AUTOMATIQUES ET INCONSCIENTS
Je prie le lecteur de vouloir bien comparer Pacte que j'exécute en écrivant reite page et l'acte qu'exécutera le dactylographe qui la copiera à la machine avant de la livrer à l'impression.
Ce sont là deux actes psychiques, bien différents l'un de l'autre en dehors de cette qualité d'acte psychique qui leur est commune.
Je concentre toute la force de ma pensée pour bien exposer ce que je veux faire comprendre; j'exprime de mon mieux les idées qui se présentent ainsi à mon esprit et je les écris sur une feuille de papier, en faisant le plus possible attention à la conformité de mon écriture avec ma pensée.
Le dactylographe ne fait aucun cITort de pensée supérieure; il ne se préoccupe pas des idées à émettre, ne fait même pas attention aux idées dont il copie l'expression. Il se contente de copier intelligemment, il passe de la lettre écrite à la lettre de la machine, tient compte delà ponctuation, des alinéas.
Ces deux actes sont bien différents l'un de l'autre; mais ils sont psychiques l'un et l'autre.
Si on hésitait à reconnaître ce caractère psychique à l'acte du dactylographe, je ferais remarquer qu'un illettré, un imbécile, une machine ne copieraient pas de la même manière. Mon dactylographe devine et complète certains mots dont quelques lettres sont obscures ou mal écrites, il corrigera même quelques fautes de participe qui peuvent m'avoir échappé. Tout cela, il le fait automatiquement, inconsciemment, mais intelligemment ; il s'agit bien là encore d'un acte psychique, moins élevé que celui que j'exécute moi-même, mais psychique tout de même.
L'acte du dactylographe n'est pas irréductiblement différent du mien; il est surtout plus simple, moins compliqué que le mien.
Au fond, dans l'acte du dactylographe et dans le mien, il y a un élément psychique commun, identique ; en plus de cet élément commun, il y a un élément psychique de plus dans mou acte, que l'on ne retrouve pas dans l'acte du dactylographe.
L'acte psychique commun, c'est l'acte d'écrire, de bien placer le papier, d'arranger la machine OU l'encrier et la plume... L'acte psychique qui m'est propre, c'est l'acte de penser, d'associer les idées les nues ;ui\ autres, de les agencer le mieux possible et de
les exprimer par les mots les plus convenables pour la démonstration à faire...
Donc, le dactylographe et moi, nous exécutons tous les deux, un acte psychique inférieur ; moi, je fais en plus, en même temps, un acte psychique supérieur.
Et cette analyse n'est pas purement artificielle, elle répond bien à la réalité des choses. Si chez moi les fonctions psychiques, supérieures el inférieures, entrent simultanément en jeu, le dactylographe utilise uniquement ses facultés psyehiques inférieures. La preuve en est qu'il peut en même temps utiliser ses facultés psychiques supérieures : il peut, si ma copie ne l'intéresse pas et tout en la copiant intelligemment, penser à la partie de campagne qu'il a faite la veille ou qu'il projette pour le lendemain.
Donc, il y a des actes psychiques complexes et des actes psychiques simples; les actes psychiques complexes peuvent être analysés et décomposés en actes psychiques simples; ce qui fait qu'en définitive il y a divers ordres d'actes psychiques simples; il y en a deux principaux : les actes psychiques supérieurs, volontaires et conscients et les actes psychiques inférieurs, automatiques et inconscients.
Le plus souvent, dans la vie ordinaire, les deux ordres d'actes psychiques se superposent, collaborent, s'intriquent, au point qu'on ne peut pas séparer et distinguer le rôle spécial de chacun des groupes. Mais dans certaines circonstances, comme chez mon dactylographe, on peut les dissocier et bien reconnaître l'action respective et différente de chaque ordre de facultés psychiques.
Nombreux sont les exemples à citer pour établir cette proposition.
Quand un géomètre ou un mathématicien fait une démonstration au tableau devant ses élèves ou quand un équilibriste traverse un fleuve sur la corde raide, ils concentrent, l'un et l'autre, toutes leurs facultés psychiques vers le même but. Quand au contraire Archimède traverse la ville, en costume de bain et en criant Eurêka, il applique tout son psychisme supérieur à la découverte et à la proclamation du problème, tandis que son psychisme inférieur est occupé à le faire marcher, à lui conserver son équilibre, à l'empêcher de trébucher ou de buter aux obstacles, etc.
Au fur et à mesure qu'on avance dans la vie, quand on répète un acte, qu'on s'y exerce et qu'on en prend l'habitude, on arrive à
faire avec son seul psychisme inférieur ce qui a, au début, nécessite la collaboration active des deux psychismes. Le commençant a besoin de toute son activité psychique pour jouer, sur le piano ou le violon, un morceau extrêmement simple; plus tard, le musicien exercé jouera un morceau difficile, pourra même déchiffer ou faire sa partie dans un orchestre avec son seul psychisme inférieur, c'est-à-dire en pensant à autre chose avec son psychisme supérieur.
On peut même, dans la vie ordinaire, commencer un acte volontairement et consciemment, c'est-à-dire avec ses deux psychismes associés, et puis le continuer automatiquement et inconsciemment, c'est-à-dire avec son seul psychisme inférieur. C'est ce qui arrive par exemple quand on sort dans un but déterminé et qu'on rencontre un ami cpii ne vous empêche pas d'atteindre ce but, mais qui cause avec vous, pendant la marche, de choses intéressantes.
a. Sens du mot automatique.
