SENS DU MOT PSYCHIQUE
a. Sont psychiques les fonctions qui ont pour objet tout ce qui a trait à la pensée et pour siège les neurones de Vécorce cérébrale.
Il csl indispensable de préciser le sens du mot psychique.
Primitivement, étymologiquement ('}u/y|, âme) il s'appliquait à tout ce qui a rapport à l'àme (comme la psychologie était la science de l'àme).
Comme je tiens à laisser au mot Aine son sens, au moins historique, d'âme des spiritualistes1, je ne peux pas donner ce sens au mot psychique quand il s'agit d'étudier les fonctions psychiques du cerveau, c'est-à-dire d'une portion du corps.
J'appelle donc psychiques tous les phénomènes, toutes les fonctions, dans lesquels il y a de la pensée ; on pourrait dire tout ce qui est. intellectuel si on n'opposait pas souvent intellectuel à affectif: psychique est plus général et comprend intellectuel et affectif. En rapprochant ainsi le mot psychique du mot pensée, je ne cherche pas à donner une vraie définition, mais une explication claire ; suflisante pour qu'il n'y ait pas ultérieurement de confusion de langage.
On oppose parfois psychique ou psychologique à physique ou à physiologique (nous verrons cela notamment au chapitre des émotions); ceci csl fâcheux, parce que les phénomènes psychiques qui ont leur siège dans le cerveau (les seuls que nous étudions) sont tout aussi physiques et physiologiques que les autres phénomènes dont le. système nerveux est le siège.
Au point de vue physiologique on peut préciser encore le mot psychique en disant que tous les phénomènes de ce nom se produisent et se développent dans les neurones de Vécorce cérébrale. Ce qui fait que, pour le physiologiste, le psychique esi le cortical.
Ceci n'est peut-être pas admis partout le monde; certains auteurs voulant, par un monisme exagéré, assimiler tous les neurones les uns aux autres, admettent des fonctions psychiques
l. Voir la note i de ta page T.
comme la mémoire dans les neurones de la moelle ou même de la paroi du cœur comme dans ceux de l'écorce cérébrale. Nous verrons qu'il vaut mieux laisser aux mots un sens plus étroit, sans quoi on serait obligé de les remplacer par de nouveaux termes. Je maintiens donc, par convention si l'on veut, que les fonctions psychiques ont pour objet tout ce qui a trait à la pensée et pour siège les neurones de l'écorce cérébrale.
h. Le psychique ri est pas le conscient.
La plupart des philosophes définissent le psychique par le conscient.
Goblot oppose les faits sensibles (connus par l'intermédiaire des sens) aux faits psychiques (ou psychologiques) qui sont connus sans aucun intermédiaire; « les faits psychologiques sont les phénomènes du moi, les faits sensibles sont les phénomènes du non-moi ». De même, Toulouse, Vaschide et Piéron : « un phénomène psychique est un phénomène physiologique avec, en plus, la conscience ».
Le physiologiste ne peut pas accepter cette définition du psychique s'il conserve au mot conscience son ancien sens de connaissance parle moi.
Comme a dit Despine, « on désigne par conscience la connaissance, la perception parle moi, par l'être qui se sent être, de ce qui se passe dans sa personnalité, de ses propres actes, de luimême ». Ceci admis, il y a (nous le verrons dans la suite de ce chapitre) des phénomènes psychiques qui sont inconscients. Dès lors, on ne peut plus dire que « la sensation consciente est le phénomène psychologique élémentaire » unique; il faut admettre, avec Maine de Biran, « la sensation sans conscience, sans moi capable de l'apercevoir ». « Il faut s'habituer, disait Gerdy, à comprendre qu'il peut y avoir sensation sans perception de la sensation ».
L'acte de lady Macbeth dans sa crise de somnambulisme est absolument inconscient et cependant il est psychique : elle parle, raisonne, se rappelle. Le médium en transe,' le sujet plongé dans l'hypnose sont parfaitement inconscients et cependant ils exécutent des actes psychiques très variés et compliqués.
Goblot reconnaît que sa manière de définir les faits psychologiques par la conscience « rend assez difficiles à comprendre les faits psychologiques inconscients; il semble qu'il y ait contradic-
lion dans les termes ». Pour faire disparaître cette contradiction, il n'j a qu'à ne plus définir le psychique par le conscient.
