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SOMMEIL ET RÊVES

Le sommeil est un des meilleurs états physiologiques de désagrégation, qui permette l'étude séparée du psychisme inférieur.

Dans le sommeil en effet les centres psychiques supérieurs dorment vraiment, ne fonctionnent pas; mais l'activité psychique n'est pas tout entière suspendue pour cela : le plus souvent les centres psychiques inférieurs continuent à fonctionner; c'est ce qui constitue le rêve.

C'est ainsi qu'il faut comprendre les définitions suivantes du sommeil. Maury : le sommeil « ralentit ou suspend l'action de l'encéphale, en ce qui tient aux manifestations physiques placées sous la dépendance de l'attention et de la volonté ». Preyer : « la disparition périodique de l'activité cérébrale supérieure ». Gyel : « l'obnubilation de la volonté consciente normale, obnubilation qui n'empêche pas les autres modes d'activité psychique de persister ou même de s'accroître, malgré le sommeil ». Mme de Manaceine : « le temps de repos de notre conscience ».

Les rêves sont des idées ou des images, en tous cas des actes psychiques; ils présentent un certain degré d'intelligence, de jugement; mais ils manquent absolument d'intellectualité supérieure et de volonté libre. C'est pour Wundt : une manifestation

de « l'irritation automatique persistante »; pour Maudsley et Renouvier : « un moi privé des fonctions volontaires »; pour Bergson : « la vie mentale tout entière avec la tension, l'effort ol le mouvement corporel en moins... ce qui exige de l'effort, c'esl la précision de l'ajustement... c'est cette force qui manque au rêveur ».

Aussi « la volonté du rêveur » a-t-ellc, dit Dechambre, « un caractère fatal; c'est une impulsion ». Et Maur> : « le rêveur n'esl pas plus libre que l'aliéné ou l'homme ivre ».

Ainsi les actes du sommeil ne sont du domaine ni de l'intellectualité supérieure, ni de la volonté libre; ils ne se passent pas en 0. dépendant ils sont intellectuels, ils sont psychiques. Ces actes psychiques ne peuvent se passer que dans le polygone.

Coite notion du sommeil cadre bien avec ce que l'on a appelé la « théorie histologique du sommeil1 », d'après laquelle le sommeil pourrait être causé par le retrait des prolongements des cellules neuroniques du sensorium, amenant ainsi l'isolement de celles-ci, c'est-à-dire la suspension de la contiguïté entre les neurones psychiques supérieurs et les neurones psychiques inférieurs 2.

Claparèdc a développé (1905) une idée neuve : il voit dans le sommeil un processus actif des centres psychiques; 0 se désintéresse, l'instinct polygonal du sommeil prend le dessus et le sujet s'endort. Le sujet qui s'endort se désintéresse d'un côté, de l'autre il accueille le sommeil qui est dans son intérêt actuel, c'est-à-dire que 0 se désintéresse et que l'activité polygonale domine la scène vivante. « Dans le sommeil, ce n'est pas tout le psychisme, mais seulement la fonction d'intérêt, d'attention à la vie », l'action de 0 « qui est plus ou moins inhibée ».

Quoi qu'il en soit des théories et des interprétations, retenons que le sommeil (avec ses rêves) constitue un premier état physiologique imporlant dans lequel on peut observer et étudier de près l'activité isolée et distincte du psychisme inférieur.

1. Lancée par Malhias Duval (tS93)sur uiu- i.lee emi-o par Lapine (ISîU). pour l'hystérie et, d'après Kolliker, par Rabl Rucbard 1890 ,

2. Cette théorie n'est qu'une hypothèse lies discutée de divers côtés; .Iules Soury la qualifie de doctrine <i<-rrcur.

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