Il y a donc deux ordres de fonctions et d'actes psychiques : les supérieurs et les inférieurs, les premiers étant volontaires et conscients, les seconds étant automatiques et inconscients.
Le sens du mot automatique a peut-être besoin d'être précisé.
Etymologiquement, un acte est dit automatique quand il parait spontané et qu'en même temps il est soumis « à un déterminisme rigoureux, sans variations et sans caprices ». Je dis « parait spontané » parce que la spontanéité complète et vraie est un non-sens scientifique : tout mouvement est une transformation d'un mouvement antérieur. Le canard de Vaucanson ne créait pas le mouvement; il rendait seulement le mouvement emmagasiné dans ses ressorts; mais il avait toutes les apparences de la spontanéité, c'est-à-dire qu'il était différent d'une pompe, par exemple, qui a besoin d'être actuellement manœuvrée extérieurement pour entrer en mouvement. L'acte automatique se produit sans avoir besoin d'une impulsion extérieure actuelle. C'est là ce qui le distingue de l'acte réflexe.
En second lieu, qui dit automatique dit acte sans volonté libre \ Est automatique tout acte que le sujet ne peut pas modifier à
i. Je prends ce mut .. libre •• dans le sens que tout le inonde comprend, qu'on admette la réalité du libre arbitre ou qu'on le considère comme une illusion.
son gré. Un automate ne peut pas ne pas jouer de la flûte ou ne pas saluer s'il est construit pour le faire et si on déclanche le ressort préalablement monté. Dès qu'on modifie volontairement un acte, cet acte cesse par là même d'être purement automatique OU machinal l.
Voilà donc les deux éléments qui caractérisent essentiellement les actes automatiques et les distinguent de ce qui n'est pas eux : ils sont spontanés, ce qui les distingue des actes réflexes; ils ne sont pas libres, ce qui les distingue des actes psychiques supérieurs.
b. 77 ne faut pas confondre la conscience et la mémoire.
Je n'ai pas besoin d'insister sur le mot « inconscient » après ce que j'ai dit plus haut (p. 35) sur le « conscient ». Beaucoup d'auteurs disent subconscient; ce qui est identique si on désigne par ce mot ce qui est au-dessous de la conscience, en deçà du seuil de la conscience. Myers emploie dans un sens analogue les mots subliminal, conscience subliminale.
Je veux seulement faire remarquer qu il ne faut pas confondre la conscience et la mémoire, en ce sens que certains actes psychiques inconscients peuvent, à notre insu, se graver dans notre mémoire. Je développerai cette idée plus loin, mais je tiens à la poser ici : dans la mémoire de mon dactylographe pourraient s'inscrire des souvenirs de ce qu'il a copié sans y faire attention, des idées qu'il n'avait pas consciemment remarquées au moment même où il les copiait.
Donc, et ceci est bien établi surtout depuis les beaux travaux de Pierre Janet sur l'automatisme psychologique, il y a deux psychismes ou deux groupes d'actes et de fonctions psychiques : les supérieurs qui sont volontaires et conscients, les inférieurs qui sont automatiques et inconscients.
Ceci est un fait acquis, que l'on peut considérer comme scientifiquement établi et expérimentalement démontré, et qui resterait dans la science, alors même que les hypothèses, dont je vais parler maintenant, seraient démontrées inexactes.
I. Charles Richct distingue les mouvements automatiques et les mouvements machinaux. Dans les premiers la volonté n'intervient pas du tout; les seconds sont déterminés par la volonté, mais se continuent sans elle.
kS DÉFINITIONS. — LES DEUX PSYCHISMES
I i. — V A-T-IL DEUX ORDRES DE CENTRES CORRESPONDANT AUX DEUX ORDRES D ACTES PSYCHIQUES '
a. Hypothèse de V unité des feutres, le psychisme inférieur correspondant à l'activité inférieure des mêmes neurones dont le psychisme supérieur représenterait V activité supérieure.
Voici une question qui vient tout naturellement après le paragraphe précédent. Puisqu'il y a deux ordres de fonctions psychiques, supérieures et inférieures, faut-il considérer ces deux ordres de fonction comme des degrés de l'activité des mêmes neurones ou comme l'apanage de groupes différents de neurones? Nous savons qu'il y a des centres psychique^ (écorce cérébrale); y a-t-il des centres psychiques supérieurs et des centres psychiques inférieurs? ou bien tous les centres psychiques forment-ils un bloc unique et les actes psychiques supérieurs et inférieurs sont-ils la manifestation, à des moments différents, de l'activité des mêmes neurones?
On remarquera que si dans le paragraphe précédent j'ai exposé des faits scientifiquement et définitivement acquis, dans le paragraphe actuel il ne peut plus être question que d'hypothèses à discuter pour expliquer ces faits.
On a donc fait deux hypothèses symbolisées par les mots : unité ou pluralité des centres psychiques (j'entends naturellement unité ou pluralité phi/sioloyiques ou fonctionnelles; car, dans tous les systèmes, chaque centre est formé d'un très grand nombre de neurones).