Goblot continue : « les faits psychologiques inconscients ne sont pas des phénomènes, puisqu'ils ne sont ni sensibles ni conscients ». 11 ne sont pas conscients par définition; mais pourquoi ne seraient-ils pas sensibles? Les phénomènes de l'hypnose et de la transe des médiums sont psychiques, inconscients et sensibles. Pour lever encore ici toute contradiction, il n'y a qu'à ne plus opposer les faits sensibles aux faits psychiques.
Goblot conclut d'ailleurs très sagement : « on peut cependant concevoir qu'il se passe en nous quelque chose qui échappe à notre conscience et qui soit de même nature que ce dont nous avons conscience, que la conscience est un caractère qui s'ajoute aux affections et opérations du moi, mais qui peut y manquer. Il y a dans le fait conscient un double phénomène : une modification du moi et l'acte par lequel le moi en prend connaissance; il n'y a pas de raison pour que le premier ne puisse pas être sans le second. »
D'où celte conclusion que toute la suite de ce livre démontrera : le psychitjue n'est pas le conscient, il ne faut pas faire figurer la conscience dans la caractéristique du psychique.
c. // ne faut pas confondre le psychique et le mental.
Dans le même Vocabulaire philosophique, Goblot fait du mot psychique un synonyme du mot mental. C'est une confusion très souvent faite par les médecins. Ainsi dans l'œuvre de Charcot, de Pierre Janet et de leurs élèves, il est dit indifféremment de l'hystérie qu'elle est une maladie psychique ou une maladie mentale.
Cette confusion se comprend mal chez les médecins qui emploient depuis longtemps le mot mental dans un sens bien déterminé et classique (aliénation mentale, pathologie mentale, maladies mentales). Les travaux de ce dernier demi- siècle ont parfaitement démontré que l'hystérie estime maladie psychique; mais en faire une maladie mentale, c'est dire que tous les hystériques sont irresponsables, fous, et doivent être internés ; ce qui n'est pas vrai. Et tous les auteurs admettent et décrivent la folie hystérique comme une chose à part, distincte, qui ne l'ail pas partie essentielle de toutes les hystéries : tous les hystériques
sont des psychiques, certains seulement sont aussi des mentaux.
Le mot psychique est donc beaucoup plus général que le mot mental et il serait dangereux de confondre ces deux mots comme synonymes. L'aphasique est un psychique ; ce n'est pas un mental. Il y a des malades qui ne parlent pas par état mental; ce sont des malades d'un tout autre ordre (certains paralytiques généraux par exemple). Et ceux qui ne parlent pas par trouble mental ont leur lésion dans un point du cerveau différent de celui où siège la lésion des aphasiques qui ne parlent pas par trouble psychique.
Qu'on ne voie pas, avec Feindel, dans cette distinction du psychique et du mental, le désir de ressusciter la métaphysique, antique et surannée distinction entre •\>uy;ri et mens. Je reviendrai sur ce point qui doit être développé. Mais, dès à présent, je déclare que, dans tout ceci, il n'y a pas l'ombre de métaphysique ou d'ontologie.
Je dis simplement, et je crois pouvoir maintenir, que le mot psqcliique n'est pas sijnomyme du mot mental, le mot psychique étant plus général que le mot mental, le mental étant une partie du psychique, le psychique répondant à l'entière écorce cérébrale tandis que le mental dépend exclusivement d'une partie de cette écorce cérébrale.
d. Le psychique n est pas V occulte.
Pour en finir avec ces définitions, fastidieuses mais nécessaires, il faut encore mettre en garde contre une déviation récente du mot psychique. Certains auteurs ont voulu en faire le synonyme d'occulte. C'est le sens qu'il a dans le titre du journal de Dariex {Annales des Sciences psychiques*) et dans le titre du livre de Maxwell 2 (Les Phénomènes psychiques).
L'occulte ne fait pas encore partie de la science ; c'est le merveilleux pre scientifique3 qui peut former la terre promise de la science, mais que la science n'a pas encore conquis et envahi, tandis que le psychique est un objet de science très précise et positive...
Il ne faut donc pas confondre le psychique et V occulte.
1. On dit aussi Sociale de Recherches psychiques, Société d'Etudes psychiques, etc.
2. Maxwell a d'ailleurs reconnu que le mut « études psychiques » est une « expression mauvaise » et qu' •■ il faudrait qu'on en cherchât une meilleure ■.
:(. Voir L'occultisme hier et aujourd'hui. Goulet et Masson, 1907.
38 DEFINITIONS. — LBS DEUX PSYGHISMES
13. — LES DEUX ORDRES DE FONCTIONS ET D'ACTES PSYCHIQUES : SUPERIEURS (VOLONTAIRES ET CONSCIENTS) ET INFÉRIEURS