manière, les neurones se groupent en quatre régions ou systèmes bien distincts (la substance grise n'étant pas nécessairement continue avec elle-même dans chacun de ces grands groupements).
Le premier étage (périphérique), très épars, de neurones est formé par les ganglions viscéraux (cœur, intestin, ganglions du grand sympathique...); ces neurones reçoivent et coordonnent les impressions parties des viscères elles mouvements dont ils sont le siège. Ces neurones sont le centre des réflexes viscéraux, comme la sécrétion du suc gastrique sous l'influence, d'un aliment ou le mouvement respiratoire sous l'influence de l'air extérieur.
Le deuxième étage est formé par la substance grise de la moelle et du bulbe. Là, sont les premiers neurones sensitifs centraux et les derniers neurones moteurs d'émission (pour la fonction sensitivomotrice générale). Ces neurones sont le centre des réflexes comme celui du genou que j'ai décrit plus haut (p. 25) comme exemple de l'acte réflexe.
Le troisième étage est. formé par la substance grise du cervelet, de la protubérance et de la couche optoslriée. Ce sont des neurones de relais pour les impressions et de coordination pour des actes beaucoup plus compliqués. Ils sont le centre des réflexes de l'orientation et de l'équilibre.
Enfin le quatrième étage (supérieur) est formé par la substance grise de l'écorce des deux hémisphères du cerveau. Ce sont les neurones de perception des impressions sensilives et d'émission des expressions volontaires. Ils -ont le centre des phénomènes psychiques.
Aucun neurone ni aucun groupe de neurones ne vit et ne fonctionne, isolément des autres neurones et des autres groupes de neurones. Tous les neurones s'influencent mutuellement et agissent les uns sur les autres, soit dans un même groupement, soit d'un étage à l'autre.
Le réflexe simple comme je l'ai décrit (p. 25) portant sur un seul neurone (lig. 9, p. 87) n'existe pas. Quand on percute sur le tendon rotulien et qu'on provoque le soulèvement île la jambe, on met nécessairement en jeu un grand nombre de neurones de la même tranche médullaire. Ces divers neurones ont donc agi synergiquement el onl exercé une action mutuelle.
L'action que les neurones peuvent ainsi exercer les uns >\\r
les autres est de deux ordres : dynamogénique ou inhibitrice. La marche est un phénomène réflexe qui se produit très bien sans l'intervention active des neurones psychiques volontaires supérieurs. Mais quand je commence à marcher volontairement, mes neurones psychiques supérieurs envoient aux neurones
Fig. 9. — L'acte réflexe.
a, a, b, c, neurone sensitif: a'b'c', neurone moteur; M/, moelle épinière (segment lombaire); t, tendon rotulion ; Sg, substance grise de la moelle; S6, substance blanche.
hasilaires des réflexes de la marche Tordre de départ ou de déclanchement. Pendant la marche automatique ou réflexe, je m'arrête volontairement; les mêmes neurones psychiques supérieurs ont encore agi sur les neurones hasilaires des réflexes, mais en sens inverse : ils ont empêché le mouvement réflexe de se produire, ils l'ont inhibé.
Quand j'ai une gorgée d'eau dans la bouche, je peux à volonté faire ou retarder le réflexe de la déglutition. On connaît la réalité et les limites de l'action de la volonté sur le réflexe de la défécation ou le réflexe de la miction urinaire.
Quand ils sont prévenus, les neurones supérieurs peuvent très bien inhiber le réflexe du genou...
C'est ainsi que les réflexes qui sont des actes éminemment automatiques et involontaires peuvent être influencés dans les deux sens par la volonté
La règle est générale : les divers neurones d'un même étage et les divers neurones des étages différents exercent les uns sur
les autres une aelion mutuelle de nature à modifier l'acte résultant, soit dans le sens de la dynamogénie soit dans le sens de l'inhibition.
L'appareil nerveux actif, le plus simple, n'est donc plus réduit à l'ancien arc réflexe de la figure 9. Tout appareil uerveux est formé, en dehors de ses voies centripètes el de ses voies centrifuges, par une série d'étages de neurones, qui s'influencent mutuellement entre eux, au même étage et d'un étage à l'autre.