La première hypothèse, celle qui est la plus répandue et la plus classique (et, pour le dire tout de suite, celle à laquelle je ne me rallie pas) peut être exposée ainsi : il n'j a qu'un ordre de neurones et de centres psychiques; il n'y a pas de neurones qui soient spécialement préposés aux fonctions psychiques supérieures, d'autres présidant aux fondions psychiques inférieures. Tous les neurones psychiques sont susceptibles de faire du psychisme supérieur ou du psychisme inférieur. C'est une simple question de degré dans leur activité, d'intensité dans l'excitation à laquelle ils répondent.
Le livre de Pierre Jauet sur V Automatisme psychologique qui est vraimenl l'étude de ce que nous appelons le psychisme inférieur porte eu sous-titre : « Essai de psychologie expériinen-
laie sur les formes inférieures de l'activité humaine ». Il n'y a donc pas des centres psychiques supérieurs et dos centres psychiques inférieurs; il y a seulement des « formes supérieures » et des « formes inférieures » de l'activité des mêmes centres psychiques. Et, dans la Préface qu'il a hien voulu écrire pour mon Spiritisme devant la Science, le même philosophe critique ma manière de voir (opposée à celle que j'expose ici), rappelle qu'il a fait celle discussion dans un de ses cours au Collège de France et ajoute : « au point de vue psychologique, la distinction de ces deux degrés de la conscience est loin d'être absolue, il y a bien des formes de transition et il ne faut pas oublier qu'un même phénomène psychologique par l'effet de la répétition et de l'habitude passe de l'une de ces formes de conscience à l'autre. Serait-il impossible d'imaginer que ces deux formes de la conscience représentent deux degrés d'activité qui peuvent appartenir à tous les centres du cerveau? »
Joffroy a reproduit le même argument au Congrès de Grenoble de 1902 : un acte change-t-il de siège et de centre et passe-t-il des neurones supérieurs aux neurones inférieurs, quand, volontaire et justifié au début, il devient ensuite automatique et constitue une habitude pathologique, un tic? « Je sais bien, conlinue-t-il, qu'il faut distinguer les actes volontaires des actes automatiques; mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire présider des neurones différents à leur production. J'admcllrais volontiers que les actes nous semblent automatiques quand, sous l'influence de l'habitude, les neurones en jeu sont capables de réagir sous des excitations extrêmement faibles. »
Tout récemment, Georges Dumas a raconté et finement analysé (dans la Revue de Paris) V « Histoire admirable et véritable » d'une hystérique chez laquelle la vie automatique s'était singulièrement <• élargie aux dépens de la vie réfléchie » et chez laquelle la vie psychique inférieure affirmait très souvent son émancipation pathologique et sa séparation du psychisme supérieur par l'écriture automatique, par des dédoublements de personnalité... Interprétant les faits, Georges Dumas ne voit dans tous ces phénomènes (comme les auteurs précédents) qu'un même processus à des degrés divers et ne parle que de « pensée claire » et de « pensée obscure »...
Très nettement, Binet avait dit en 18D7 : « il n'y a point de séparation nette entre la vie automatique et la vie psychique supérieure, au moins à notre avis. La vie automatique, en se
compliquant el en se raffinant, devient de la vie psychique supérieure et par conséquent nous pensons qu'il est inexact d'attribuer h ces formes d'activité îles organes distincts ».
Et Hilzig, au Congrès de Parti de 1900, déclare ne pouvoir se » représenter la base organique de l'activité psychique que sous la forme de la réquisition, qualitativement, et encore plus quantitativement, différente, dans chaque cas, des mêmes groupes de cellules ».
Voilà la première hypothèse dont je disais plus haut qu'elle est la plus répandue et la plus classique : il n'y a qu'une espèce de centres psychiques, tous sont susceptibles de présenter des degrés différents d'activité; ces différences dans le degré d'activité constituent les fonctions psychiques supérieures et les fonctions psychiques inférieures.
b. Hypothèse des deux ordres distincts de centres, supérieurs et inférieurs. Schéma du centre 0 et du polygone.
Voici maintenant la seconde hypothèse, celle que je m'efforce de répandre, d'exposer et de défendre contre de multiples critiques depuis 1896.
Depuis un demi-siècle environ, tous les travaux sur le système nerveux ont été des travaux de localisation, c'est-à-dire qu'on a de plus en plus démontré et étendu cette proposition qu'à chaque grande fonction correspond un groupe différent de neurones différents, dont la lésion amène le trouble de la fonction correspondante.
Ainsi, depuis Broca, Charcot et bien d'autres, on a successivement localisé, dans des zones différentes du cerveau et de la moelle, la fonction du langage et les aphasies, la fonction sensitivomotricc et les paralysies ou anesthésies, la fonction visuelle et l'hémianopsie, la fonction trophique des muscles et l'atrophie musculaire... Certes, on a beaucoup discuté et on discute encore beaucoup sur le siège étroit de ces divers centres; nous verrons dans les chapitres ultérieurs que la science n'est pas finie, sur ce point, comme sur beaucoup d'autres. .Mais on ne discute plus le principe même de la localisation ; c'est-à-dire que tout le monde admet cette proposition : à chaque grande fonction neroeusé correspond un centré particulier dont la lésion entraXne le trouble fonctionnel correspondant^ toujours le mime.
Ceci est tellement vrai que c'est une loi en séméiologie nerveuse : tout symptôme donné correspond non à une nature analomique ou nosologique, mais à un siège précis [et toujours le même) de la lésion causale.
