AUTOMATISME MOTEUR
Vers 1813, on s'occupait beaucoup du pendule explorateur (voir plus loin, h, p. 70). Chevreul lit des expériences et conclut « que la pensée d'un mouvement à produire peut mouvoir nos muscles, sans que nous ayons ni la volonté ni la connaissance de ce mouvement ». Il publia cela en 1833 dans la Revue des Deux Mondes (lettre à Ampère). Voilà l'origine de l'entière doctrine de Fautomutisme moteur ou des mouvements inconscients et involontaires que Pierre Janet a si merveilleusement développée dansées derniers temps.
Nous avons déjà cité des exemples de cet automatisme moteur : appartiennent à ce groupe les mouvements que l'on obsen e dans la distraction, dans la passion, l'instinct, l'habitude, l'entraînement grégaire, même dans le sommeil quand il s'accompagne de rêves actifs (cauchemars),
I. Voir mon livre sur V Occultisme hier ei aujourd'hui, /.<• merveilleux pré' scientifique, Goulet el Masson, L007.
Je dois indiquer maintenant quelques états extraphysiologiques de désagrégation suspolygonale dans lesquels cet automatisme moteur apparaît tout à fait au premier plan. Ce sont : les tables tournantes et l'écriture automatique, le pendule explorateur, la baguette divinatoire et la lecture de la pensée (Cumberlandisme) avec contact.
a. Tables tournantes.
Il faut d'abord bien poser comme un fait scientifiquement acquis que les tables tournent réellement dans certains cas, alors qu'autour de la table il n'y a, les mains appuyées dessus, que des gens d'absolue bonne foi, c'est-à-dire des personnes ne poussant pas volontairement et ne sentant pas qu'elles poussent involontairement. Le temps n'est plus où l'on pouvait dire que c'est toujours là une illusion ou une fumisterie.
La table tourne sans jonglerie ni tromperie, sans diablerie ni évocation d'esprits quelconques. Aucun des assistants ne croit et ne sent qu'il pousse. Et cependant on pousse, mais involontairement et inconsciemment.
Un certain nombre de personnes, toutes égales, sont autour d'une table, les mains dans la position classique, faisant la chaîne. Le centre 0 de tous les assistants est sérieux, ne se moque pas; on ne cause pas. Chez chacun, 0 met son polygone en expectant attention, c'est-à-dire que la séance commencée librement, volontairement, va se continuer polygonalement. 0 a présidé à l'installation; il constatera tout à l'heure les résultats, s'il j en a ; mais actuellement il se désintéresse de toute direction et de tout contrôle, il s'abstrait et le polygone va, seul, présider à la suite de l'expérience.
Au bout d'un certain temps, souvent très court, d'un des polygones part (à l'insu de 0) un mouvement involontaire et inconscient : un des assistants, plus nerveux que les autres, entraîné par l'idée de rotation de la table (la seule que 0 ait imposée et maintienne au polygone), un des assistants pousse sans le vouloir et sans le savoir. Alors tous les autres polygones (ou un certain nombre d'autres), sollicités par le commencement de mouvement de la table, poussent aussi et poussent dans le même sens, toujours inconsciemment et involontairement, avec une énergie considérable et croissante.
A ce moment (c'est le troisième temps), 0, stupéfait, voit tourner la table, sans se rendre compte, même alors, que c'est son
7i» MOYENS DETUDE DES DEUX PSYCHISMES
polygone désagrégé qui esl l'agent de ce curieux phénomène et le moteur réel de la table...
Le phénomène est donc caractérisé, en somme, par deux choses : r désagrégation du polygone qui, lancé par 0, n'est plus dirigé par lui et agit par son activité propre (la désagrégation est surtout complète pour les voies de retour, c'est-à-dire pour les voies qui, quand elles sont perméables, rendent consciente à 0 l'activité polygonale); 2" mouvements spontanés, inconscients et involontaires, de ce polygone, aboutissant au déplacement de la table que 0 constate sans se rendre compte du mécanisme de production.