Ces principes paraissent applicables aux fondions et aux centres psychiques et, si l'on trouve que les fonctions psychiques se divisent en plusieurs groupes distincts, on peut penser qu'à chacun des groupes fonctionnels distincts correspond une région spéciale de centres.
La question revient à bien établir les groupements distincts de fonctions psychiques.
Tant qu'on n'a eu que les divisions de l'ancienne psychologie en facultés de l'esprit, on ne pouvait pas admettre des centres divers pour ces diverses facultés. Ce serait un leurre et une erreur de rechercher un centre pour la mémoire, un centre pour l'association des idées ou des images, un centre pour l'imagination, etc. Ce sont là des fonctions communes à tous les centres psychiques; à des degrés divers, tous les neurones psychiques ont de la mémoire, de l'imagination...
Mais quand les travaux de Pierre Janet et de bien d'autres montrèrent la division des fonctions psychiques en supérieures et inférieures, l'idée devait venir et est naturellement venue de rechercher et d'admettre des centres différents pour le psychisme supérieur et pour le psychisme inférieur : on a admis deux ordres de neurones psychiques, les neurones psychiques supérieurs et les neurones psychiques inférieurs.
Pour exposer cela plus facilement, sans rien préjuger encore du siège précis ou probable de ces centres dans l'écorce cérébrale, j'ai proposé le schéma ci-contre (lig. 10) qui n'est qu'un moyen commode de démonstration et d'enseignement et dont je me servirai beaucoup dans toute la suite de ce livre.
En 0 sont réunis tous les neurones psychiques supérieurs : centre de la personnalité consciente1, de la volonté libre, du moi responsable. Les centres psychiques inférieurs plus nombreux forment un polygone AVTEMK.
En A arrivent les diverses impressions auditives, en V les impressions visuelles, en T les impressions tactiles. De E parlent
1. Dan* la Revue du Mois (1906), à un article de Jules Tannery sur • l'adaptation de la pensée » Le Dantec a répondu par un article sur la conscience épiphénomène : dans tout ce livre, je considère la conscience comme une fonction des neurones psychiques supérieurs.
te
les expressions graphiques (écriture), de M les expressions verbales (laugage parlé), de K les expressions kinétiques (mouvements généraux).
Il va sans dire que chacun de ces points représente une région
et comprend des multitudes de neurones. De plus, ces points ne sont pris que comme exemples et on conçoit qu'il y a beaucoup plus de centres polygonaux (goût, odorat...).
Donc, en 0 sont réunis les centres des actes psychiques volontairesetconscicnts; dans le polygone, les centres des actes psychiques inconscients.
A Tétat normal, tous ces centres sont reliés entre eux. par des libres qui assurent leur collaboration et leur synergie.
Entre 0 et les centres moteurs
Fi,-. 10.
Schéma du centre (0) et du polygone (AVTEMK).
0, centre psychique supérieur : de la personnalité consciente, de la volonté libre, rl^i nolv°'OnC il Y a nOU SCllledu moi responsable : écorce dn lobe pré- -,
frontal; A. centre auditif : écorce des cir- HlCnt des V01CS CeiltrifugCS qui convolutions temporales ;V centre visuel: permettcnt à 0 d'enVOVCl" Ses écorce de la région péricalcarmienne ; ï, v r •
centro tactile" (sensibilité générale) : Ordl'CS à EMK , mais ailSSi des écorco de la région périrolandique ; E. __.•„ „.i.;„\i„„ .,,; i^.^„ ,„.
centre de L'écris» : écorce du pied de voies centripètes qui donnent
la 2« frontale gauche; M, centre de la à 0 la COnSClenCC de CC (\Ul SO
parole : écorce du pied de la 3e frontale p..,. , .
gauche; K, centre kinétique (mouvements P&SSC Cil tUVlK, même <| IKllHl
généraux) : écorce de la région périro- l'activité de EMK 3 été pi'OVO-
landique. , .. . . ,
quee, non par 0 lui-même, mais par les autres centres polygonaux AVT. Les actes qui se passent dans le polygone ne deviennent conscients que quand 0 les connaît.
Il est facile d'exposer sur ce schéma les exemples cités pins haut d'actes psychiques inférieurs et d'actes psychiques supérieurs ou complets.
Quand j'écris cette page, c'est en 0 que se forment et s'agencent les idées que je veux exposer. De là, elles vont en E et c'est de là que les ordres moteurs parlent pour la main qui écrit. Le dactylographe qui copie un texte le lit par une impression centripète rV. Du centre visuel V, les impressions, au lieu de pénétrer jusqu'à 0, vont directement en K et produisent dans la
main les mouvements correspondants nécessaires. Et comme les centres 0 n'interviennent pas dans cet acte du copiste, le dactylographe peut, en même temps qu'il copie, penser à. autre chose.
Quand Archimède se promène tout nu dans les rues, il marche et se dirige avec son polygone (tTKk), pendant qu'il clame son prohlème avec son centre supérieur (OMm).
Quand on commence à apprendre le piano ou le violon on joue avec tous ses centres psychiques (v\OKk); plus tard, quand on devient plus fort, on s'habitue cà jouer uniquement avec v\TKk, on dégage de plus en plus son centre 0 qu'on peut finir par occuper à autre chose, pendant qu'on joue et qu'on déchiffre même avec ses centres polygonaux.
Enfin quand on commence volontairement et consciemment un acte qu'on continue ensuite automatiquement et inconsciemment (exemple cité plus haut, p. 40, de la marche et de l'ami rencontré), on agit d'abord avec tous ses centres psychiques (0 compris), puis on continue polygonalement, 0 étant alors occupé à autre chose.
Je répète, en finissant ce paragraphe, qu'il ne faut pas chercher dans ce schéma la démonstration ou l'explication des faits de double psychisme; ces faits sont prouvés, leur existence est établie d'autre part par l'observation directe; le schéma ne sert qu'à les exposer et à en faciliter l'enseignement.
Voici donc la seconde hypothèse que je propose en face de l'hypothèse classique, énoncée précédemment : les actes et les fonctions psychiques se divisant en supérieurs et en inférieurs, il y a de même deux ordres de centres correspondants : les centres psychiques supérieurs et les centres psychiques inférieurs.
c. Argumenta en faveur de cette dernière manière de voir.
Ces deux hypothèses étant ainsi posées, je dois développer maintenant, ou du moins indiquer, les objections que l'on a formulées contre la seconde hypothèse, les réponses qu'on peut faire à ces objections et les arguments qui me font préférer cette seconde hypothèse à la première.
1° Parlant de la théorie de la « double conscience » qui, dit-il, a tic appliquée d'abord par H. Taine aux étals hypnotiques et
approfondie plus tard par Pierre Janet, Max Dessoir et d'autres, Wuudt la condamne, parce qu'elle admet un « second moi » qui se révèle sous la « forme d'un mauvais démon ». Dans la conception du double psychisme, dit-il, on explique les choses « par un concept mystique inventé à cetelïet. Car, ajoute-t-il, il est à peine besoin de dire que cette conception est mystique au même litre que ses congénères occultistes, la seconde vue et la lumière surnaturelle ». Binet a dit, dans l'Année pst/chologique, que mon centre 0 « ressemble un peu trop à la glande pinéale dans laquelle Descartes logeait l'âme »; et Duprat, dans son livre sur V Instabilité mentale : « la dissociation du polygone et du centre G n'est qu'un cas particulier de la désagrégation physiologique » et « réaliserait séparément les deux vieilles conceptions métaphysiques du corps et de l'âme »; le même auteur m'accuse de considérer « la conscience et les subconsciences comme autant d'entités distinctes ». On retrouve l'accusation, formulée par Feindel et déjà indiquée, de vouloir, par mon schéma, ressusciter la distinction entre ^y;n et mens. C'est le spectre du double dynamisme de Lordat et des âmes de seconde majesté.
A toutes ces objections qui ont le même point de départ et le même objectif j'ai déjà répondu que la doctrine de la pluralité fonctionnelle des centres psychiques, exprimée dans le schéma de la page 46, n'a rien de mystique, d'ontologique, de métaphysique, d'occulte, de surnaturel ou de mystérieux.
Tout le monde admet qu'il y a des neurones (les neurones corticaux) qui président aux fonctions psychiques, tout le monde admet que les fonctions psychiques se divisent en supérieures et inférieures; la question est de savoir si à ces fonctions différentes correspondent des neurones différents ou seulement des formes différentes d'activité des mêmes neurones. On ne fait pas plus de métaphysique, de mysticisme et d'ontologie en adoptant l'une de ces manières de voir qu'en adoptant l'autre. Et la glande pinéale de Descartes n'a rien à voir dans aucun cas, puisqu'il s'agit de l'écorce cérébrale tout entière et des milliers de neurones qu'elle contient.
2° Voici une objection plus sérieuse qui a été formulée par Pierre Janct et que Pierre Marie a triomphalement reproduite récemment dans son dernier article de la Revu* de philosophie.
J'ai bien souvent songé, dit Pierre Janet dans sa Préfact de
mon Spiritisme devant la Science, à représenter sur des schémas des centres correspondant à la perception personnelle ou conscience supérieure et d'autres correspondant aux phénomènes psychologiques élémentaires. « Mais je n'ai pas osé adopter pour cette représentation figurative des termes ou des schémas empruntés à l'anatomie des centres nerveux... Ce langage me semblait surtout antiscientifique et, si j'ose le dire, peu honnête et hypocrite... De quel droit employer un langage qui laisse croire que vous vous êtes servi du scalpel et du microscope et que vous avez résolu un problème colossal d'histologie et de physiologie cérébrales? »
On serait en effet « peu honnête et hypocrite » si on « laissait croire » que tout cela est démontré sur le cerveau et définitivement localisé et si on ne le donnait pas comme une hypothèse avec un schéma comme moyen d'exposition. Mais si on sépare soigneusement les faits et la manière de les comprendre et de les exposer, où est le danger? De ce que ce « problème colossal d'histologie et de physiologie cérébrales » n'est pas encore entièrement et définitivement résolu, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il soit « antiscientifique » de l'étudier et de l'exposer.
C'est là précisément l'utilité de l'hypothèse en science : s'appuyer sur la science acquise et prévoir la science à venir. Le procédé reste correct et fécond, pourvu qu'on n'en dénature pas la portée et qu'on soit toujours prêt à retirer ou à modifier l'hypothèse, dès que des faits nouveaux lui sont contradictoires.