Pour simplifier cette analyse psychologique, j'ai supposé que tous les acteurs de la scène sont égaux devant la table. On les suppose en effet ainsi quand on commence des expériences. Mais, dès qu'on a fait un certain nombre d'essais, on se rend bientôt compte que, s'il y a des personnes qui paralysent la table et font échouer les séances, il y en a d'autres qui, au contraire, les font réussir plus facilement et plus rapidement que les voisins.
Il y a un polygone qui commence le mouvement; les autres ne font que suivre. On voit donc, dans ces réunions d'égaux, apparaître la diversité et l'inégalité des polygones. Autrefois on aurait dit que les différents sujets sont inégaux en puissance fluidique ou magnétique. Aujourd'hui on dit qu'il y a des polygones plus ou moins disposés à entrer en mouvement. Nous voyons poindre le médium (Voir plus loin § 22, p. 72).
h. Pendule explorateur.
Le pendule explorateur est formé d'un corps lourd attache à l'extrémité d'un lil flexible. On tient, avec deux doigts, le lil suspendu au-dessus de certains corps et, quoique le bras soit immobile, le pendule oscille. On réalise facilement l'expérience eu suspendant un bouton ou un anneau à un lil; on attache le lil au pouce et le bouton pend dans un xcvvc. On fixe son attention et, sans mouvements apparents du pouce, le bouton frappe le verre c'est Vodomètre d'Herbert Mayo).
Il a été démontré par Chevreul et il reste scientifiquement établi que les déplacements du pendule explorateur sonl dus à de- mouvements involontaires et inconscients, analogues ;'i ceux qui t'ont tourner les tables, ('/est donc encore un hou moyen d'étude pour l'analyse >\c^ psychismes désagrégés,
c. Baguette divinatoire.
Il en est encore de même des mouvements qui font tourner la baguette divinatoire entre les mains des sourciers.
C'est en général une baguette de coudrier en forme de fourche dont le sujet prend les deux branches, une dans chaque main. « Il s'avance sur le terrain qu'il doit explorer, en ayant soin de ne pas bouger volontairement les bras. Si, sur un point du parcours, la baguette oscille, s'incline jusqu'à tordre les poignets du devin qui ne peut résister, c'est là qu'il faut fouiller pour trouver les sources et les trésors » (Pierre Janet).
Je ne m'occupe pas ici du côté divinatoire. Je retiens seulement ce nouvel exemple d'automatisme moteur qui permet encore l'étude analytique des deux psychismes. C'est Chevreul qui a donné l'explication de ce phénomène comme du pendule explorateur.
d. Lecture de la pensée (Cumberlandisme) avec contact.
On cache un objet à l'insu du sujet, qui a les yeux bandés. Une personne, qui sait où est l'objet, entre en communication avec le sujet, en lui touchant la main ou la tempe. Cette personne directrice pense fortement à l'endroit où est l'objet : le sujet y va droit et découvre l'objet. Ceci peut être varié à l'infini : on pense un acte à accomplir, un numéro à trouver... « Cet exercice est appelé, en Angleterre où il est très répandu, le Willing game, le jeu du vouloir, et en France la lecture des pensées ou le Cumberlandisme, du nom de celui qui l'a introduit il y a quelques années ' » (Pierre Janet).
Le sujet directeur concentre fortement sa pensée sur l'acte à exécuter et sa pensée passe alors, sans qu'il s'en doute, dans ses doigts. Le centre G du directeur pense énergiquement; alors son polygone entre en activité, à l'insu de 0, réalise des mouvements et, par des pressions ou des attractions inconscientes et involontaires, dirige -mécaniquement le sujet qui a les yeux bandés. Aussi faut-il, pour la réussite, que le directeur soit très actif, pense très fortement à l'acte désiré et que le dirige soit très passif, c'est-à-dire annule son centre 0 et laisse son polygone obéir automatiquement aux impulsions du polygone directeur. Le directeur ne fait pas attention aux actes de son