D'ailleurs, il faut bien le remarquer, dans le cas particulier on est bien obligé de formuler une hypothèse, tant que le « problème colossal d'histologie et de physiologie cérébrales » n'est pas entièrement résolu; et quand Pierre Janet et les classiques admettent l'unité des centres psychiques, la diversité ne portant que sur la forme de leur activité, ils formulent une hypothèse tout aussi hypothétique que la mienne.
Donc, ni l'une ni l'autre des hypothèses que je discute actuellement ne doit être considérée comme « antiscientifique », « peu honnête » ou « hypocrite ».
3° Après ces réponses aux objections formulées, sorte d'arguments négatifs en faveur de ma thèse, je rappellerai comme premier argument positif ce que j'ai dit plus haut (p. 44) des conclusions de toute la neurologie de ce dernier demi-siècle;
grasset. — Introduction. 4
toute la physiologie actuelle du système nerveux est dominée aujourd'hui par ce principe : à chaque grande fonction correspond un groupe différent de neurones, dont lu lésion entraîne le trouble (!>■ la fonction correspondante.
Tout le momie admet que ce principe est applicable à l'ensemble des Fonctions psychiques : l'écorce cérébrale constitue le groupement correspondant de neurones, dits psychiques.
Ne peut-on pas aller plus loin?. l'ai montré que les fonctions psychiques doivent être divisées en supérieures et en inférieures; le caractère différentiel est la conscience. A des fonctions ditïérentes doivent correspondre des centres différents; donc, il y a des neurones correspondant au psychisme supérieur et des neurones correspondant au psychisme inférieur, des neurones dont l'activité est consciente pour le moi et des neurones dont l'activité n'est pas consciente pour le moi.
Cet argument s'appuie sur le raisonnement par analogie et sur tout ce que l'on sait d'autre part sur tout l'ensemble de la neurophysiologie.
4° Au précédent argument les classiques répondent : sans doute la conscience est une qualité de certains actes psychiques seulement et le neurone siège d'un acte conscient est différent du neurone siège d'un acte inconscient. Mais à des moments différents le même neurone peut bien présenter des modes différents d'activité. Dans le monde physique on voit bien les mêmes molécules d'air ou d'éther transmettre au même moment des vibrations de forme, d'amplitude et de vitesse très différentes les unes des autres.
Celte dernière proposition ne peut s'appliquer qu'à là conduction de l'énergie et par suite aux conducteurs nerveux, aux prolongements de neurones. Mais pour la production, l'actualisation, la mise en action de celte énergie dans le corps cellulaire, je ne la conçois guère multiple et différente, dans le même neurone, au même moment.
Or, c'est cette activité multiple et différente au même moment que nous constatons quand le psychisme inférieur et le psychisme supérieur d'un sujet fonctionnent simultanément dans un sens différent. Gomment alors admettre que ces deux activités, différentes, souvent opposées et contradictoires on I au même moment leur centre et leur point de départ dans le même neurone".'
Le dactylographe qui copie intelligemment une page avec sa
machine à écrire et qui en même temps pense à sa fiancée ou à son apéritif ne peut pas ne pas mettre en jeu à ce moment des neurones psychiques différents pour chacune de ces deux fonctions, l'une supérieure, l'autre inférieure, mais l'une et l'autre psychiques.
Les neurones psychiques avec lesquels Archimède marche et évite les obstacles sont bien nécessairement distincts des neurones, également psychiques, avec lesquels il pense à son problème et crie Eurêka et ceci est vrai de tous les cas dans lesquels l'activité psychique supérieure est distraite de l'activité psychique inférieure, dans lesquels les deux activités ne collaborent pas, mais s'exercent simultanément, dans des sens différents.
Voilà l'argument qui me paraît le plus fort en faveur de la thèse que je soutiens.
5° Pour les monisles, l'activité psychique inférieure se développerait après la supérieure. C'est en se perfectionnant que les centres psychiques deviennent aptes à agir automatiquement. C'est ce qui a fait dire à Gilbert Ballet au Congrès de Grenoble qu'il faudrait renverser les mots « supérieur » et « inférieur » appliqués aux psychismes : le psychisme inférieur est plutôt supérieur, puisqu'il représente une sorte de perfectionnement du supérieur; on est bien plus fort quand on joue du piano avec son polygone que quand au début on en joue péniblement avec le centre 0 l.
C'est la même idée qu'exprime Goudard dans le Bulletin de la Société d'Études psi/chiques de Marseille quand il dit : « est-il bien réellement subalterne ce monde caché qui fonctionne sans relâche, qui suit sa voie, sa direction logique, parallèlement à la conscience? »
C'est la doctrine que développe Ribot dans son Essai sur l'Imagination créatrice quand il donne au facteur inconscient un rôle si considérable dans l'inspiration : « ce qui semble acquis, c'est que la génialité ou du moins la richesse dans l'invention dépend de l'imagination subliminale, non de l'autre, superficielle par nature et promptement épuisée. Inspiration signifie imagination inconsciente et n'en est môme qu'un cas particulier ».
I. Dromard a bien analysé ce qu'il appelle Vautoniatisme de défection comme celui du dormeur ou de l'hypnotisé et l'automatisme de perfection qui esl celui de l'inspiré {Revue des Idées, 1907, p. 623).
Malgré tout, je ne crois pas qu'on puisse dire que les neurones psychiques à fonctions automatiques sont simplement les neurones psychiques supérieurs dont le fonctionnement s'est perfectionné.
L'éducation du polygone est faite par 0; donc 0 reste supérieur. L'activité polygonale est consécutive à l'activité de 0, ou plutôt l'activité simultanée et synergique des deux ordres de centres est consécutive à l'activité isolée de 0, mais 0 reste le centre supérieur de l'activité intellectuelle élevée, de l'invention et de l'imagination créatrice.
Ce qui prouve en tous cas que l'activité automatique ne remplace pas l'activité supérieure dont elle serait le perfectionnement, c'est que, chez ce musicien exercé qui est arrivé à jouer automatiquement, à un moment donné 0 reprendra la direction de l'automatisme et il jouera avec tout son entier psychisme jusqu'à ce que volontairement encore 0 se repose et laisse de nouveau les centres automatiques agir seuls. J'ai cité plus haut (p. 40) des exemples de ces actes qui sont successivement, quelquefois alternativement, volontaires et conscients ou automatiques inconscients.
Comment expliquer ces faits avec l'hypothèse moniste qui ne voit dans les neurones à automatisme que des neurones à psychisme supérieur perfectionnés? Tout cela n'est-il pas plus facile à exposer et par suite à comprendre avec la notion des centres distincts pour le psychisme supérieur et pour le psychisme inférieur?
6° On m'a cependant objecté ces mêmes faits dans lesquels l'activité psychique inférieure et l'activité psychique supérieure se succèdent ou alternent : l'acte change-t-il donc de centre et de siège dans ces cas et passe-t-il des neurones supérieurs aux neurones inférieurs?
A JolTroy dont j'ai cité plus haut (p. 43) l'argumentation dans ce sens au Congrès de Grenoble à propos des tics (qui sont des habitudes pathologiques ou des actes devenus automatiques j'ai répondu : non, l'acte ne change pas de siège dans ces cas; le siège se simplifie. Dans l'acte volontaire normal, les deux ordres de centres psychiques interviennent et collaborenl d'une manière inextricable. Quand l'acte cesse d'être volontaire et devient automatique, les neurones supérieurs cessent d'\ présider et les neurones inférieurs conlinuenl seuls à fonctionner désagrégés de leur centre 0.
Ainsi compris, ces faits de psychisme supérieur et de psychisme inférieur alternants me paraissent être, non des objections à mon hypothèse, mais un nouvel argument en faveur de ma manière de voir.
7° Les monistes ont encore dit : ce qui prouve que les centres psychiques supérieurs et inférieurs sont les mêmes, c'est que l'on observe toute la série des termes de transition entre les actes psychiques les plus élevés et les actes psychiques les moins élevés j ; les actes psychiques supérieurs ne forment donc pas vraiment un groupe distinct de celui que forment les actes psychiques inférieurs; donc les centres supérieurs et les centres inférieurs doivent être confondus en un seul groupe.
Ceci est un raisonnement très employé dont il faut éviter l'exagération. De l'amibe à l'homme il y a une série continue de termes intermédiaires; ce qui n'empêche pas qu'il y ait une neurophysiologie humaine distincte de la physiologie de l'amibe : la sériation continue d'un très grand nombre de termes ne prouve pas l'identité entre eux des termes composants.
Entre le réflexe rotulien (rétlexe du genou) et le réflexe automatique supérieur (de la marche ou de l'équilibre par exemple) il y a une série de termes de transition. Ceci prouve (pie tous ces phénomènes sont de même ordre, essentiellement et doctrinalement. Mais cela ne prouve nullement qu'ils aient les mêmes centres neuroniques; en fait, tous ces réflexes ont des centres très différents, anatomiquement très distincts les uns des autres.
Donc, de ce qu'il y a des termes de transition entre les actes psychiques inférieurs et les actes psychiques supérieurs, cela ne prouve nullement que les centres psychiques inférieurs ne sont pas distincts des centres psychiques supérieurs.
8° J'ai donné sous le n° 4° l'argument que je considère comme le plus fort en faveur de ma thèse : la possibilité, démontrée expérimentalement, de l'activité simultanée et divergente des deux psychismes.
A cela les monistes peuvent encore me répondre : oui, à un moment donné, certains neurones président au psychisme
i. En reproduisant l'argumentation citée plus haut de Binet, Dupral ajoute, à l'appui, que Salomons et Gett-Stein ont « montré l'existence de faits d'automatisme capables de servir de transition entre l'activité supérieure et l'activité psychologique inférieure ».
inférieur el d'autres neurones président au psychisme supérieur. Mais celle activité particulière et distincte est-elle fixe dans sa Localisation ou accidentelle! Les neurones qui président aujourd'hui au psychisme inférieur ne fonctionneront-ils pas demain, dans d'autres conditions expérimentales, en neurones psychiques supérieurs? En d'autres termes, y a-t-il vraiment, comme vous le prétendez, des centres fixes toujours affectés au psychisme supérieur et d'autres centres fixes, situés ailleurs, toujours affectés au psychisme inférieur, comme il y a des centres distincts pour la vision et pour l'ouïe? ou hien n'y a-t-il toujours qu'une seule catégorie de centres psychiques qui, suivant les cas et les circonstances, président tantôt au psychisme supérieur, tantôt au psychisme inférieur?
Evidemment, je le reconnais volontiers, la question ne sera vraiment définitivement tranchée et la thèse que je soutiens ne cessera d'être une hypothèse que quand la méthode anatomoclinique aura, pour les centres psychiques, comme elle l'a fait pour les centres du langage, les centres de la motilité ou de la vision, montré anatomiquement le siège précis, distinct sur l'écorce cérébrale, des neurones psychiques supérieurs et des neurones psychiques inférieurs.
Reconnaissant l'importance de ce côté de la question, je ne me soustrairai pas à l'obligation de l'examiner, puisque c'est l'objet de mon sixième chapitre. On verra, après cet exposé du sixième chapitre que certes la démonstration anatomoclinique n'est pas encore faite; mais on y verra aussi qu'il y a déjà pas mal de documents réunis dans cette direction, que les recherches anatomiques de Flechsig, les recherches physiologiques et les constatations anatomopathologiques de beaucoup d'auteurs sont lissez importantes pour que ma thèse n'en soit pas infirmée ou détruite; au contraire.
Donc, je le répète, cette preuve de l'existence scientifique de ces doubles centres séparés n'est pas faite : mais je crois pouvoir dire qu'au point de vue anatomique la preuve de leur non-existence est encore bien moins faite.
Dans ce même sixième chapitre nous verrons, à défaut de la localisation définitive des centres psychiques, la démonstration de ce fait que la maladie affaiblit parfois le psychisme supérieur et exagère par suite les fonctions psychiques inférieures. — Ce l'ail, fréquemment observé en clinique, es( bien difficilement
conciliable avec la théorie moniste d'après laquelle le développement du psychisme inférieur est le seul résultat de l'habitude rendant les neurones capables de réagir plus facilement à des excitations très faibles. Avec la pluralité et la séparation des centres psychiques, supérieurs et inférieurs, on comprend au contraire très bien qu'une lésion altère et affaiblisse les centres supérieurs et excite, en les émancipant de la tutelle et du contrôle deO, les centres polygonaux du psychisme inférieur.
Dans ce même chapitre nous verrons que mes démonstrations cliniques ne se font pas seulement avec des névroses, comme Binet me l'a reproché : il y a aussi tout un groupe de lésions organiques qui altèrent isolément soit les centres inférieurs, soit les centres supérieurs, réalisant des symptomatologies différentes suivant que les uns ou les autres sont atteints. Ce qui est la démonstration analomoclinique de l'existence, sinon de la localisation, de ces centres psychiques distincts.
9° Pour terminer cette trop longue, mais nécessaire, argumentation pro domo, je ferai remarquer que, sans être classiquement admise, l'opinion que je défends a été, plus ou moins explicitement et en termes divers, admise et exposée par beaucoup d'auteurs.
Les centres polygonaux sont les centres de la conscience subliminale de Myers. Nous verrons que ce sont les centres de l'assimilation de Herbart, du sinnliches Wiedererkennen de Millier, de l'identification primaire deGlaparède.
Le centre 0, c'est le centre aperceptionnel Apperceptionscentrum de Wundt, centre de la complication de Herbart, du begriffliches Erfassen de Muller, de l'identification secondaire de Claparède; c'est le centre I de certains schémas de Brissaud (fig. 11), le centre de l'intelligence supérieure de Hitzig, l'organe de la fusion physiologique de Bianchi, le centre de la personnalité de Flechsig '.
C'est encore le centre conceptif [Begriffscentrum) de Wernicke, le centre de la volonté et des actes (Wollen und Handeln) de Kraepelin. C'est la Siéréopsyche de Storch, « organe
1. Crocq adopte mon schéma, ■- en le modifiant un peu », dans son livre sur l'Hypnotisme scientifique et Morat s'en sert dans son Traité de Physiologie pour exposer la question de l'aphasie, en disant <|ii"il « est un des pins propres à représenter concrètement les différentes questions <|ni sont débattues à propos de l'analyse du langage à son état normal ou troublé •>.
DKFINITIONS. — LES DEUX PSYGHISMES
psychique des initions d'espace, formé d'associations, de concepts d'espace [Raumvorstellungen) el siège de la conscience personnelle, du moi ». « L'identification secondaire, le concept intellectuel, comme tout acte volontaire et intentionnel, dit Adler,
Fig. 11. — Schéma de Brissaud.
Sur la face externe de l'hémisphère gauche : A, centre auditif verbal; L, centre visuel de la lecture; P, centre de la mémoire motrice des mois articulés; G, centre de la mémoire graphique; I, centre de l'idéation.
reposent plutôt d'une façon exclusive et primordiale sur une assonance des champs corticaux où siège l'organe psychique des
Fig. 12. — Stéréopsyche de Storeh. Schéma d'Adler (d'après de liuck .
notions d'espace, la stéréopsyche. Ce n'est que grâce à celle assonance, donc grâce à la mise en jeu du champ stéréopsyohique que nous acquérons des impulsions volontaires, «les valeurs psychiques conscientes. » Et Adler donne un schéma fig. I-) qui n'est pas sans analogie avec le mien, dans lequel la stéréop-
syche MS représenle mon centre 0, les stéréones sensoriels sS et les stéréones moteurs Mm forment mon polygone avec ses voies stéréopètes Ws, As et ses voies stéréofugales, MK, mB1.